06/20/2025
Je te raconte une histoire que très peu de gens savent.
Si tu vis au Québec, tu as possiblement suivi l'histoire bouleversante de la petite C.
Une petite de trois ans retrouvée après 4 jours à survivre, seule. Cela vient tout juste de se produire, cette semaine.
La maman de la petite souffre possiblement de troubles de santé mentale.
Tout comme en souffrait ma maman, lorsqu'elle a tenté de mettre fin à ses jours, la fois où elle a voulu que je meurre avec elle.
Maman a tenté de nous noyer dans une rivière en plein hiver.
Nous avons été rescapées, miraculeusement, aussi.
J'avais 6 ans.
Assez jeune pour ne m'être doutée de rien jusqu'au dernier moment, assez vieille pour avoir compris en une fraction de seconde son intention, mais je n'avais aucun moyen de l'arrêter.
À l'époque, ce genre d'événement passait inaperçu du grand public.
J'en parle aujourd'hui, car je suis me sens bouleversée en lisant la haine déversée à l'égard de la maman.
Certains voudraient la voir en prison à vie, sans aucun contact avec sa fille pour la punir de son geste.
Pendant toutes les semaines où ma mère a été hospitalisée pour être soignée, ma grande tante Madeleine, la soeur de ma grand-maman, a pris soin de moi.
Du mieux qu'elle pouvait, avec toute son âme et tout son coeur, elle m'a chérit.
Madeleine m'a confectionné une magnifique robe bleue avec un tablier blanc. Je me souviens très bien, j'avais l'impression d'être une princesse lorsque je la portais.
Elle m'a acheté un mini machine à coudre pour que je puisse coudre comme une grande, comme elle.
Madeleine multipliait les attentions afin que je ne ressente pas l'affreux vide qui m'aspirait lorsque je me retrouvais seule dans mon lit, dans une maison qui n'était pas la mienne, à pleurer l'absence de ma maman.
Dans mon esprit de petite fille, je n'éprouvais aucun ressentiment pour ce qu'elle m'avait fait subir dans l'eau glacée de la rivière Saint-Maurice.
Le ressentiment, c'est l'affaire des grandes personnes, pas des enfants.
Le grand chagrin que je ressentais, c'était son absence. Elle me manquait cruellement.
Éventuellement, maman est sortie de l'hôpital et la vie a repris un semblant de normalité, même si plus jamais rien n'a été pareil.
S'il avait fallu que ma mère soit déclarée inapte à s'occuper de moi et que ma garde et celle de ma soeur lui soient retirées, je peux affirmer haut et fort aujourd'hui que la petite fille que j'étais aurais eu l'impression d'être punie, pas d'être sauvée.
Il faut l'avoir vécu pour le comprendre.
Et je ne souhaite à personne de le vivre.
Dans ce monde où il est si facile de se diviser, de garrocher de la haine, de croire que nous détenons la vérité, notre attitude creuse encore plus un fossé entre nous et les autres.
Et comment voulez-vous que les gens en détresse demandent de l'aide, lorsqu'il y a de si grandes chances d'être jugés et condamnés ?
Pour demander de l'aide, il faut la capacité de reconnaître que nous souffrons, ce que plusieurs personnes ayant un problème de santé mentale n'arrivent pas à faire, et se sentir digne d'en recevoir.
Si tu veux faire la vraie connaissance du noyau d'humains qui croit le moins mériter l'amour, l'aide et le soutien dont ils ont besoin, et donc qui sont les moins susceptibles d'aller en chercher, vas faire un tour là où on soigne la santé mentale.
Tu rencontreras des gens qui regardent le plancher en marchant et qui évitent les regards car ils ont trop honte d'être vus, alors qu'ils arrivent à peine à se tolérer eux-même.
Ma mère est décédée il y aura bientôt un an.
Crois-tu que j'ai passé ma vie à lui en vouloir de son geste ?
Je n'y ai jamais consacré une seule minute.
J'ai passé ma vie à essayer de la soigner.
Ce n'était pas mon rôle, mais c'était plus fort que moi.
Car je l'aimais au-delà de tout.
Tu te demandes pourquoi la petite a attendu bien sagement ?
Car elle aime sa maman au-delà de tout.
Qui sommes-nous pour oser décider que nous devrions l'en priver.
J'ai écrit ce message pour que tu ouvres ton coeur, car seul ton coeur ouvert saura accueillir et inspirer confiance à une maman, un papa qui souffrira au point d'imaginer l'inimaginable.
Lorsqu'elle ou il ira vers toi, avant le pire, toi, tu seras là.
Avec amour,
Caroline