17/05/2021
Mauvais discours sur l'entrepreneuriat, plusieurs ont payé le prix.
Par Fotsing Nzodjou.
Depuis aujourd'hui plusieurs années, le discours sur l'entrepreneuriat a envahi l'opinion en Afrique de telle sorte que tout le monde aimerait devenir entrepreneur.
Mais le constat que l'on fait jusqu'a présent est décevant, puisque tout ce discours n'a pas véritablement créé les ENTREPRENEURS dans le vrai sens du mot, mais plutôt des débrouillards qui exhibent au quotidien des petits projets.
Avec la naissance des coachs en entrepreneuriat, on a connu la prolifération des illusionnistes qui croyaient devenir milliardaires en un an juste pour avoir participé à un séminaire où les émotions sont activées et les réalités oubliées.
Plusieurs personnes sont aussi tombées dans les pièges de l'entrepreneuriat en abandonnant brusquement un salaire, qui pourtant leur permettait de s'occuper de leurs besoins, pour s'engager dans le travail indépendant et ceci sans préparation ni création de la transition. Ils ont ainsi après quelques mois ou années repris leur curriculum vitae pour retourner s'agenouiller devant les anciens patrons.
On a également vu des centaines de personnes contracter des crédits ou faire des levée de fonds pour se lancer dans des projets juste parcequ'on leur aurait dit que ce secteur regorge plein de bénéfices.
Le problème avec le coaching et les séminaires est que les formateurs oublient leurs apprenants par la suite et ceux-ci retombent dans l'inertie mentale et physique qui sont le quotidien des africains.
Au-delà de la volonté à entreprendre, il ya des éléments importants que chacun devrait intégrer, c'est la compétence, le sens de la détermination, la compréhension du marché, l'intelligence économique, le leadership, la gestion, le management, la capacité d'innovation, le sens de l'ambition mesurée... tout ceci s'acquiert à 70٪ sur le terrain et non dans les amphithéâtres encore moins dans les séminaires.
Un autre piège dans lequel nous sommes tombés c'est le discours sur les secteurs porteurs.
Une question que me posent tous les jours mes visiteurs est celle de savoir dans quel secteur investir son argent. Cest un peut comme demander la taille de la femme qu'il faut pour un bon mariage.
En effet, tous les secteurs d'activité sont porteurs, le problème est qu'il y a deux éléments qu'il faut prendre en compte. La passion et la compétence. Alors si tu as étudié la biologie à l'école, comment puis je te demander de faire dans la négoce juste parce qu'un contact de vente de cacao te rendra milliardaire ? As tu des compétences en négociation et représentation ? Non.
L'idéal est d'orienter chacun dans le domaine qu'il il maîtrise le mieux, sans créer en lui des illusions sur des secteurs dits plus rentables.
Si l'on vous demande d'investir en cosmétique ou en agroalimentaire, même si vous êtes sûr de la forte demande, il est important de savoir que la base de ces deux secteurs reste la capacité de vente de ses produits, dont la maîtrise du marketing de ce ces secteurs. D'où vient il que les gens qui ne savent pas baratiner une femme veulent investir dans un secteur où il faut l'exploitation des faiblesses, des rêves, et des émotions du client pour avancer ?
Le discours sur la fabrication des produits. Un autre piège.
Quand je suis rentré au Cameroun, j'étais excité par la fabrication de plusieurs produits. J'avais essayé et tout mon entourage me voyait comme un petit Dieu car mon génie était unique. on pouvait consommer le chocolat ou la bière fabriquée à la maison. Cest ainsi que certains m'appelaient industriel.
Plusieurs jeunes se ventent aujourd'hui d'être fabricants de tel ou de tel produit, puisque l'on nous a souvent dit que l'Afrique doit fabriquer ce qu'elle consomme.
Or ne devient pas riche celui qui fabrique un produit, mais plutôt celui qui a la capacité de vendre.
C'est ainsi que des centaines de formations sur la fabrication de plusieurs types de produits ont été organisées en Afrique avec des frais de participation allant souvent jusqu'à 3 millions de fcfa. Or montrer à un nonchalant comment fabriquer de l'huile de cuisine sans toute fois lui montrer comment vendre, c'est offrir une bague à un lepreux.
Fabriquer un morceau de savon est plus facile que préparer un plat de couscous, pourtant vendre un plat de couscous est plus facile que vendre un morceaux de savon.
Les gens ont perdu des millions dans ces formations et dans les essais avant de faire face à la réalité.
Alors au vu de tous ces éléments, si vous insistez à devenir entrepreneur, vous devez allier la notion de passion, compétence, intelligence économique, capacité de créativité et d'innovation, capacité marketiste, persévérance et détermination. Si vous n'avez pas ceci, il faut chercher à l'avoir avant de vous lancer
Fotsing Nzodjou,