10/07/2026
🌤️ Stress thermique : un épisode intense se prépare, mais différent de celui de fin juin
Les prochains jours resteront à haut risque de stress thermique. Le THI devrait atteindre régulièrement 75 à 80 en journée, soit un niveau de stress modéré à marqué pour les vaches laitières, avec des conséquences possibles sur l’ingestion, la rumination, la production et la fertilité.
Il faut toutefois distinguer cet épisode de celui de la fin juin, durant lequel le THI avait approché 88. Nous ne sommes pas face à la même combinaison de chaleur et d’humidité :
• l’air annoncé sera globalement plus sec ;
• les températures nocturnes seront plus basses ;
• les animaux devraient donc mieux dissiper la chaleur accumulée durant la journée.
Ce contexte sera plus confortable, mais certainement pas neutre. Un THI proche de 80 reste suffisant pour provoquer une baisse d’ingestion et une augmentation nette de la fréquence respiratoire. Plus le THI augmente, plus les pertes d’ingestion et de production s’accentuent. (ScienceDirect)
🌬️ Profiter de l’air plus sec pour refroidir efficacement
L’air plus sec améliore l’efficacité de l’évaporation. Les systèmes associant mouillage direct de la vache et ventilation devraient donc être particulièrement performants durant cet épisode.
Les principes à retenir :
• déclencher la ventilation avant l’apparition d’un halètement marqué ;
• rechercher une vitesse d’air réelle sur les animaux, et pas seulement un renouvellement théorique du bâtiment ;
• mouiller franchement le dos et les flancs, puis laisser évaporer sous ventilation ;
• privilégier des cycles de mouillage courts et répétés ;
• ne pas créer un brouillard permanent qui augmente l’humidité ambiante ;
• éviter de détremper les logettes, les mamelles et les zones de couchage.
Les priorités restent l’aire d’attente, les cornadis, les logettes occupées et le bâtiment des taries. Les ventilateurs doivent continuer à fonctionner en soirée afin de favoriser la récupération thermique nocturne. La combinaison ombre, ventilation et aspersion améliore la dissipation de chaleur, l’ingestion et le confort des vaches. (Penn State Extension)
💧 L’eau : premier levier nutritionnel
En période chaude, les besoins en eau peuvent augmenter de 20 à 35 %. Il faut donc contrôler le débit réel, la propreté et l’accessibilité des abreuvoirs. (Penn State Extension)
Concrètement :
• proposer plusieurs points d’eau facilement accessibles ;
• vérifier les débits pendant les périodes de forte consommation ;
• nettoyer quotidiennement les bacs ;
• éviter les files d’attente à la sortie de traite ;
• placer de l’eau à proximité des zones d’alimentation et de refroidissement.
Un abreuvoir plein n’est pas nécessairement un abreuvoir capable de fournir suffisamment d’eau à plusieurs vaches simultanément.
🥣 Adapter la distribution de la ration
Le stress thermique réduit l’ingestion et déplace la consommation vers les heures les plus fraîches. La ration doit donc être organisée autour de cette nouvelle dynamique.
Les bonnes pratiques sont :
• distribuer une part importante de la ration en fin de journée ou en soirée ;
• multiplier les repousses à l’auge ;
• retirer rapidement les refus échauffés ;
• éviter les rations préparées trop longtemps à l’avance ;
• limiter le tri et le dessèchement de la ration ;
• maintenir une fibre efficace suffisante, sans excès de fibres peu digestibles ;
• augmenter prudemment la densité énergétique plutôt que d’augmenter brutalement l’amidon ;
• surveiller les matières grasses, le taux protéique, l’urée et les indicateurs d’acidose.
L’alimentation peut limiter les conséquences du stress thermique, mais elle ne remplace jamais un refroidissement physique efficace. (Penn State Extension)
⚖️ Potassium, sodium et pouvoir tampon
L’augmentation de la transpiration, de la salivation et de la fréquence respiratoire modifie les équilibres minéraux et acido-basiques. L’halètement entraîne notamment une alcalose respiratoire, tandis que la diminution de la rumination réduit l’apport salivaire de bicarbonates au rumen.
Deux repères pratiques peuvent être retenus pour les vaches en lactation :
• environ 250 g de bicarbonate de sodium par vache et par jour, selon la composition de la ration et le niveau d’ingestion ;
• un apport complémentaire d’environ 10 g de potassium par vache et par jour, après vérification du potassium déjà présent dans la ration.
Ces valeurs doivent rester des repères de terrain, et non des prescriptions universelles. L’objectif nutritionnel est surtout d’atteindre une teneur totale en potassium adaptée, généralement proche de 1,5 % de la matière sèche chez les vaches en lactation exposées à la chaleur. Des travaux expérimentaux ont montré une amélioration de l’ingestion ou de la production avec des rations autour de 1,5 à 1,6 % de potassium. (ScienceDirect)
Il faut en revanche être prudent avec les taries : une augmentation non raisonnée du potassium avant vêlage peut perturber la balance cations-anions et accroître le risque d’hypocalcémie. Les corrections minérales doivent donc être validées avec le nutritionniste en tenant compte du stade physiologique.
🐄 Ne pas oublier les taries
Comme le rappelle le Dr Emilie Knapp :
« N’oubliez pas vos taries : elles portent le futur du troupeau pendant ces périodes. »
Le stress thermique durant le tarissement ne se limite pas à une baisse momentanée de confort. Il peut affecter la croissance fœtale, la réponse immunitaire, la production de la lactation suivante et les performances futures du veau. Les taries doivent donc disposer d’ombre, d’eau, d’espace à l’auge et d’une ventilation équivalente à celle des vaches en lactation. (Penn State Extension)
À retenir
Nous n’attendons probablement pas un épisode aussi extrême que celui de fin juin, avec un THI proche de 88. Mais des valeurs autour de 75 à 80 restent biologiquement importantes.
La différence majeure sera la possibilité d’une meilleure récupération grâce à :
• un air plus sec ;
• des nuits plus fraîches ;
• une meilleure efficacité des do**hes, brumisateurs et ventilateurs.
C’est donc un épisode potentiellement intense, mais plus facile à maîtriser, à condition d’anticiper plutôt que d’attendre les premiers animaux en hyperventilation.
Avec la plateforme Agromet CRA-W / Centre wallon de Recherches agronomiques
Sources :
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Becker, C. A., & Stone, A. E. (2020). Graduate student literature review: Heat abatement strategies used to reduce negative effects of heat stress in dairy cows. Journal of Dairy Science, 103(10), 9667–9675. https://doi.org/10.3168/jds.2020-18536
Chen, L., Thorup, V. M., Kudahl, A. B., & Østergaard, S. (2024). Effects of heat stress on feed intake, milk yield, milk composition, and feed efficiency in dairy cows: A meta-analysis. Journal of Dairy Science, 107, 3207–3218. https://doi.org/10.3168/jds.2023-24059
Giannone, C., Bovo, M., Ceccarelli, M., Torreggiani, D., & Tassinari, P. (2023). Review of the heat stress-induced responses in dairy cattle. Animals, 13(22), Article 3451. https://doi.org/10.3390/ani13223451
Mallonée, P. G., Beede, D. K., Collier, R. J., & Wilcox, C. J. (1985). Production and physiological responses of dairy cows to varying dietary potassium during heat stress. Journal of Dairy Science, 68(6), 1479–1487. https://doi.org/10.3168/jds.S0022-0302(85)80986-3
Schneider, P. L., Beede, D. K., Wilcox, C. J., & Collier, R. J. (1984). Influence of dietary sodium and potassium bicarbonate and total potassium on heat-stressed lactating dairy cows. Journal of Dairy Science, 67(11), 2546–2553.
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Tao, S., Thompson, I. M., Monteiro, A. P. A., Hayen, M. J., Young, L. J., & Dahl, G. E. (2012). Effect of cooling heat-stressed dairy cows during the dry period on insulin response. Journal of Dairy Science, 95(9), 5035–5046.
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