08/09/2026
« Un peuple conscient ne saurait confier la défense de sa patrie à un groupe d’hommes quelles que soient leurs compétences. Les peuples conscients assument eux-mêmes la défense de leur patrie. » — Capitaine Noël Isidore Thomas Sankara
Cette pensée de l’icône de la révolution prend une résonance particulière dans le contexte actuel de nombreux États africains engagés dans une nouvelle bataille pour leur souveraineté véritable.
Car l’indépendance juridique d’un État ne signifie pas nécessairement son indépendance réelle. Un pays peut disposer d’un drapeau, d’un gouvernement, d’une armée et d’institutions propres tout en demeurant fortement dépendant de puissances étrangères sur les plans militaire, économique, financier, technologique ou diplomatique.
C’est précisément là que la pensée de Sankara retrouve toute sa force.
Pour lui, la défense de la patrie ne pouvait être abandonnée à une minorité. Elle devait être l’expression d’un peuple conscient de ses intérêts, de son histoire et de sa responsabilité dans la construction de son propre destin.
Aujourd’hui, lorsque certains États africains cherchent à reprendre davantage de contrôle sur leurs choix sécuritaires, leurs ressources naturelles, leurs partenariats internationaux et leurs politiques économiques, la question posée par Sankara demeure fondamentale :
Peut-on réellement parler de souveraineté lorsque les décisions essentielles concernant l’avenir d’un peuple dépendent encore largement de forces extérieures ?
La souveraineté véritable exige donc plus que le départ d’une puissance étrangère. Elle exige une conscience nationale, une capacité institutionnelle, une autonomie économique et la participation des citoyens à la définition du projet collectif.
La lutte contre l’impérialisme, dans cette perspective, ne consiste pas simplement à remplacer une puissance étrangère par une autre. Elle consiste à construire la capacité des peuples africains à choisir librement leurs partenaires, défendre leurs intérêts et déterminer eux-mêmes leur modèle de développement.
C’est peut-être là l’un des enseignements les plus actuels de Sankara :
un peuple qui délègue entièrement la défense de sa souveraineté finit par déléguer aussi le pouvoir de décider de son avenir.
La véritable indépendance commence donc dans la conscience.
Et la souveraineté n’est pas seulement un territoire à défendre :
c’est un destin à assumer.