08/11/2021
Lyrikübersetzung : Tout un poème !
Quand bien même la traduction de la poésie a été déclarée impossible, plusieurs poètes ou germaniste l’ont souvent pratiquée, comme Maxime Alexandre et Geneviève Bianquis. Gustave Roud, Armel Guerne ou encore François Fédier.
Le souci de l’exactitude n’exclut pas la recherche du rythme dans le respect de la forme du poème. La traduction doit s’adapter à la polysémie de certains textes, mais sans se refuser au choix d’une interprétation. La difficulté majeure est de recréer l’union du sens et de la sonorité qui caractérise la poésie. La rime conduit au pastiche, trop rarement heureux, mais la construction de la strophe doit être respectée. La présence d’un rythme s’impose : la poésie ne se dit pas comme la prose (hormis le « poème en prose »). Le problème de la nature de ce rythme dans la langue française est examiné. Au traducteur d’un poème s’impose un compromis entre la fidélité au texte, qui n’est pas étroite exactitude et la recherche de l’effet esthétique.
Vous trouverez, ci-après, le poème „Hälfte des Lebens“ du célèbre poète allemand Friedrich Hölderin et deux exemples de sa traduction en français, l’une par Maxime Alexandre, l’autre par Geneviève Bianquis.
Maxime Alexandre (1942)
Moitié de la vie
Chargée de poires jaunes
Et d’églantines,
La terre est suspendue sur le lac.
Et vous, cygnes gracieux,
Ivres de baisers
Vous plongez la tête
Dans l’eau sainte qui apaise
L’hiver venu, où prendre
Hélas ! les fleurs
Les rayons du soleil
Et l’ombre de la terre ?
Les murs sont debout
Muets et froids, le vent fait
Crisser les drapeaux
Maxime Alexandre : Höderlin, le poète
Marseille : R. Laffont 1942, p. 178
Geneviève Bianquis (1943)
Milieu de la vie
Chargé de poires dorées,
couvert de roses sauvages,
le promontoire avance dans le lac.
O mes doux cygnes,
enivrés de baisers,
plongés vos têtes
dans cette eau sainte et sans ivresse.
Malheur à moi ! Où trouverai-je
des fleurs, quand viendra l’hiver,
et la lumière du soleil,
et les ombrages de la terre ?
Les murs se dressent,
muets et froids. Au vent
grincent les girouettes
Friedrich Hölderlin : Poèmes. Gedichte. Trad .p.
Geneviève Bianquis. Paris, Aubier 1943
Ce court poème d’allure impressionniste, semble avoir fait plus pour la réputation t**dive du poète que le restant de son œuvre, jugée obscure et inaccessible. Celui-ci parle de lui-même. On rêve avec lui au bord de ce lac de montagne, on se laisse bercer par la mélodie de l’âme : les cygnes plongent la tête dans l’eau « sainte et sobre » : heilignüchtern, mot composé qui allie le saint (heilig) au sobre (nüchern), littéralement, à jeun. L’élément « eau » apaise l’ardeur du feu et calme le cœur.
Cependant, la seconde strophe prend une tournure complètement différente, avec un sentiment de délaissement « murs sans parole » sprachlos – froids, décrivant le cercle tragique de l’enferment et de l’aphasie. Il est plus que légitime de s’interroger sur la prémonition ou tout au moins sur l’anticipation sur ce que sera le destin du poète.
Plus profondément, on peut penser qu’au-delà de la dimension autobiographique, Hölderlin expose la condition de l’homme moderne, athée, rendu à la frontière d’un espace sans direction, sans boussole et sans repère.