24/05/2026
Charlotte Feraille, Déléguée générale de la Fondation du sport :
« Le partenariat avec le sport de haut niveau ? Il se construit, se forme, s'accompagne. »
L’aide aux sportifs de haut niveau ne se limite pas au seul calendrier olympique. Pour se montrer performant(e) dans le monde sportif, investir, aux côtés des collectivités publiques et des entreprises devient une priorité.
La Fondation du sport a su depuis sa création, donner un autre sens à sa recherche de moyens.
Cette voix discordante a trouvé ses publics. Charlotte Ferraille nous explique ses recettes, porteuses de réussites humaines et sportives.
- Le sport français a-t-il toujours besoin d'un accompagnement financier ?
Plus que jamais et 2025 l'a confirmé avec clarté. L'après - Jeux a provoqué un ralentissement chez certains mais globalement, les dons ont continué de progresser. Certaines entreprises ont renouvelé leurs engagements, de nouvelles structures ont frappé à notre porte. Cela traduit que le financement du sport de haut niveau ne peut pas reposer sur la seule puissance publique. Moins
de 1 % de nos produits viennent de subventions publiques. C'est un choix structurel, assumé depuis le début. Il nous oblige à convaincre, à démontrer, à construire des partenariats solides. Et il nous rend plus agiles car proches des réalités économiques de nos mécènes. Le besoin est là et les acteurs du sport le vivent au quotidien.
- Quel est l'impact des actions de la FSF sur les politiques régionales du sport ?
L'impact est profond et de plus en plus structurant. Nos cinq délégués territoriaux sillonnent les treize régions. Ils ne sont pas des représentants qui distribuent des plaquettes, ce sont des acteurs qui tissent des liens durables entre les mondes sportif et économique, mais aussi entre les collectivités locales et les services de l’État. En Nouvelle-Aquitaine, nous avons lancé le Club des Mécènes du Sport avec 40 projets soutenus et 160 000 € mobilisés. En Centre-Val de Loire, nous avons co - construit avec l'État et la Caisse d'Épargne un appel à projets pour le sport dans les quartiers prioritaires avec 23 collectivités lauréates sur deux éditions. Les Pactes Dating ont réuni 25 athlètes en préparation des JO 2030 et 15 chefs d'entreprise. Plus de 2,1 millions d'euros de mécénat ont été mobilisés sur le territoire AURA-PACA. Ce que nous faisons c'est offrir aux collectivités un outil qu'elles n'ont pas seules : la capacité juridique et fiscale de recevoir des dons privés et d'en faire bénéficier leurs projets sportifs. Une commune qui rénove un gymnase ou finance un programme sport-santé peut s'appuyer sur nous pour transformer un don d'entreprise locale en acte de mécénat fiscalement attractif. C'est ce que notre dispositif Territoires de Sport rend possible en France. Nous sommes donc depuis plusieurs mois, capables de répondre aux besoins de tous les acteurs qui agissent pour et par le sport en France en proposant notre accompagnement, nos conseils et nos outils opérationnels.
- Vous disposez de la confiance de mécènes prestigieux. Est-ce à dire que le financement du sport, des sportifs, des clubs ne connaît pas la crise ?
Je nuancerais. La confiance de nos partenaires historiques (Ceetrus, BPCE, Engie, Air Liquide ) est le fruit d'un travail long, exigeant, fondé sur la transparence et la démonstration de résultats. Ceetrus a renouvelé en 2025 un soutien de 1,25 millions d'euros, élargi à des clubs au-delà du soutien aux sportifs de haut niveau. De nouvelles teams ont vu le jour avec AGMF Prévoyance et Vinci. Ce n'est pas la crise pour ceux qui ont construit ces relations dans la durée. Mais pour les clubs amateurs, pour les athlètes dans les disciplines peu médiatisées, pour les territoires ruraux ou les quartiers prioritaires, la tension financière est réelle. Et c'est là que nous intervenons. Soutiens ton Sportif a permis en une seule année de toucher plus de 1 000 sportifs supplémentaires, avec 2,5 millions d'euros collectés. Soutiens ton Club a progressé de 23 %, avec un don moyen en hausse. La mobilisation existe, y compris hors des grands partenariats corporate. Elle ne se fait pas toute seule : elle se construit, se forme, s'accompagne.
- La FSF a été distinguée par les Trophées SPORSORA 2026. Avez-vous d'autres ambitions pour développer encore le mécénat sportif et accompagner ses différents parcours sportifs ?
Cette distinction nous rend très fiers et nous engage. Nos ambitions pour les prochaines années sont tracées. D'abord, préparer les prochaines échéances olympiques : les Jeux de Los Angeles 2028 et les Jeux des Alpes 2030 sont déjà dans notre feuille de route. Les Pactes Dating sont des illustrations concrètes : mettre en lien les athlètes qui s'entraînent aujourd'hui pour 2030 avec des entreprises prêtes à s'engager dans la durée. Ensuite, continuer d'élargir le mécénat à de nouveaux territoires et à de nouveaux publics. Les collectivités locales sont un vecteur que nous activons avec une démarche directe à venir auprès des maires nouvellement élus pour leur présenter les outils que nous mettons à leur disposition. Enfin, notre modèle de fondations sous égide connaît une véritable explosion avec 12 nouveaux projets validés fin 2025, pour un total de 28 fondations actives ou en cours. C'est un signal fort : le monde sportif structure sa propre capacité de collecte, et la FSF s'est positionnée comme la structure hôte de référence pour l'accompagner.
- Avez-vous d'autres projets à expérimenter pour donner une visibilité différente du financement du sport ?
Oui, et c'est la question qui nous anime le plus. Le financement du sport a besoin de nouvelles narrations, pas seulement de nouveaux mécanismes. « Les Rencontres de la FSF » en sont l'illustration : organiser un petit-déjeuner dans le club d'entraînement d'un athlète, pour une vingtaine de dirigeants locaux, sans discours commercial, juste la réalité du sport de haut niveau, vécue de l'intérieur en faisant tomber les fantasmes du sport professionnel et entrer dans l’exigence du quotidien du sport amateur de haut niveau.
La première édition à Nancy en janvier 2026 avec Emma Cornelis a démontré que ce format produit quelque chose de rare : une ouverture naturelle, une connexion humaine qui précède et prépare la démarche de mécénat. Nous allons le déployer dans d'autres régions, en partenariat avec les réseaux économiques locaux : MEDEF, CCI, CPME, Business Club… tous ceux qui souhaiteront relayer et partager notre initiative à leurs membres. Il n’y a pas de concurrence dans le champ de l’engagement. Sur le plan international, notre participation au programme européen Erasmus+ ACON a permis d'exporter notre savoir-faire sur la double carrière des athlètes, un nouveau dépôt de candidature a été réalisé en mars 2026 pour aller encore plus loin.
Nous voulons que le grand public comprenne le rôle du mécénat privé dans les résultats sportifs français. 70 % des médailles de Paris 2024 viennent d'athlètes que des entreprises ont décidé d’accompagner. Il est certain que l’argent seul n’achète pas la performance, ce serait injuste de raccourcir le succès des sportifs ainsi, mais un tel chiffre mérite d'exister dans le débat public et pas seulement dans nos plaquettes.
Propos recueillis par Jean-Bernard PAILLISSER
Charlotte FERAILLE et son équipe accompagnent concrètement les sportifs de haut niveau.