05/11/2015
VOICI UN ARTICLE FORT INTÉRESSANT ÉCRIT PAR UNE AMIE ET UNE COLLABORATRICE :
S’arrêter pour mieux planifier
La place du portrait dans la démarche de planification
Planifier, c’est se projeter, regarder en avant, anticiper, imaginer ce qui s’en vient. C’est choisir le chemin à prendre, décider des objectifs à atteindre et des moyens à utiliser. Planifier, c’est aussi s’arrêter, regarder d’où on part et qu’est-ce qu’on a déjà entre les mains. C’est faire un premier portrait, une photo initiale.
L’exemple des photographes
Photographe « A » sort son appareil et bombarde son modèle pour avoir de belles images à exposer. Elle se laisse guider par son intuition, ses émotions, « son pif ». Le résultat est excellent et le modèle trouve les photos magnifiques.
Photographe « B » s’informe d’abord de son modèle qui est sa cliente. Quels sont ses goûts, ses intérêts, son style vestimentaire, ce qu’elle souhaite faire de ses photos. Elle s’informe du temps que dispose le modèle pour le shooting et des contraintes (physiques, vestimentaires, temps…) Lors de la séance, elle se laisse guider par son intuition, ses émotions, « son pif ». Le résultat est excellent, les photos sont magnifiques et le modèle est satisfait, c’est exactement ce qu’elle voulait.
En quoi les photographes A et B sont-elles différentes? B a pris le temps de planifier. En s’informant sur la situation initiale, elle a pu faire une bonne analyse qui lui a permis de définir exactement quelles étaient les cartes qu’elle possédait pour agir, ainsi, atteindre ses objectifs qui étaient définis en connaissance de cause. L’instinct et l’intuition ont été utiles une fois certaines informations colligées.
Votre organisation
Faisons maintenant le parallèle avec votre organisation. Avant de vous lancer dans la planification stratégique, il est primordial de faire un bon portrait de la situation initiale. Cette étape, qui peut paraitre longue et futile et qui est souvent bâclée, est au contraire, essentielle et ce, même pour une petite organisation ou une PME. En fonction de votre mission et de ce que vous souhaitez atteindre, qu’est-ce que vous avez déjà entre les mains? Quels sont les acquis, les enjeux, les forces, les difficultés? Les données quantitatives sont très importantes mais n’oubliez pas les informations d’ordre qualitatives; les perceptions, les impressions. Ne vous laisser pas ensevelir sous une multitude d’informations inutiles mais définissez d’avance ce dont vous avez besoin comme informations pour avancer. Classez l’information, regroupez les données, faites des tableaux, imagez.
Le portrait au service d’une PME
Un salon de coiffure reconnu pour sa spécialisation de la coloration (appelons le « Teinture WOW ») devrait faire un portrait de sa clientèle actuelle et souhaitée (âge, budget, intérêt, gouts, moyen de les rejoindre), ses employés (forces, difficultés, formations, spécialisations), son installation (lieu physique, ville), ses concurrents… avant de définir quelles seront les objectifs de développement de l’entreprise pour les prochaines années. Avec les informations recueillies, « Teinture WOW » désire continuer d’être des précurseurs dans la coloration? Peut-être devront-ils définir des objectifs de communication pour rejoindre une nouvelle clientèle, prévoir un budget de formation afin de s’assurer que les coiffeuses sont à jour… La planification stratégique ne sera pas la même en fonction des données recueillies qui permettront de définir des objectifs clairs et réalistes.
Pour un organisme ou un groupe concerté
Une table de concertation locale travaillant à la prévention auprès des jeunes devrait avoir une idée des problématiques présentes sur son secteur, de l’offre de service déjà en place, des goûts et intérêts des jeunes, de ce qui les passionne, ce qui les rebute, où ils sont, où ils vont, des orientations ministérielles, des autres acteurs des divers paliers qui travaillent aussi auprès de cette clientèle … Une multitude d’informations qui permettent de choisir sur quoi il est primordial de travailler avec les enjeux présents et les leviers déjà en place. Le choix devient éclairé et non guidé par le simple instinct. Les objectifs sont alors appuyés sur des éléments concrets et les actions qui s’en suivent ont une meilleure portée.
Prendre le temps
Et si la photographe « A » avait redonné à sa modèle des photos cadrée visage quand celle-ci avait besoin de pleine grandeur? Et si « Teinture WOW » avait décidé de miser son développement d’entreprise sur la permanente et la mise en pli, mais que sa clientèle grandissante avait entre 20-30 ans et recherchait la spécialisation teinture? Et si la table de concertation avait décidé de miser sur le développement d’une offre de travail de rue alors que les jeunes semblaient migrer vers le centre-ville où il y avait déjà des travailleurs de rue avec qui ces jeunes étaient en contact. Aurait-il été possible de collaborer et même compléter le financement afin que tout le territoire soit couvert? Les choix auraient-ils été les mêmes s’ils avaient pris le temps de faire un bon portrait de la situation?
Et vous, quels choix faites-vous dans votre démarche de planification?
Marie-Pierre Boucher, Bachelière en service social, travaille depuis plus de 8 ans en coordination de projets et en développement. Elle fait de l’accompagnement et du soutien stratégique de communautés et de concertations locales dans le domaine de la prévention et de la promotion de la santé. Implication bénévole à titre de présidente de CE d’une école primaire, administratrice dans un conseil de quartier et membre d’un comité de parents dans une garderie privée. Par le passé, elle a travaillée 4 ans comme éducatrice spécialisée auprès d’adolescents/es en difficultés d’adaptation en milieu institutionnel et scolaire au Québec et en France.