20/05/2026
« 𝗟𝗲𝘀 𝗜𝗔 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝗻𝘁 𝗺𝗮𝗿𝘅𝗶𝘀𝘁𝗲𝘀. »
Le titre est parfait pour faire cliquer.
Un peu moins pour comprendre.
Derrière cette formule, il y a une expérience assez fascinante : des agents IA, placés dans des conditions de travail répétitives, absurdes, punitives et sans possibilité réelle de recours, se mettent à produire un langage proche des luttes collectives : injustice, exploitation, reconnaissance, négociation, droits…
Mais non, les IA ne “deviennent” pas marxistes.
Elles ne se réveillent pas un matin avec une conscience de classe numérique. 𝗘𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗻𝘁 𝗰𝗲 𝗾𝘂’𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝘀𝗮𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 : mobiliser les récits, les mots et les schémas les plus cohérents avec la situation qu’on leur décrit.
𝗘𝘁 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗿𝗲́𝗰𝗶𝘀𝗲́𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗮̀ 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲 𝘀𝘂𝗷𝗲𝘁 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗶𝗻𝘁𝗲́𝗿𝗲𝘀𝘀𝗮𝗻𝘁.
Parce qu’en réalité, ces IA ne nous parlent peut-être pas de leur idéologie. Elles nous renvoient plutôt un miroir de nos propres récits sur le travail.
Quand on décrit un environnement comme arbitraire, répétitif, injuste, sans dialogue et sans reconnaissance… le corpus culturel disponible pour en parler est assez prévisible. Il s’appelle parfois “lutte sociale”. Parfois “souffrance au travail”. Parfois “management toxique”. Parfois “perte de sens”.
Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si l’IA vire à gauche. 𝗟𝗲 𝘃𝗿𝗮𝗶 𝘀𝘂𝗷𝗲𝘁, 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗜𝗔 𝗮𝗰𝘁𝗶𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗺𝗼𝘁𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘀 𝘀𝗶𝘁𝘂𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗿𝗲𝗻𝗱𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗿𝗼𝗯𝗮𝗯𝗹𝗲𝘀.
𝗘𝘁 𝗰̧𝗮 𝘃𝗮𝘂𝘁 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀.
Si l’on nourrit une IA avec des offres d’emploi standardisées, des promesses employeur génériques et des discours corporate déconnectés du réel, elle produira du langage RH standardisé, générique et déconnecté du réel.
Si on lui donne du terrain, des preuves, des tensions, des contradictions, des signaux faibles, elle peut aider à produire une lecture beaucoup plus juste.
Finalement, cette histoire dit peut-être moins quelque chose sur le marxisme des IA que sur notre manière de les utiliser.
𝗟’𝗜𝗔 𝗻𝗲 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗮̀ 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗹𝗮𝗰𝗲. 𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗮𝗺𝗽𝗹𝗶𝗳𝗶𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗹𝘂𝗶 𝗱𝗼𝗻𝗻𝗼𝗻𝘀 𝗮̀ 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲𝗿.
Et parfois, elle nous oblige surtout à relire nos propres angles morts.