17/11/2022
116-2022 Bonsoir les lyanesques, un roman de rentrée littéraire qui suscitera de nombreux avis sûrement très différents. Voici le mien sur "La poupée qui fait oui" d'Agnès de Clairville chez HarperCollins
Genre : Littérature Blanche
Avis : OPPRESSANT
Il était une fois une fille qui disait non d’une voix trop basse…
Voici un premier roman lourd de sens. Il est là pour parler des premières fois qui se passent mal, des garçons qui ne savent pas ou ne veulent pas interpréter les signes de recul des filles, de l’emprise exercée sur celle qui veut aimer envers et contre tout. Le mérite de ce roman est d’avancer pas à pas sur le chemin de la déconstruction de la victime, sur le silence et la passivité des témoins, sur la responsabilité non reconnue des adultes sur des événements que leur laxisme a permis.
Arielle est mineure quand elle intègre une école d’ingénieurs ; Inès, sa mère, n’a jamais dit à sa fille que la relation avec son père avait été d’une grande souffrance. Alors, quand Arielle veut perdre sa virginité et vivre une sexualité assumée, elle ne peut savoir que le danger viendra d’Eric, de six ans son ainé. Elle se mentira pour ne pas le perdre et fera souffrir sa mère en la ramenant à ses propres années de jeunesse. Comment pourront-elles garder le lien fusionnel qu’elles entretiennent depuis la naissance d’Arielle ? Cette dernière découvrira-t-elle ce qu’est le non-consentement ?
En colère et oppressée tout au long de ma lecture, je l’ai été peut-être parce que les années 1980 résonnent encore en moi et que l’environnement décrit tant au niveau musical qu’à celui des mœurs m’a été familier. Et je me suis demandé quelle était la responsabilité de la femme qui n’a pas le courage de dire non assez fort. Car pourquoi arriver à cet amalgame qui dénonce toute relation subie comme entièrement dépendante d’un homme. Quand la femme ne risque qu’une fierté blessée, pourquoi continuer une relation ? Se tromper et découvrir l’autre, pervers, ne demande qu’une chose à faire : fuir. Ce dont souffre la femme dans cette situation, c’est la honte de sa lâcheté.
J’ai eu la sensation d’être dans une ronde infernale, une descente vers les enfers des femmes soumises, mais surtout au milieu des non-dits qui emprisonnent et qui ont un poids insensé dans toutes les interactions sociales et amoureuses.
Il y a beaucoup de pureté dans ce récit malgré les termes crus et les situations violentes, cela fait sûrement écho à la naïveté de la jeunesse de l’héroïne. L’horreur de la banalité des situations est renforcée par le comportement de ceux qui savent.
Oui, les filles et les garçons de 16 ans devraient lire ce roman pour comprendre que s’aimer est un acte grave, qui engage et dont on est le seul responsable. L’autre doit rester celui à qui l’on se donne et jamais celui qui prend.
Je remercie les éditions Harper Collins et la Fondation Orange pour leur confiance.
Citations :
Vraiment, on est à la fin du XXème siècle ! Comment un homme peut encore croire qu’une fille veut de lui quand elle ose à peine dire non ?
Ce livre, c’est celui que j’aurais aimé offrir à ma fille le jour de ses seize ans.
Résumé : Fin des années 1980. Une école d’ingénieurs bâtie dans une ville nouvelle à l’écart de tout. Un bizutage, des soirées, les premières fois. Arielle, seize ans, issue de la bonne société versaillaise, fantasme les garçons et l’amour physique. Alors qu’elle se laisse porter par cette vie loin des siens, Éric, un étudiant magnétique de six ans son aîné, va croiser son chemin.
Le départ de sa fille est l’occasion pour Inès de revivre sa propre histoire : la rupture avec un monde clos et pétri de traditions, la liberté d’une chambre seule, et puis, très vite, une grossesse, la solitude et le retour à la case départ.
Alors qu’Arielle s’initie à l’amour et cherche son père biologique, les terreurs d’Inès se font de plus en plus prégnantes. Et si un pesant silence s’immisçait dans leur histoire de filles ? Et si la chair de sa chair entrait elle aussi en amour par sidération ?
Une violence qu’on ne nomme pas. Une réalité qui s’impose vingt ans après les faits.
L’auteure : Agnès de Clairville est née en 1968 en Normandie et vit aujourd’hui à Marseille. Scientifique de profession, elle a d’abord travaillé la photographie avant de se dédier à l’écriture. La poupée qui fait oui est son premier roman.
La poupée qui fait oui
Agnès de Clairville
Editeur : HARPER COLLINS
ISBN : 9791033912385
Nombre de pages : 280
Date de sortie : 6 octobre 2022
Prix broché : 22 €
Étiquettes : Littérature Blanche, Premier roman, Autobiographie, Mère, Fille, Bizutage, Relations familiales, Violence, Départ, Traditions, Rupture