19/02/2026
Cité Pangolin Koumassi. Un nom qui sonne presque comme une plaisanterie. C’est dans cette cité que j’ai grandi. Douze enfants. Onze garçons. Une fille. Une équipe complète de football. Sans remplaçant.
Même père. Même mère. Même sang. Même toit trop petit pour contenir autant de voix.
On se battait pour une télécommande. Pour un morceau de poisson. Pour une place près de la fenêtre. On se battait beaucoup. Mais on s’aimait plus encore.
École primaire publique. Puis le lycée Municipal de Koumassi. On avançait groupés. On réussissait. Des professeurs. Des ingénieurs. Des carrières propres. Des noms respectés.
On était une forteresse. Jusqu’au testament.
La sœur de ma mère. Grande commerçante. Sans enfant. Des immeubles à Abidjan, à Daloa, ailleurs encore. Une vie bâtie en silence.
Elle a tout laissé aux enfants de sa sœur. À nous.
Quand le document est arrivé, la gratitude a d’abord rempli la maison.
Aristide Seri. Mon grand frère. Notre aîné. Ingénieur. Entrepreneur. Un homme de prière.
Il a pris les rênes. Vendu. Loué. Compté. Divisé. Chaque mois, chacun d’entre nous recevait sa part.
Un an plus t**d, notre mère est morte. Et avec elle, la dernière autorité morale.
Les réunions ont changé de ton. Les voix sont montées. Les poings ont frappé la table. Des chaises ont glissé brutalement. Un jour, deux de mes frères ont dû être séparés.
Deux camps. Ceux qui croyaient en Aristide. Et ceux qui comptaient ses voitures.
J’étais avec lui. Moi, Yann Axel Seri. Le second.
On l’accusait de s’enrichir. De garder plus. De cacher.
Il restait calme. Toujours.
Il payait les écoles françaises pour les enfants exigées par ceux qui le soupçonnaient, en plus de ce qu’ils recevaient déjà. Il avançait l’argent.
Il pardonnait les insultes.
Il a la foi large. Le cœur encore plus large. Jeudi 22 janvier 2026 . Il m’appelle.
Sa voix est fatiguée.
— Yann… l’argent est en train de nous tuer.
— Encore une réunion ?
— Ghislain est venu au bureau. Il a fait une crise. Il exige que je paie les études de sa fille aux États-Unis. Il dit que c’est son droit.
Silence.
— Tu te rends compte ? On finit par se haïr pour des chiffres.
Je ne réponds pas tout de suite.
— Calme-toi, grand frère. On va gérer. Il souffle.
— J’espère juste qu’on ne perdra pas plus que de l’argent.
Le lendemain soir , notre père nous convoque. Les douze.
On arrive. Mais pas d’Aristide.
Le regard de notre père ne tient plus droit. Aristide est mort.
Crise cardiaque.
Ma sœur hurle. Un de mes frères frappe le mur. Notre père parle d’unité. De fin de guerre.
Puis il dit que désormais, c’est moi qui gérerai. Personne ne conteste.
En sortant de la réunion, mon téléphone vibre. Un message de la femme d’Aristide.
« Yann Axel… Tu m’avais dit que ce médicament ferait qu’il accepterait de donner plus…
Pas qu’il arrêterait son cœur… Mais bon pas grave on pourra vivre notre amour plus tranquillement maintenant »
Oui. Vous avez bien lu. J’ai commandité la mort de mon frère. Je ne peux pas mentir ici.
Je voulais sa mort. Les dettes me dévoraient. Les paris sportifs m’avaient pris la dignité, le sommeil, la raison . Moi et sa femme nous nous aimons aussi
J’avais besoin de sa place. De sa signature. De son pouvoir sur les comptes. Je l’aimais. Mais j’aimais plus encore l’idée de me sauver et d’avoir sa femme comme mienne .
Seigneur,
🕯️Je viens à Toi les mains propres
et le cœur coupable.
🕯️ J’ai aimé mon frère. Mais j’ai aimé l’argent plus fort que son souffle.
🕯️ Je l’ai écouté me dire que l’argent tue les familles. Je savais déjà que je le tuerais lui.
🕯️ Je l’ai regardé prier pendant que je calculais sa chute.
🕯️ Je l’ai pleuré devant les hommes. Et je me suis tu devant Toi.
🕯️ Ce soir, je ne Te demande pas d’effacer. Je Te demande de me regarder sans détourner les yeux.
🕯️ Prends les biens. Prends le rôle. Mais rends-moi une conscience qui ne tremble plus à son nom.
🕯️ Si le Carême est un désert, laisse-moi y marcher avec le poids exact de ce que j’ai fait.
Amen.