25/07/2022
𝗢𝗥𝗜𝗚𝗜𝗡𝗘 𝗗𝗨 𝗠𝗢𝗧 𝗞𝗜𝗡𝗭𝗢𝗡𝗭𝗜 🇨🇩🇨🇬...
Le terme kinzonzi vient du verbe zonza (parler, débattre) duquel sont aussi sortis les substantifs nzonzi (conciliateur, facilitateur, maître de paroles) et nzonzolo (façon de parler).
Il existe également l'équivalent vova (déclarer) transformé dans certaines variantes du kikongo en goga duquel dérive le terme vovi ou mvovi (qui prend la parole au nom de quelqu’un d'autre, d'une assemblée ou d'un groupe d’individus). Dans la famille des mots issus de ce terme se trouvent également les substantifs mpova (parole, dires), mpovi (porte-parole, entremetteur) et mpovolo (manière de s'exprimer). Le verbe moka (bavarder, papoter, causer) a donné naissance au vocable bimoko (causeries). Par contre, du verbe "ta" (dire, annoncer) est sorti l’adage souvent utilisé pendant le kinzonzi pour justifier l’utilisation d’un maxime lors d’un échange sportif entre deux nzonzi : "Ta ngana, bangula ngana" (explique le proverbe que tu cites). Au regard de l’évolution de la sémantique du kikongo, le mot désignant le facilitateur est différemment employé selon que l’on est dans les deux Congo ou en Angola. Les Congolais et les Rdéciens emploient le terme nzonzi, tandis que leurs frères angolais utilisent les synonymes vovi et mpovi.
𝗸𝗶𝗻𝘇𝗼𝗻𝘇𝗶 𝗸𝗶𝗮 𝗹𝗼𝗻𝗴𝗼
Les négociations du mariage se présentent sous la forme d’une joute oratoire entre les deux nzonzi qui représentent l’un la famille de la fille et l’autre celle du garçon. Ils parlent à tour de rôle. La séance du kinzonzi est le moment-clé de la cérémonie du mariage coutumier au cours de laquelle la tradition manifeste son élégance, sa poésie, le déroulement de la sagesse et surtout la beauté de ce que la coutume peut offrir de meilleur. Beaucoup attendent cet instant avec impatience.
L’intervention des deux nzonzi dont chacun défend son camp offre un spectacle inouï. Chacun des protagonistes étale son savoir-faire. L’emploi des proverbes et des paraboles (bingana, zingana, au singulier ngana ou kingana) montre à suffisance sa maturité et sa maîtrise des problèmes ayant trait à la tradition. Outre les dictons qu’il utilise pour assaisonner son plaidoyer, le nzonzi peut détendre l’atmosphère avec l’humour ou galvaniser l'assistance avec des slogans populaires. Lorsque pour captiver son auditoire, il entonne une chanson traditionnelle, celle-ci est aussitôt reprise par l’assemblée. Le nzonzi continue de chanter tout en exhibant des pas de danse rituelle. A ce moment précis, les membres de la famille dont il est le porte-parole (surtout les femmes) le rejoignent en se trémoussant à ses côtés. Certaines dames dans l’assistance poussent des cris de joie tandis que d’autres viennent un à un au pas de danse le congratuler en couvrant son front des billets de banque que l’intéressé met aussitôt dans sa poche. L’argent ainsi reçu est sa seule rétribution pour la prestation fournie.
A la fin de la cérémonie, les deux nzonzi se serrent amicalement la main, le fair-play étant de rigueur. Les pourparlers du mariage coutumier s’apparentent à un spectacle où le verbe est paré de beaux proverbes couplés aux chants et aux danses dans une chorégraphie digne de la tradition kongo.
𝗟𝗲 𝗻𝘇𝗼𝗻𝘇𝗶
Le nzonzi est le terme générique qui désigne le porte-parole d’une famille lors d’une cérémonie traditionnelle. Il doit avoir une bonne connaissance des pratiques de la tradition, du droit coutumier, des rituels et des croyances de la tribu ou famille qu’il représente aussi bien de celle avec qui il va débattre. Dans la société kongo, aucune situation ne peut se régler sans le concours ou l’apport du nzonzi.