31/08/2026
« DE MON OBSERVATOIRE
LE SOMMET DE LA DÉMOCRATIE N'EST PAS L’ANARCHIE
À force de vouloir tout contester au nom de la démocratie, finit-on par oublier que la démocratie elle-même repose sur des règles ?
La question mérite d’être posée, tant le débat public donne parfois l’impression que la liberté serait devenue synonyme d’insoumission permanente, que l’opposition serait nécessairement obstruction, et que l’expression d’un désaccord autoriserait toutes les outrances.
La démocratie n’est pourtant pas l’anarchie. Elle est, au contraire, l’organisation du désaccord dans un cadre commun. Elle permet à chacun de parler, de critiquer, de proposer et même de combattre une décision publique. Mais elle exige en retour que cette liberté s’exerce dans le respect de la loi, des institutions et de la liberté des autres.
L’anarchie commence précisément lorsque chacun s’arroge le droit de fixer ses propres règles.
Il faut donc se méfier de cette conception romantique de la démocratie qui voudrait que toute autorité soit suspecte, que toute institution soit contestable par principe et que toute règle constitue une entrave à la liberté. Une société ne peut durablement fonctionner sur la seule humeur de ses citoyens. La liberté sans responsabilité finit par produire l’arbitraire ; la contestation sans limites finit par fragiliser les institutions ; et l’affaiblissement des institutions finit toujours par exposer la liberté elle-même.
Une démocratie mature n’est pas celle où tout le monde fait ce qu’il veut. C’est celle où chacun accepte de ne pas pouvoir faire tout ce qu’il veut.
C’est là toute la subtilité de l’État de droit : la puissance publique est encadrée par la loi, mais le citoyen l’est également. Les gouvernants doivent rendre compte de leur action ; les citoyens doivent, eux aussi, répondre de leurs actes. La liberté d’expression protège le droit de critiquer. Elle ne transforme pas l’insulte en vertu, la diffamation en opinion ou le harcèlement en militantisme.
Il faut donc réhabiliter une vertu devenue presque suspecte dans notre époque : la responsabilité.
La démocratie a besoin de citoyens libres, mais elle a davantage encore besoin de citoyens responsables. Elle a besoin d’une opposition capable de dénoncer sans détruire, d’une majorité capable de gouverner sans mépriser, d’une presse capable d’alerter sans manipuler et d’une société civile capable de revendiquer sans basculer dans la violence.
Le véritable sommet de la démocratie n’est donc certainement pas l’anarchie.
C’est la liberté disciplinée par la responsabilité, le pouvoir contenu par le droit et le désaccord organisé par les institutions.
Car lorsqu’une société ne reconnaît plus aucune limite à la liberté individuelle, elle ne devient pas plus démocratique. Elle devient simplement plus difficile à gouverner.
Et lorsque plus personne n’accepte la règle commune, ce n’est plus la démocratie qui triomphe.
C’est le chaos qui prend la relève.
C'est ce que je crois. »
DISTEL AMOUSSOU