12/19/2025
Joyeuses fêtes à tous les « rois de la butte! »
Juste avant de quitter pour les fêtes, j'ai envie de vous partager une brève réflexion tirée de l'actualité.
Au Québec, on vit un paradoxe. On dit vouloir favoriser le plein air, la santé, le jeu libre, l’accès à la nature. Mais sur le terrain, nos règles de responsabilité civile et nos mécanismes d’assurance produisent souvent l’effet inverse.
Quand l’assurance empêche de jouer dehors
L’exemple du moment est parlant.
Le débat autour du roi de la butte dans les cours d’école. Un jeu d’enfants. Une butte de neige. Des poussées maladroites. Et soudain, des normes : hauteur maximale, angle précis, surface contrôlée, surveillance constante.
Pas parce que le jeu est intrinsèquement dangereux, mais parce que le risque juridique est devenu trop lourd à porter.
Un problème bien plus large que la cour d’école
On retrouve la même logique partout en plein air.
- Des propriétaires ouverts, mais qui ferment leurs accès par crainte de poursuites.
- Des projets de randonnée, d’escalade ou de rivière abandonnés avant même de naître.
- Des projets équestres freinés par des primes d’assurance intenables.
- Des parcs régionaux dont les coûts explosent, sans ajout réel d’activités.
L’inaction devient souvent la stratégie de gestion de risque la plus simple.
À qui appartient le risque?
Au Québec, le propriétaire ou le gestionnaire du lieu porte une responsabilité très lourde, même lorsque l’activité est volontaire et non encadrée.
Ailleurs, certains ont fait d’autres choix. Dans plusieurs pays nordiques (Suède, Finlande, Norvège), le droit d’accès à la nature (allemansrätten) repose sur un principe clair :
- liberté de circulation
- devoir de respect
- responsabilité individuelle du pratiquant
Le propriétaire n’est pas automatiquement responsable d’un accident lié à un usage normal du territoire.
Ce n’est pas l’absence de règles. C’est un contrat social clair.
Une vraie question de société
Il ne s’agit pas de blâmer les assureurs ni de nier l’importance de la sécurité. Il s’agit de se demander si notre cadre légal est encore adapté à une culture du plein air accessible, quotidienne et enracinée dans le territoire.
Jusqu’où le propriétaire doit-il être responsable d’un risque volontaire?
Peut-on mieux distinguer usage libre et activité encadrée?
Peut-on s’inspirer de modèles où la responsabilité individuelle est réellement reconnue?
Le plein air ne se développera pas seulement avec des infrastructures et des budgets. Il se développera aussi avec des règles du jeu cohérentes.
À force de vouloir éliminer tous les risques, on est peut-être en train d’éliminer l’essentiel.
Mais pour le moment, je vous souhaite simplement de profiter de la vie, et bien sûr, de jouer au "roi de la butte" dans le temps des fêtes, avec vos familles et vos amis!