04/07/2022
CHRONIQUE N° 10 du 23 /06/2022
✍🏿 _Stanislas Ayodélé ADANLAWO_
Titre: De la dose à l’overdose
Enfants, jeunes, adultes, vieux, très peu échappe à la nouvelle drogue, subtile et grisante : les réseaux sociaux. Snapchat, Facebook, Instagram, Whatsapp, Tik-Tok ou autre, jamais le monde a connu une telle boulimie créative. Comme une peste au caractère pandémique et épidémique les médias sociaux ont conquis tous les cercles sans exception. Le milieu éducatif subit également cette invasion technologique. Phénomène au départ source de curiosité il est devenu élément ‘’dangerogène’’ dont les victimes collatérales se comptent par millier.
D’aucuns nous diront que les réseaux sociaux constituent de véritables canaux d’expression aisée des opinions ; qu’ils facilitent aux utilisateurs le réseautage : élément de socialisation dans un village planétaire ; qu’ils favorisent également l’acquisition des compétences techniques et communicationnelles essentielles à la vie professionnelle en ce 21ème siècle….soit !
Toutefois, derrière ces avantages aux allures de boniments pompeusement vantés par le marketeur, les réseaux sociaux présentent bien de nombreux dangers sur les utilisateurs notamment les apprenants. Comme une pièce de monnaie, nous avons aussi bien l’avers et le revers de la médaille. La corrélation entre l’utilisation des médias sociaux et la baisse des performances scolaires est étroite. Les plateformes sociales constituent de véritables sources d’inquiétudes pour les éducateurs. Grands dévoreurs de temps, les réseaux sociaux occupent de plus en plus les journées de jeunes apprenants. A la recherche de connexion Wi-Fi, ils sont nombreux ces apprenants spécialistes de l’école buissonnière qui s’attroupent du matin au soir, dans certains lieux, concentrés sur les contenus très peu éducatifs. Des messages tchats au partage de photos sans oublier des vidéos, ils sont irrésistiblement accrochés à leurs portables, heureux esclaves, coincés dans les travers des nouvelles technologies. Très peu de jeunes de notre ère utilisent les réseaux sociaux pour discuter des sujets relatifs aux études. Beaucoup ont tôt fait de l’utiliser pour d’autres fins outre éducatives. Facteurs des dérapages sociaux, ces médias sont devenus plus qu’une drogue pour une génération en perte de repères. En victime abusée et résignée, l’école béninoise en souffre. La tragédie se joue devant nous ; les regards hagards, on constate les dégâts. On se rappelle encore avec choc et traumatisme des sex-tape en milieu scolaire notamment la sulfureuse affaire de diffusion des images pornographiques par un groupe d’élèves au Lycée Matthieu Bouké, Clé de la réussite et CSP de Cotonou en 2020.
Des cercles de délinquance juvénile à l’image du tristement célèbre club « City gang » du Lycée Matthieu Bouké ayant choqué l’opinion publique par leur degré de perversité se développent dans le rang d’une jeunesse désormais en rupture avec le bon sens et la bienséance. Bref, un crash moral attribué à raison à l’utilisation intensive et irresponsable des réseaux sociaux. A ceci s’ajoutent la cyberintimidation qui se manifeste par la violence verbale dans le rang des jeunes. A les entendre parler, on se croirait dans un ghetto.
En outre, sur le plan psychologique, les plateformes sociales accentuent chez les utilisateurs l’exclusion sociale d’où le phénomène communément appelé « Génération Têtes Baissées » pour ainsi dire des détachés de la réalité et du monde physique. Nous n’oublions non plus l’anxiété, la dépression que génèrent ces plateformes du fait des attentes irréalistes qu’elles suscitent.
Par ailleurs, texter ne favorise pas la concentration comme c’est le cas de ces nombreux apprenants ‘’corps présents, esprit ailleurs; que dis-je sur Facebook, Messenger ’’en classe. Tout ceci en mépris aux mesures restrictives dans le système éducatif interdisant l’utilisation du téléphone portable à l’école au Bénin. Des pratiques qui ont pour corollaire la baisse des performances scolaires. Utiliser les réseaux sociaux alors qu’on étudie relève d’une attitude « multitâche » qui distraie, nous dira le psychopédagogue.
C’est une drogue, combattue mais jamais éradiquée. Quand on y goutte, difficile d’arrêter confirmant l’assertion « qui a bu boira ». Et oui ! Beaucoup vivent une dépendance vis à vis des médias sociaux. Très peu préoccupés par leurs notes à l’école mais occupés à whatsapper, Facebooker, Tik-toker ; ainsi pourrions-nous caricaturer la vie de nombre de ces apprenants inconscients.
Le phénomène prend de l’ampleur. Plus que la dose nous avions franchi l’overdose. Parents d’élèves, enseignants, politiques et autorités à divers niveaux, il faut vite réagir pour éviter le pire. De l’overdose au requiem, il y a qu’un pas. Refusons de le franchir !