05/07/2026
De la souffrance à la résilience : la force du collectif
Je viens de clôturer un cycle de 6 séances à Bourbon-Lancy, centré sur la souffrance au travail et dédié à des personnes en arrêt maladie. Et quelle aventure humaine !
Chaque participant a su s'emparer de cet espace avec un engagement remarquable pour créer une dynamique de groupe exceptionnelle. Au fil de nos rencontres, j'ai été le témoin privilégié
De soutien et de solidarité : Une écoute bienveillante qui a permis à chacun de rompre l'isolement.
D'un partage d'émotions et d'expériences : Mettre des mots sur des vécus difficiles pour mieux les traverser ensemble.
D'une reprise de confiance en soi : En mettant l'accent sur les richesses identitaires de chacun, ce groupe a permis à ses membres de renouer avec leurs forces et leur valeur.
Je tiens à remercier chaleureusement chaque participant pour son implication active, son authenticité et son courage. Vous avez fait de cet espace un véritable moteur de reconstruction.
Enfin, un immense merci à la Carsat d'avoir permis, pour la deuxième fois, la création de ce groupe, et de m'avoir renouvelé sa confiance pour en assurer l'animation. C'est grâce à ces initiatives que l'on peut remettre l'humain au cœur du parcours de soin.
maladie au travail
🌿 Le mot de la fin...
Je vous partage ce texte bouleversant, écrit par l'une des participantes du groupe. Il résume avec une lucidité touchante le cheminement vers l'épuisement professionnel, et le courage qu'il faut pour accepter de ralentir et de se réparer.
"Si je prends le temps de bien analyser,
Depuis que je suis née,
J’ai beaucoup travaillé.
D’abord à m’ouvrir au monde, m’éveiller,
À apprendre à regarder, observer,
Puis à parler, à marcher.
Tout ce travail et ces efforts semblaient innés, spontannés,
Entourée par les soins et la direction de mes aînés.
Puis, mon encadrement fut confié à des personnes de métier,
Et la notion de résultat dans mes efforts s’est insinuée,
Pour faire naître dans le travail la notion d’anxiété,
Peur de ne pas réussir, de se tromper,
Honte de voir toutes ses fautes devant la classe dévoilées,
Devant mes camarades, se faire tirer l’oreille ou malmener,
Tristesse de voir les autres peiner et se faire humilier.
Apprendre à lire et à compter,
À écrire, comprendre et mémoriser,
M’ouvrait la porte sur un monde à explorer,
Et dans nombre d’aspects m’enthousiasmait,
Mais s’accompagnait d’injustices... à accepter ?
C’est du moins en me taisant et obéissant ce que j’ai fait.
Au fil des années, l’anxiété s’est accentuée.
Peur d’échouer, d’être laissée sur le côté,
De ne pas être à la hauteur, de perdre pied.
Les évaluations constantes de nos capacités,
Tellement angoissant, pire qu’une corvée,
Le plaisir d’apprendre effacé,
Par un besoin de résultat remplacé.
Ce stress m’a découragée de continuer,
À mes projets d’études prolongées j’ai renoncé,
Je me suis tournée vers le travail rémunéré,
Pensant que le résultat serait moins exigé et acclamé.
C’est vrai, dans mon domaine, la productivité n’était pas la clé,
Mais la pression de réussir, les malveillances et rivalités,
Ont rapidement eu raison de mes espérances pleines de crédulités.
Le monde du travail rémunéré,
On rêve d’épanouissement,de sentiment de contribution à la société,
Mais on réalise aussi amèrement une autre réalité :
Le travail rémunéré, c’est la jungle, la bataille, l’insécurité,
Pour la plupart des entrepreneurs et salariés.
Alors à ma réalisation personnelle aussi j’ai travaillé,
J’ai oeuvré dur pour bâtir un foyer,
Rénover, construire, aménager,
Plaisir retrouvé d’un effort valorisé.
Materner, guider, éduquer,
Satisfaction d’amour déborder,
Mais parfois aussi angoisse d’échouer,
Peur de ne pas réussir, de se tromper,
Sentiment d’être seule à ramer,
Pour que le navire n’aille pas sombrer...
Aujourd’hui, après avoir tant donné jusqu’à craquer,
Un nouveau travail devant moi est proposé,
Mais difficile à comprendre et à bien mener :
Me reconstruire, émerger,
Prendre soin de moi, me revaloriser.
Apprendreàcompteraulieud’êtreuniquementcellesurquionpeutcompter,
Essayer d’à mes yeux exister sans forcément produire ou donner,
Sans constamment me remettre en question et me juger.
Et alors que cette démarche devrait me rassurer,
Je me donne ridiculement l’obligation de rapidement y arriver,
Comme si cette pression allait magiquement tout accélérer,
Alors qu’elle ne fait que tout compliquer.
Aujourd’hui, un nouveau travail rémunéré ?
Comment me projeter ?
Je sais que pour y parvenir, je ne dois plus y penser,
Et me donner le temps de tout mieux recommencer.
Ce que j’aimerais : retrouver ma motivation et ma créativité,
Mon plaisir d’échanger sans être épuisée.
Mais ce que je peux réellement faire à l’instant T :
Ne pas trop réfléchir et sereinement me retrouver,
Uniquement des gens bienveillants côtoyer,
Mes interactions et occupations bien doser,
Les petites réalisations du quotidien ne pas dévaloriser,
Et les mini victoires sur moi-même avec bienveillance compter.
Le travail rémunéré et utile à la société,
J’y reviendrai avec un nouveau regard quand je serai,j’espère,réparée."
"texte écrit par une participante en pleine reconstruction "