04/02/2025
*Guerre dâagression dans lâEst de la RDC : une leçon de cohĂ©sion politique infligĂ©e au pouvoir en place*
Il y a deux mois encore, le pouvoir en place en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, sous la conduite du clan Tshisekedi, orientait son discours autour dâune ambition pĂ©rilleuse : modifier Ă tout prix la Constitution, jugĂ©e obsolĂšte par le rĂ©gime.
Dâailleurs, le parti prĂ©sidentiel, lâUDPS, Ă travers ses deux factions : lâaile Kabuya et lâaile Bizibu, avançait dĂ©jĂ sur cette initiative, allant jusquâĂ mettre en place des commissions et des groupes de rĂ©flexion, sans associer dâautres partenaires politiques pourtant essentiels Ă lâĂ©quilibre de la majoritĂ© parlementaire actuelle. Or, câest bien cette majoritĂ© qui constitue la vĂ©ritable force politique du PrĂ©sident Tshisekedi, la Constitution actuelle confĂ©rant davantage de pouvoir au Parlement, câest-Ă -dire au peuple Congolais, quâau Chef de lâĂtat lui-mĂȘme.
DĂšs lâamorce de ce projet de modification ou changement de la constitution, initiĂ© immĂ©diatement aprĂšs la prise du pouvoir pour un second mandat par FĂ©lix Tshisekedi, au lendemain de sa prestation de serment, le dĂ©bat aurait dĂ» ĂȘtre portĂ© dâabord au sein de la majoritĂ© parlementaire, puisque lâobjectif politique rĂ©el de cette rĂ©forme Ă©tait la consolidation du pouvoir. Pourtant, lâUDPS sâest arrogĂ© cette bataille en solitaire, nĂ©gligeant lâimportance de lâadhĂ©sion de ses alliĂ©s, les traitants d'opposants malgrĂ© qui l'ont fait gagner les Ă©lections surtout dans la partie Est du pays. Pourtant, leur soutien, aurait Ă©tĂ© dĂ©terminant dans un projet dâune telle envergure. Le PrĂ©sident Tshisekedi, quant Ă lui, avait affirmĂ© avec fermetĂ© que rien ni personne ne lâempĂȘcherait dâappliquer sa vision en matiĂšre constitutionnelle. C'est faux car le peuple Congolais lui ne lui donne pas occasion de faire ce qu'il veut.
Mais il aura suffi que les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, intensifient leur offensive pour que le dĂ©bat sur la rĂ©forme constitutionnelle perde en intensitĂ© dans lâopinion publique et les mĂ©dias, tant nationaux quâinternationaux. Pendant ce temps, par dĂ©fi et dans lâombre, les cercles influents de lâUDPS/Tshisekedi, en tout cas les deux factions, poursuivent discrĂštement ce projet, profitant de la crise sĂ©curitaire pour dĂ©tourner lâattention des autres acteurs politiques, tant de la majoritĂ© que de lâopposition.
Avec la chute de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, aujourd'hui entre les mains du M23, le rĂ©gime Tshisekedi sâest vu contraint dâimposer une solidaritĂ© nationale. DĂ©sormais, lâUDPS en appelle Ă une union sacrĂ©e pour la dĂ©fense de lâintĂ©gritĂ© territoriale, pourtant un appel dĂ©jĂ formulĂ©, bien avant elle, par plusieurs figures politiques originaires de lâEst du pays. Le SĂ©nateur Modeste Bahati Lukwebo Chef de l'AFDC, dĂšs 2022, lors de ses vacances parlementaires Ă Goma et Bukavu, avait dĂ©jĂ motivĂ© la jeunesse Ă intĂ©grer l'armĂ©e et on a tous assistĂ© Ă plusieurs enrĂŽlements des jeunes de Goma et Bukavu dans l'armĂ©e ou dans sa rĂ©serve et d'autres se faire identifier comme jeunes patriotes (Wazalendo). Il avait mĂȘme interpellĂ©, depuis son fauteuil de PrĂ©sident du SĂ©nat, toute la classe politique congolaise sur lâurgence dâune unitĂ© nationale rĂ©elle et une mobilisation collective pour la protection et la sauvegarde de l'intĂ©gritĂ© territoriale. De son cĂŽtĂ©, le DĂ©putĂ© National Vital Kamerhe, Chef de l'UNC et actuel PrĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale, Ă travers sa tournĂ©e dite «Amani» engagĂ©e juste au sortir de la prison de Makala oĂč il a Ă©tĂ© envoyĂ© pour des soupçons de dĂ©tournement des fonds allouĂ©s au projet dit 100 jours, avait proposĂ© la stratĂ©gie de «lâĆil du Cyclone», exhortant le Congo Ă imposer la paix sur son territoire.
Aujourdâhui, le pouvoir en place qualifie de «traĂźtres» ou de «Rwandais» tous ceux qui nâaffichent pas une ferveur patriotique publique, comme si cela pouvait suffire Ă mettre un terme aux atrocitĂ©s perpĂ©trĂ©es par le M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ou aux massacres des CODECO et ADF/Nalu dans lâIturi. Pourtant, les solutions Ă©taient dĂ©jĂ sur la table du commandant suprĂȘme des FARDC. Mais les hautes sphĂšres du pouvoir ont prĂ©fĂ©rĂ© les ignorer, par manque de volontĂ© ou de discernement.
Comment expliquer alors cette marginalisation des autres acteurs politiques, mĂȘme ceux de la majoritĂ© parlementaire, lorsquâil sâagit de la rĂ©forme constitutionnelle, alors quâon les sollicite pour la gestion de la guerre ? La Constitution nâest-elle pas, elle aussi, un enjeu dâunitĂ© nationale ?
Cette guerre dâagression, bien que tragique, met en lumiĂšre une rĂ©alitĂ© troublante : lâUDPS semble plus prĂ©occupĂ©e par la prĂ©servation de son pouvoir que par la quĂȘte dâune paix durable, pourtant attendue par les populations meurtries de lâEst. Câest lĂ une leçon que le rĂ©gime Tshisekedi devra tirer : toute question dâintĂ©rĂȘt national doit ĂȘtre dĂ©battue collectivement, et pas seulement lorsquâil sâagit dâune menace existentielle. Car ce nâest pas uniquement la patrie quâil faut dĂ©fendre, mais aussi ses fondements constitutionnels.
Le Rwanda ne sortira pas indemne de cette agression, et tous les Congolais en sont convaincus. Mais au-delĂ de lâennemi extĂ©rieur, le pouvoir en place devra apprendre que la gouvernance dâun Ătat exige le consensus sur toutes les grandes questions touchant la vie nationale. Car le Congo est plus grand que nâimporte quel parti, nâimporte quel individu.