15/12/2025
Je viens d’un quartier où les conversations commencent tôt le matin, devant les boutiques, avec le bruit des motos et les conseils non demandés.
« La Chine là-bas, c’est pour les riches. »
« Tu vas perdre ton argent. »
Moi aussi, j’y ai cru… jusqu’au jour où le manque d’argent a commencé à faire plus de bruit que les gens.
Je me souviens de mes premiers pas au marché. Je comptais les pièces avant d’acheter, je négociais même la honte. À la maison, la pression montait : quand est-ce que tu vas te stabiliser ? Les nuits étaient longues, le sommeil léger. Je regardais mon téléphone, hésitant à envoyer de l’argent que je n’avais pas encore.
La première fois que j’ai tenté la Chine, ce n’était pas un grand plan. C’était un pari maladroit. Peu de capital, beaucoup de peur. J’ai passé des nuits à relire les messages des fournisseurs, à douter de chaque photo, à me demander si je n’étais pas en train de faire une grosse erreur. Le jour de l’envoi, mon cœur battait plus fort que le moteur de l’avion. À la douane, je transpirais. J’imaginais déjà l’argent disparu, les moqueries du quartier, les regards lourds.
J’ai échoué. Pas une fois. Plusieurs fois. Colis bloqués. Produits différents de ce que j’avais vu. Silence radio de certains fournisseurs. Des amis riaient gentiment : « On t’avait dit non ? »
Je riais avec eux, mais à l’intérieur, je recalculais tout.
Puis il y a eu de petites victoires. Pas des miracles. Juste un colis arrivé comme prévu. Un client satisfait. Un bénéfice modeste, mais réel. J’ai compris que ce n’était pas la Chine le problème. C’était mon ignorance. Chaque erreur m’a appris quelque chose que personne ne m’avait dit au quartier.
Aujourd’hui, quand je traverse encore le marché, je n’ai pas tout réglé. Mais je marche différemment. J’ai appris que derrière chaque produit importé, il y a souvent un Camerounais fatigué, inquiet, mais debout. Quelqu’un qui a eu peur, qui a douté, et qui a quand même avancé.
Et parfois, le plus grand changement ne se voit pas dans l’argent…
Il se voit dans la manière dont on affronte le lendemain.