24/07/2026
L'ARNAQUE AUX SENTIMENTS À L'ÈRE DU NUMÉRIQUE : ANALYSE JURIDIQUE ET ENJEUX PROBATOIRES
L'arnaque aux sentiments constitue l'une des manifestations les plus significatives des nouveaux horizons ouverts à la cybercriminalité. Également désignée sous le vocable de « scam romantique », elle renvoie à une fraude en ligne par laquelle un individu malintentionné se présente faussement comme un partenaire romantique potentiel, dans le dessein de manipuler sa victime tant sur le plan émotionnel que financier.
Les auteurs de ces agissements recourent le plus souvent aux plateformes de rencontre et aux réseaux sociaux pour tisser, sous une identité usurpée ou fictive, une relation de confiance avec la personne visée. Une fois cette dernière suffisamment attachée, l'escroc invoque des circonstances dramatiques ou des situations d'urgence fabriquées de toutes pièces afin de solliciter des remises d'argent. Cette forme de fraude, est susceptible d'engendrer des préjudices tant patrimoniaux que psychologiques d'une gravité particulière .
I. LE CADRE JURIDIQUE DE L'ARNAQUE AUX SENTIMENTS
Envisagée sous l'angle du droit, l'arnaque aux sentiments désigne un ensemble de techniques frauduleuses visant à tromper une personne dans le cadre d'une relation à caractère affectif. Elle recouvre des agissements variés : falsification de documents, communication de fausses informations telles que de faux noms ou numéros de téléphone, présentation inexacte des faits, ou encore mise en œuvre de manœuvres frauduleuses destinées à procurer à son auteur un avantage financier ou juridique indu.
Il convient de rappeler que l'arnaque s'analyse comme une forme d'escroquerie, dont l'objet est de tromper ou d'induire en erreur une personne afin de la conduire à adopter un comportement qui lui est préjudiciable. À cette fin, l'auteur de l'infraction procède à une présentation dénaturée de la réalité.
Force est de constater que le législateur pénal camerounais n'a pas jugé utile de définir de manière autonome les notions d'escroquerie et d'arnaque. Cette lacune n'est cependant pas insurmontable, la notion d'escroquerie pouvant être éclairée par le droit comparé. Ainsi, aux termes de l'article 313-1 du Code pénal français issu de l'ordonnance n° 2000-916 du 19 septembre 2000, entrée en vigueur le 1er janvier 2002 l'escroquerie se définit comme le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte.
L'infraction d'escroquerie revêt ainsi une réelle complexité, en ce qu'elle suppose la réunion d'une pluralité d'actes, de nature différente, coordonnés en vue d'une finalité unique. Il en résulte que l'escroquerie aux sentiments peut être définie comme le procédé par lequel un escroc établit, avec sa victime, une relation à connotation affective, dans le seul but de lui soutirer de l'argent ou des biens.
Cette infraction se caractérise par la mise en place, préalable et délibérée, de techniques frauduleuses dirigées contre une victime déterminée, en vue d'en obtenir un avantage, le plus souvent d'ordre pécuniaire. Sur le plan de la répression, l'article 318-c de la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal de la République du Cameroun sanctionne la manipulation, d'une peine d'emprisonnement de cinq (05) à dix (10) ans, assortie d'une amende de 100 000 à 1 000 000 de francs CFA.
Cette infraction revêt une dimension numérique dès lors qu'elle est commise par le recours aux technologies de l'information et de la communication, conformément à l'article 1er de la loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité au Cameroun.
II. LA PROCÉDURE APPLICABLE EN MATIÈRE D'INVESTIGATION NUMÉRIQUE
A.La procédure devant l'officier de police judiciaire
Lorsque sont en cause des infractions commises par le truchement des technologies de l'information et de la communication telle l'escroquerie aux sentiments, les officiers de police judiciaire, assistés le cas échéant d'experts habilités, mènent leurs investigations conformément aux dispositions de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale de la République du Cameroun.
Dès lors qu'une plainte relative à une infraction d'escroquerie aux sentiments a été déposée auprès d'une unité de police ou de gendarmerie, l'officier de police judiciaire peut, au cours de l'enquête, requérir un expert en investigation numérique afin d'identifier les auteurs, coauteurs et complices, et de réunir des preuves tangibles quant aux circonstances de la commission de l'infraction. Cet expert peut également être amené à identifier l'instrument de l'infraction, qu'il s'agisse d'un téléphone, d'un ordinateur ou de tout autre dispositif électronique. Sa mission s'exerce dans le cadre fixé par les articles 92 et suivants de la loi n° 2005/007 précitée, ainsi que par l'article 52 de la loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010.
L'enquêteur numérique également désigné comme expert forensique numérique ou analyste en cybercriminalité procède à l'investigation de l'infraction par la collecte de preuves numériques, en recueillant les données pertinentes (numéros de téléphone, identités, photographies, correspondances à caractère affectif, sollicitations financières) au sein des différents supports électroniques (ordinateurs, smartphones, serveurs, etc.). Il veille à ce que cette collecte soit réalisée dans le strict respect de la légalité, notamment en évitant toute atteinte au secret des correspondances, garanti par le préambule de la loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972, telle que modifiée et complétée par la loi n° 2008/001 du 14 avril 2008.
Dans le cadre de son analyse, l'enquêteur numérique mobilise des outils spécifiques, tels que les techniques d'OSINT (Open Source Intelligence), afin d'extraire et d'examiner les données pertinentes : messages, style rédactionnel, fréquence des connexions, contenus à caractère affectif, structure des échanges, messages vocaux, vidéos, documents et horodatages. Une fois cette phase achevée, il lui incombe de préserver l'intégrité des preuves recueillies tout au long de la procédure, afin d'en prévenir toute volatilité ou altération.
La volatilité de la preuve numérique renvoie à la nature intrinsèquement instable de ces données, susceptibles d'être aisément modifiées, supprimées ou corrompues. Il est dès lors impératif d'adopter des méthodes rigoureuses de collecte, de conservation et d'analyse, afin de garantir l'authenticité et la validité des preuves dans le cadre des procédures judiciaires. Cette exigence implique notamment la constitution de copies de sauvegarde des données collectées, ainsi que le recours à des méthodes avancées de récupération des données supprimées ou altérées.
Les dispositifs techniques employés pour examiner, extraire et traiter les données issues de sources numériques permettent à l'enquêteur d'identifier les auteurs de l'infraction, ainsi que les éléments d'identification pertinents (adresses des équipements, identités des utilisateurs). Ces outils, dotés de fonctionnalités avancées, sont en mesure de récupérer des preuves, d'analyser des fichiers et de déchiffrer des données. Ils occupent, à ce titre, une place centrale dans les enquêtes criminelles, la cybersécurité et les audits informatiques, en facilitant l'identification des activités illicites ou suspectes. Leur fiabilité conditionne la production de résultats exploitables dans les contextes tant judiciaires que professionnels.
B.La procédure devant le juge d'instruction
Dans le cadre de l'information judiciaire procédure destinée à l'examen des faits susceptibles de constituer une infraction pénale le juge d'instruction, à l'issue d'une enquête préliminaire visant à rassembler les preuves à charge comme à décharge, peut ordonner une expertise en commettant un expert, conformément aux dispositions de l'article 203 de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 précitée. Cette expertise vise à réunir des preuves tangibles, à charge ou à décharge, permettant de reconstituer les circonstances de la commission de l'infraction numérique et d'identifier les personnes impliquées, dans les délais impartis par les articles 208 et 215 de la même loi.
Au terme de cette procédure, le juge d'instruction peut décider d'un non-lieu ou renvoyer l'affaire devant la juridiction de jugement compétente, sur le fondement du rapport établi par l'enquêteur numérique. Ce rapport doit exposer, de manière claire et détaillée, l'ensemble des étapes de l'enquête, les méthodes mises en œuvre et les résultats obtenus. L'enquêteur numérique peut, en outre, être appelé à témoigner devant la juridiction saisie, afin d'exposer les aspects techniques de l'enquête et d'établir la validité des preuves recueillies.
En définitive, le rôle de l'enquêteur numérique s'avère déterminant dans la lutte contre la cybercriminalité, dans la mesure où il permet de recueillir et d'analyser des preuves susceptibles de fonder des poursuites judiciaires et de contribuer à la résolution des infractions commises dans le cyberespace.
III. L'IMPORTANCE DE L'INVESTIGATION NUMÉRIQUE
L'investigation numérique occupe une place toujours croissante dans la lutte contre les infractions commises par le biais des technologies de l'information et de la communication, ainsi que dans la lutte plus large contre la cybercriminalité. Son importance tient à ce qu'elle permet, d'une part, d'identifier les auteurs des infractions et les circonstances de leur commission, et, d'autre part, de fournir des éléments probatoires précieux aux fins des poursuites judiciaires.
Forts de notre expertise, nous accompagnons les particuliers comme les entreprises dans la conduite d'investigations destinées à identifier les auteurs, coauteurs et complices d'escroqueries numériques. Notre pratique nous permet non seulement d'appréhender les spécificités propres à chaque structure, mais également d'adapter nos enquêtes aux menaces particulières auxquelles elle se trouve exposée.
À cet effet, nous élaborons des protocoles rigoureux pour la collecte et la gestion des données numériques, incluant la préservation des preuves et le strict respect des réglementations applicables en matière de confidentialité.
Nous recourons aux techniques de la forensique numérique pour l'examen des données, la récupération d'informations supprimées et l'identification des auteurs. Nos experts, spécialisés en cybersécurité, sont en mesure de conduire des enquêtes approfondies et de fournir des analyses détaillées et circonstanciées.
En matière d'audit et de conseil, nous accompagnons les particuliers et les entreprises dans l'identification des vulnérabilités de leur infrastructure numérique, ainsi que dans la mise en œuvre des solutions correctives appropriées. En collaboration avec des conseillers juridiques, nous veillons à ce que chaque enquête soit conduite dans le respect scrupuleux des lois et réglementations en vigueur, notamment celles relatives à la collecte des données.
La mise en œuvre de ces stratégies permet aux particuliers comme aux entreprises de renforcer leur capacité à prévenir, gérer et répondre efficacement aux attaques numériques.
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