28/08/2026
L’île de Gorée : de sa découverte à son rôle de haut lieu de mémoire et d’éducation
Si je devais vous raconter l’histoire de Gorée en tant que visiteur de ce vendredi 28 août 2026, je commencerais ainsi :
“Bienvenue sur l’île de Gorée, une île de seulement quelques dizaines d’hectares, mais dont l’histoire a profondément marqué celle de l’Afrique et du monde. Ici se mêlent les mémoires de la traite négrière, de la colonisation, de la résistance, de l’éducation et de la renaissance africaine.”
1. Avant l’arrivée des Européens
Avant le XVe siècle, l’île, appelée Ber ou Bir par les populations lébou, n’était pas habitée de façon permanente. Les pêcheurs du Cap-Vert y venaient pour leurs activités de pêche et profitaient de son excellent mouillage naturel.
2. La découverte par les Portugais (1444)
En 1444, le navigateur portugais Dinis Dias découvre l’île lors de son exploration des côtes de l’Afrique de l’Ouest. Les Portugais la nomment d’abord Palma.
À cette époque, les Européens recherchent principalement :
l’or ;
l’ivoire ;
la gomme arabique ;
les épices.
La traite des esclaves ne deviendra importante que quelques décennies plus t**d.
3. Les rivalités européennes
Grâce à sa position stratégique face à Dakar, Gorée devient très convoitée.
Elle passe successivement sous domination :
portugaise ;
hollandaise (qui lui donnent le nom Goede Reede, « bonne rade », devenu Gorée);
anglaise ;
française.
En 1677, les Français prennent définitivement le contrôle de l’île, même si les Anglais l’occupent encore temporairement avant qu’elle ne revienne à la France en 1817.
4. Gorée et la traite négrière
Du XVIe au XIXe siècle, Gorée devient un centre majeur du commerce atlantique des esclaves.
Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, capturés dans l’intérieur du continent, y sont rassemblés avant d’être déportés vers :
les Antilles ;
le Brésil ;
Cuba ;
les États-Unis ;
d’autres colonies américaines.
Le monument le plus célèbre est la Maison des Esclaves, construite vers 1776. Elle symbolise aujourd’hui la mémoire de la traite, notamment avec sa célèbre Porte du Voyage sans Retour.
Les guides rappellent toutefois que l’essentiel du commerce d’esclaves de la côte sénégambienne transitait aussi par d’autres ports et comptoirs. La portée historique de Gorée réside autant dans sa valeur symbolique que dans son rôle réel au sein de l’ensemble du système de la traite atlantique.
5. L’abolition de l’esclavage
La France abolit définitivement l’esclavage en 1848.
Après cette abolition, Gorée perd progressivement son importance commerciale.
Les grandes activités économiques se déplacent vers :
Rufisque ;
puis Dakar.
L’île se transforme progressivement en centre administratif, religieux et éducatif.
6. Gorée, berceau de l’école moderne en Afrique occidentale
C’est ici que commence une autre grande page de l’histoire.
En 1913, l’École normale de Saint-Louis est transférée à Gorée.
En 1915, elle prend le nom d’École William-Ponty, en hommage au gouverneur général William Merlaud-Ponty.
L’école devient la plus prestigieuse de toute l’Afrique occidentale française.
On y forme :
les instituteurs ;
les médecins africains ;
les administrateurs ;
les futurs cadres de l’AOF.
En 1921, l’établissement est réorganisé avec plusieurs sections (enseignement, administration, préparation aux études de médecine). En 1937, il est transféré à Sébikotane, mais son passage à Gorée a profondément marqué l’histoire intellectuelle de l’Afrique.
7. Les premiers intellectuels africains
William-Ponty est souvent surnommée « l’école des élites africaines ».
Parmi ses anciens élèves figurent plusieurs futurs dirigeants et intellectuels de l’Afrique francophone, notamment :
Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire)
Modibo Keïta (Mali)
Hamani Diori (Niger)
Hubert Maga (Bénin)
Mamadou Dia (Sénégal)
Abdoulaye Wade (Sénégal, élève de la période de Sébikotane)
Des milliers d’instituteurs, médecins et administrateurs issus de cette école ont également contribué à l’émergence des États africains indépendants.
8. Les autres établissements de Gorée
Au-delà de William-Ponty, Gorée accueille également :
des écoles primaires coloniales ;
des écoles confessionnelles catholiques dirigées par les congrégations religieuses ;
des établissements destinés à la formation des enfants des Quatre Communes (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar).
Pendant plusieurs décennies, Gorée est considérée comme l’un des principaux centres intellectuels de l’Afrique occidentale française.
9. Gorée aujourd’hui
En 1978, l’île est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Aujourd’hui, elle est :
un lieu de mémoire de la traite négrière ;
un symbole de paix et de réconciliation ;
un centre culturel majeur ;
l’un des sites touristiques les plus visités du Sénégal.
Conclusion du guide
« Gorée est une île aux deux héritages. D’un côté, elle rappelle l’une des plus grandes tragédies de l’humanité avec la traite négrière. De l’autre, elle symbolise l’espoir, car c’est ici que furent formées plusieurs générations d’intellectuels africains qui conduisirent leurs peuples vers les indépendances. Ainsi, Gorée est passée de l’île de la déportation à l’île du savoir, de la mémoire et de la dignité. »