20/07/2026
Quai des martyrs à Bastia
L’article de Corse matin pose une question bien plus profonde que celle de la fréquentation d’un quai. Il interroge la manière dont la collectivité a pensé le développement économique de cette partie du centre ville.
En économie urbaine, il existe une distinction fondamentale entre l’investissement public et la création de valeur,les deux ne sont pas synonymes.
Plus de vingt millions d’euros ont été consacrés ces dernières années à la requalification du secteur Vieux-Port, Aldilonda, quais, accessibilité ,ces investissements ont incontestablement amélioré le cadre urbain, mais ils n’ont pas produit, sur ce tronçon précis, l’effet multiplicateur attendu sur l’économie locale.
Pourquoi ?
Parce que l’on a créé un capital physique sans créer suffisamment de capital économique.
Les infrastructures attirent des flux, mais elles ne créent pas automatiquement de consommation.
Les milliers de passagers qui débarquent quotidiennement représentent un flux considérable. Pourtant, ce flux possède une faible valeur économique pour les commerçants s’il ne se transforme pas en temps passé, puis en acte d’achat.
En économie, on pourrait résumer la situation par une formule simple,
Flux ≠ consommation.
Ce qui crée de la richesse n’est pas le nombre de personnes qui traversent un espace, mais le temps qu’elles y consacrent et le montant qu’elles y dépensent.
Le quai des Martyrs souffre précisément de cette faiblesse,il capte des piétons mais ne capte pas leur pouvoir d’achat.
Il existe également un phénomène de concurrence intra-urbaine.
La place Saint-Nicolas concentre les commerces, les événements et les services. Le Vieux-Port bénéficie d’une forte identité patrimoniale et touristique. Entre ces deux polarités, le quai est devenu un simple corridor. Or, dans toute ville, les activités économiques se concentrent naturellement là où les externalités sont les plus fortes , animation, visibilité, accessibilité et densité commerciale.
À cela s’ajoute un facteur souvent sous-estimé, la vacance commerciale.
Trois commerces fermés sur huit ne représentent pas seulement trois entreprises disparues. Ils réduisent l’attractivité de l’ensemble du secteur. En économie, on parle d’externalité négative, chaque fermeture diminue la fréquentation potentielle des voisins, ce qui accroît leur fragilité. C’est un mécanisme cumulatif.
Autre élément, le stationnement.
On peut le regretter d’un point de vue environnemental, mais l’économie locale doit partir des comportements réels et non des comportements souhaités. Chez nous une part importante de la consommation quotidienne reste liée à l’automobile. Si l’accès devient plus contraignant, une partie de la clientèle arbitrera naturellement en faveur d’une autre destination.
Enfin, il faut évoquer la rentabilité des investissements publics.
Une collectivité ne devrait pas uniquement mesurer le succès d’un projet au coût des travaux réalisés ou à la qualité architecturale obtenue. Elle devrait aussi mesurer, le taux d’occupation des cellules commerciales, le chiffre d’affaires moyen des établissements, l’évolution des emplois créés, la durée moyenne de présence des visiteurs, le rendement fiscal généré par le quartier.
Autrement dit, passer d’une logique de dépense publique à une logique de retour sur investissement territorial.
La véritable question n’est donc pas, combien avons-nous investi ?
La question est :
Combien de richesse supplémentaire cet investissement produit-il chaque année pour les entreprises, les salariés, les propriétaires et la collectivité ?
Si cette richesse n’augmente pas, alors le projet est esthétiquement réussi mais économiquement incomplet.
La prochaine étape ne relève donc plus de l’urbanisme mais de l’économie territoriale.
Il faut transformer le quai des Martyrs en un véritable actif productif, où l’espace public devient un levier de création de valeur.
Car une ville ne s’enrichit pas grâce à ses aménagements.
Elle s’enrichit lorsque ces aménagements permettent aux entreprises de vendre davantage, d’investir, d’embaucher et de créer un cercle vertueux. C’est seulement à ce moment-là que l’investissement public cesse d’être une dépense pour devenir un véritable moteur de développement économique et dans ce cas précis nous sommes face a un échec, d’où :
« Photo quai des martyrs aujourd’hui et nouveau projet business en Corse de réaménagement et de modernisation »