02/05/2026
Le statut de flexijob bientôt élargi à tous les secteurs… sauf ceux qui l’interdiront par la CP directement
Pour le 1er mai, fête des travailleuses et travailleurs, le gouvernement nous a fait un cadeau livré la veille. Ce jeudi 30 avril, le Conseil des ministres a validé l'extension des flexi-jobs à tous les secteurs, public compris. Le timing ne doit probablement rien au hasard.
Rappelons le mécanisme. Créé en 2015 pour l'Horeca, le flexi-job permet à une personne déjà employée à 4/5e temps (ou pensionnée) de travailler en complément chez un autre employeur. Particularité : ce revenu échappe à la quasi-totalité des cotisations sociales et de l'impôt. Le brut égale le net. La réforme votée hier étend le dispositif à tous les secteurs, fait passer le plafond annuel exonéré de 12.000 à 18.000 euros, et supprime l'interdiction faite aux salariés à temps plein d'exercer un flexi-job dans une entreprise liée à leur employeur principal. Ce dernier point, le moins commenté, est le plus lourd de conséquences : il ouvre la porte à des montages où un même salarié verrait son contrat normal réduit, complété par des heures flexi dans la même boîte. Mêmes heures, même travail, mais une partie sans cotisations.
Le récit officiel tient en une phrase : plus de flexibilité égale plus d'embauches. Sauf que les chiffres disent autre chose. L'ONSS recense 229.423 flexi-jobbers en 2024. Parmi eux, 83% occupent déjà un emploi à plus de 95% d'un temps plein. Le dispositif ne ramène donc pas des chômeurs vers l'emploi. Il permet à des personnes déjà actives d'ajouter des heures défiscalisées.
L'économiste Bruno Van der Linden (UCLouvain) a même mesuré l'effet inverse : dans les secteurs ouverts aux flexi-jobs, l'emploi standard recule. Le dispositif déplace l'emploi existant plus qu'il n'en crée.
Pour verser 12 euros nets de l'heure à une salariée en contrat ordinaire, un employeur débourse au total entre 23 et 25 euros, une fois additionnés le brut, les cotisations personnelles et patronales, et l'impôt. En flexi-job, ces mêmes 12 euros nets coûtent environ 15 euros : seule subsiste la cotisation patronale. La question n'est plus de savoir si les entreprises vont basculer leurs heures vers ce régime, mais à quelle vitesse.
La facture, elle, ne disparaît pas. Elle se déplace. Chaque heure flexi est une heure pour laquelle aucune cotisation personnelle n'alimente la sécurité sociale, ni pour la pension, ni pour la santé, ni pour le chômage. Aucun précompte ne rentre dans les caisses de l'État. Ce sont les autres travailleurs, ceux qui continuent à cotiser pleinement, et les services publics, qui paient la différence.
En décembre 2025, Vincent Van Peteghem (CD&V), ministre du Budget de cette même coalition Arizona, qualifiait ces dispositifs de "pertes considérables" pour la sécurité sociale. Quand le ministre du Budget contredit publiquement le ministre de l'Emploi sur le coût d'une mesure que celui-ci porte, on a probablement le diagnostic le plus honnête de la séquence.
Au fond, cette réforme ne crée pas d'emploi. Elle réorganise l'emploi existant en remplaçant des heures cotisées par des heures défiscalisées. Elle ne produit pas de pouvoir d'achat collectif, elle le redistribue depuis la sécurité sociale vers le portefeuille de quelques cumulards. Et elle installe, à grande échelle, deux personnes côte à côte sur le même poste contribuant de manière radicalement différente au pot commun. Le coût du travail baisse. C'est la sécu qui paie la différence. La même majorité expliquera ensuite, sans rire, que la sécu coûte trop cher.
Ce gouvernement ne cherche pas à diminuer le chômage, il cherche surtout à diminuer le coût du travail, et par là même, votre salaire différé.