24/08/2013
Goma : Les populations sont victimes des crimes internationaux sans que les Nations Unies n'interviennent!
L'histoire récente de la RDC et essentiellement de sa partie orientale - Province Orientale- Nord Kivu- Sud Kivu - Maniema -Nord Katanga - a été écrite en rouge. Des populations entières sont complètement décimées dans le grand silence de la communauté internationale.
Pendant que sous d'autres cieux, dès qu'il y a un mort, tous les médias internationaux se déploient pour relayer l'information et la communauté internationale s'empresse pour prendre position, il n'en est toujours pas le cas pour la RDC.
La question que d'aucuns peuvent se poser est celle de savoir combien de mort faut-il enregistrer au Congo pour que les Nations Unies prennent la hauteur du problème et agissent avec vigueur contre tous les ennemis de la paix, qu'ils se recrutent parmi les Congolais ou qu'ils se comptent parmi les pays voisins?
Au Rwanda voisin, il a fallu plus de 800.000 morts pour que les Nations Unies comprennent que le génocide se commettait. Pourquoi ce laxisme de la communauté internationale?
Au Congo, on a déjà enregistré plus de 7.000.000 de morts depuis le début des guerres en 1993. Mais chose surprenante, il n'y a pas encore de statut particulier reconnu par les Nations Unies pour la RDC. Pourquoi? Pourquoi?
Pourquoi un silence coupable?
Est ce une complicité internationale?
Rappel des derniers faits.
Pendant que la ligne de front se situe à plus de 15 Km de la ville de Goma, la semaine de la dernière visite de Mr Ban, secrétaire général de l'ONU, dans la ville de Goma, le quartier Ndosho avait été la cible d'un cas que nous pouvons bien qualifier de crime de guerre. En effet, comment peut on s'attaquer délibérément à une population civile inoffensive par des bombes sans que cela ne soit incriminé par l'ONU? Qu'est ce qu'un crime de guerre? Peut être que la définition a changé. Mais celle retenue par le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale définit le crime de guerre comme étant toutes attaques dirigées contre les populations civiles. L'article 8, point 2, b) dispose: Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux dans le cadre établi du droit international, à savoir, l’un quelconque des actes ci-après :
i) Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre des civils qui ne participent pas directement part aux hostilités ;
ii) Le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des biens de caractère civil, c’est-à-dire des biens qui ne sont pas des objectifs militaires...
Ces éléments ici présentés par le Statut de Rome sont expliqués par nous dans l'ouvrage : De la répression des crimes internationaux en droit positif de la RDC, Lutter contre les crimes internationaux par une justice internationalisée en RDC. (Editions Universitaires Européennes, Septembre 2012).
Ne faisons pas ici une analyse poussée des faits conformément au droit mais retenons déjà que toutes les cibles atteintes sont civiles et non militaires, que les bombes sont lancées à plus de 15 km de la ligne de front. Comme le silence a été la règle dans la communication et la prise de position des Nations Unies, quelques jours après le passage du Secrétaire Général de l'ONU à Goma, encore une fois la ville a été la cible des bombardements, vraisemblablement l'oeuvre des alliés du M23. En effet, le quartier Mabanga a été atteint par des bombes et la résidence d'un parmi les grands historiens de Goma, Mr Danny KAYEYE, a été complètement démolie. Cette attaque s'est faite pendant qu'une accalmie regnait sur la ligne de front qui, faut-il le rappeler, se situe à plus de 15 Km de la ville de Goma.
Le 22 août 2013, vers 15 heures de la journée, pendant que les troupes du M23 étaient entrain de perdre du terrain, la Ville de Goma a encore été attaquée. Des bombardements ont créés la panique dans la population. En effet, pendant qu'au marché de Virunga les commerçants vendaient paisiblement leurs produits, 5 bombes ont été lancées sur la ville de Goma et visiblement, du moins à en croire le Vice gouverneur du Nord Kivu, Me FELER, sont venues du côté Est de la ville. Et ce côté Est c'est le Rwanda. Les témoins qui nous ont parlé sous anonymat affirment qu'ils ont vu les bombes venir de l'Est de la ville et se sont abattues sur des infrastructures civiles. A côté du marché de centrale de Goma, à Virunga, dans le quartier du Campus Universitaire de Goma, UNIGOM, à Murara et dans d'autres coins de la ville, et ce sans parler des bombes qui sont tombées dans les faubourgs de la ville.
Comme on peut bien le constater, toutes les cibles sont civiles, inoffensives et n'ont aucun lien direct avec les combats, sauf leur résidence dans la ville de Goma.
A la grande surprise, jusqu'à l'heure où nous faisons ce papier, la communauté internationale n'a pas encore condamné les multiples bombardements des cibles civiles à Goma.
Ce matin encore, pendant que nous rédigeons ce papier SOS, des bombes viennent de détruire des infrastructures civiles à Goma. Des nombreuses personnes ont trouvé la mort et plusieurs blessés sont admis aux soins d'urgence dans divers hôpitaux de Goma. Là encore, silence micro du côté des Nations Unies et du bureau du procureur de la CPI.
Photo prise par FRANCK ASSANI ce matin lorsque la population de Goma est rentrée sur la route avec le corps d'une victime des bombardements.
Combien des morts faut-il pour que les Nord Kivusiens soient considérés comme des personnes ayant droit à la vie, à la sécurité et au développement?
En Côte d'Ivoire, pendant que les acteurs politiques se défiaient à la suite des élections ayant porté un changement au pouvoir, le Procureur de la CPI a vite déclaré qu'il suivait de près la situation et il a lancé des mandats d'arrêts contre, notamment Laurent Bagbo, l'ancien président de la Côte d'Ivoire, pour les violences post électorales. Le même empressement s'est constaté au Kenya après les élections de 2008. Mais en RDC, au Kivu essentiellement, des millions des morts, mais pas un seul mandat d'arrêt pour les crimes y commis. Même pour le redoutable Bosco Ntaganda, les faits commis au Kivu ne sont pas parmi les faits qui lui sont reprochés.
Qu'est ce que le Kivu a fait pour mériter cela? Combien des morts faut-il encore pour intervenir?
La Brigade d'intervention des Nations Unies se trouve déployer à Goma. La plus importante mission de maintien de la paix des Nations Unies est celle déployée en RDC. Mais, paradoxalement, la guerre continue à s'imposer comme seul mode de vie.
Une politique de deux poids, deux mesures. C'est inadmissible, estiment les populations de Goma. Celles ci pensent qu'elles sont victimes d'un complot international qui ne dit pas son nom. Sinon, qu'est ce qui expliquerait le silence de la communauté internationale et de la CPI en particulier alors qu'elle est compétente pour tous les faits commis en RDC, du moins, les mécanismes de sa compétence peuvent aisément être déclenchés.
Un SOS est lancé pour que ces crimes internationaux soient sanctionnés. Il faudrait quitter le stade ses simples visites par hélicoptère des camps des déplacés de guerre pour dire qu'on compatit avec la population du Nord Kivu. Encore faut-il mettre les moyens disponibles en oeuvre pour apporter un soulagement attendu. Les Nations Unies devraient prendre la mesure du problème et lancer, toutes affaires cessantes, des mandats d'arrêts contre toutes les personnes qui sont impliquées dans ces crimes internationaux qui se commettent sur les populations de Goma et du Nord Kivu en général.
S.O.S.
Victor.
www.victorirengekatunga.blogspot.nl