30/10/2025
Chronique littéraire *« Sarkozy, la prison et la littérature »* (Par Abdoul Malik ISSOUFA)
Condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs dans l'affaire du financement libyen, l'ex-président français, Nicolas Sarkozy, a passé sa première nuit en prison le 21 octobre 2025. Comme de juste, cette incarcération - à l'instar de la condamnation - a suscité autant de récriminations que d’applaudissements. Au « régicide judiciaire » dénoncé par les uns, répond « la justice pour tous » saluée par les autres. Quoiqu'il en soit, et sans préjuger de la durée de l’incarcération, Nicolas Sarkozy sera effectivement passé par la case prison. C'est ce que retiendra l'histoire. Dans l’immédiat, pour meubler son séjour carcéral, l'ancien président « emporte Le Comte de Monte-Cristo [d'Alexandre Dumas] en deux volumes et la biographie de Jésus par Jean-Christian Petitfils ».
*I. Des livres symboliques pour le tribunal de l'opinion*
Toutefois, ainsi qu'on l'a décrypté, les choix de Sarkozy ne sont pas fortuits. Plus qu'un dérivatif, ces livres sont éminemment symboliques. Car, dans les deux cas, les héros - Edmond Dantès et Jésus - sont condamnés à tort. Ainsi, faute d'avoir convaincu les juges Nicolas Sarkozy fait appel à l'opinion, en s'identifiant à la victime de l’arbitraire judiciaire. Rien de tel que le symbole des ouvrages précités pour mettre en relief l'injustice supposément subie ! Désormais, quelques lecteurs verront dans sa condamnation et son incarcération un cas contemporain d'acharnement judiciaire dont l'histoire (la biographie de Jésus) et la littérature (Le Comte de Monte-Cristo) fournissent des cas emblématiques. C'est, du moins, l'effet escompté à moyen et long terme. Indépendamment de l'issue de la procédure en appel et, le cas échéant, en cassation, le nom Nicolas Sarkozy sera désormais associé à ces deux ouvrages, son sort peu ou prou comparé à ceux de Jésus, d'Edmond Dantès et même du Capitaine Dreyfus. « Quand il passera les portes de la prison, Nicolas Sarkozy perdra temporairement sa liberté, mais l’autorité judiciaire, pour longtemps, perdra sa crédibilité », prophétise un éditorialiste (Vincent Tr. de Villiers, « Despotisme judiciaire », Le Figaro n° 25241 du 21 octobre 2025, p. 1). Force est de constater que la littérature, à tort ou à raison, participe du story-telling. Quel communiquant, ce Sarkozy !
II. *Jurisprudence Princesse de Clèves*
Les acteurs de l'industrie littéraire peuvent s’en frotter les mains. En choisissant publiquement Le Comte de Monte-Cristo et la Biographie de Jésus, Nicolas Sarkozy a collatéralement assuré une opération marketing à ces deux ouvrages. Certes, étaient-ils connus du grand public. Paru au XIXe siècle, le premier est un classique de la littérature française. Quant au second, publié en 2023, son audience est certaine en raison de celle de l'auteur et des recensions qu'en a faites la presse en particulier. Toutefois, élus par Nicolas Sarkozy, ces deux livres acquièrent une relative actualité et incidemment de nouveaux lecteurs. Ceux-ci, au demeurant, peuvent se recruter autant parmi les soutiens que les contempteurs de Sarkozy. L'on se souvient qu'en 2006, le concerné avait publiquement laissé entendre que La Princesse de Clèves (roman de Madame Lafayette, 1678) était sans grand intérêt. Il n'en fallut pas davantage pour que l'œuvre revienne au devant de la scène et s'écoule à des milliers d'exemplaires. « Il y a eu un véritable effet prescripteur après les déclarations de Nicolas Sarkozy », résume un éditeur. C'est que l’homme suscite des réactions toujours contrastées. Qu'on l'apprécie ou non, ce personnage-là est intéressant ! Et tout ce qu'il touche le devient. Par la force des choses, Le comte de Monte-Cristo et la biographie de Jésus « par Jean-Christian Petitfils » bénéficieront de la jurisprudence Princesse de Clèves.
*Abdoul Malik ISSOUFA*