03/01/2022
LE CRÉDIT BAIL : DE QUOI S'AGIT-IL ??
Pour financer ses investissements, toute entreprise a le choix entre différents moyens de financement complémentaires. C’est ainsi qu’à côté de l’autofinancement par des fonds propres, les prêts bancaires ou encore la location d’un bien etc., l’entreprise peut recourir au crédit-bail.
Le crédit-bail ou leasing en anglais, est un technique de financement qui consiste en une opération par laquelle une personne appelée crédit bailleur donne en location les biens à une autre personne appelé crédit-preneur avec possibilité pour ce dernier d’acquérir la propriété du bien à la fin de la période de location. Bien qu’apparu et pratiqué au Cameroun depuis de nombreuses années, c’est la loi n° 2010/020 du 21 décembre 2010 portant organisation du crédit-bail au Cameroun qui lui donne une avancée considérable. Cette loi donne une définition au crédit-bail en son article 3 qui dispose : « Le crédit-bail est une opération de crédit destinée au financement de l’acquisition ou de l’utilisation des biens meubles ou immeubles à usage professionnel. Il consiste en la location des biens d’équipement, de matériel, d’outillage ou de biens immobiliers à usage professionnel, spécialement achetés ou construits, en vue de cette location, par des entreprises qui en demeurent propriétaires. Ces opérations de location, quelle que soit leur dénomination, donnent au locataire la faculté d’acquérir, tout ou partie des biens loués, moyennant un prix convenu, tenant compte, au moins pour partie, des versements effectués à titre de loyers »
Le crédit-bail est donc une opération à la fois économique et juridique. Sur le plan économique, le crédit-bail constitue un moyen de financement des acquisitions d’immobilisations ou de financement des investissements. Il s'assimile à ainsi à une opération de crédit à moyen ou long terme tel qu’on peut facilement tirer de la définition du législateur camerounais. En tant que opération de crédit, le crédit-bail, est soumis, sauf dérogation, aux règles applicables aux opérations de crédit.
On peut ressortir également clairement la double nature de l’opération de crédit-bail qui peut être mobilière ou immobilière.
Au plan juridique, le Crédit-bail est un contrat de location de biens permettant au locataire d'acquérir ces biens, en fin de contrat, moyennant le paiement d'un prix convenu. En effet, la loi de 2010 suscitée ne s’arrête pas à la définition du crédit-bail. Elle y a également définit le contrat de crédit-bail qu’elle conçoit comme étant une « convention dans laquelle le crédit bailleur donne en location pour une durée ferme et moyennant paiement de loyers au crédit-preneur, des biens acquis par le créditbailleur sous indication du crédit-preneur. A cet effet, il est laissé à ce dernier la possibilité d’acquérir à la fin de la convention tout ou partie des biens loués à un prix convenu, tenant compte, au moins pour partie, des versements effectués à titre de loyers ». Le contrat de crédit-bail met en place trois parties que sont :
- Le fournisseur qui est le vendeur des biens destinés à la location ;
- Le crédit bailleur qui est un établissement de crédit-bail agrée ou plus généralement un établissement de crédit et qui achète le bien destiné à la location ;
- Le crédit preneur, locataire et utilisateur des biens loués
Le mécanisme est le suivant : - une entreprise souhaite acquérir un matériel professionnel, ne dispose pas de moyens nécessaires pour l’avoir au comptant et ne souhaite pas obtenir un crédit classique pour l’avoir. Alors elle contacte un établissement de crédit-bail qui l’acquiert pour elle auprès du fournisseur et met à sa disposition charge pour elle de payer le loyer.
De manière simple, le schéma suivant s’applique. Le client qui est le crédit preneur ou le locataire choisit son bien auprès d’un fournisseur qu’il a lui-même choisi. Il passe ensuite le contrat avec l’établissement de crédit-bail, et cette dernière place la commande auprès du fournisseur. Le fournisseur livre le bien au crédit-preneur qui accuse réception et dresse la facture à l’établissement de crédit-bail qui accuse également réception et règle le montant au fournisseur. Le crédit preneur commence donc à verser les redevances de location à l’établissement de crédit-bail conformément à ce qui est prévu au contrat.
On pourrait ajouter que le crédit-bail y est caractérisé par deux éléments que sont la location et l'option d'achat offerte au crédit-preneur. En effet, en plus du loyer que le locataire est tenu de payer au crédit bailleur, le contrat prévoit enfin, le prix qu'aura à payer le locataire en fin de contrat s'il désire acquérir le bien c'est à dire s'il lève l'option d'achat, pour en devenir propriétaire. L’option d’achat est la faculté offerte au crédit preneur au terme du contrat de crédit-bail de devenir propriétaire des biens qui en sont l’objet, en vertu d’une promesse de vente dont la réalisation reste subordonnée au paiement du prix fixé à l’avance. Ce prix de cession correspond à ce qu’on appelle la valeur résiduelle. Cette valeur résiduelle est fixée d’avance dans le contrat et tient compte des loyers régulièrement payés.
Ainsi, au terme du contrat, le locataire dispose de plusieurs options. Il peut décider de procéder à la levée de l’option d’achat. Dans ce cas, le locataire acquiert le bien au prix convenu à la signature du contrat (la valeur résiduelle). Le plus souvent, le prix payé est réduit du dépôt de garantie versé à la signature (au cas où un dépôt de garantie aurait été exigé par le crédit bailleur). Dans ce cas le contrat de crédit-bail est réputé avoir pris fin et à compter de la date de la levée de l’option d’achat, les rapports entre crédit preneur et crédit bailleur sont substitués par des rapports d’acquéreur à vendeur et les dispositions relatives aux contrats de vente leurs sont appliquées à l’exception de celles relatives à la garanties d’éviction et des vices cachés.
Le crédit preneur peut également décider de l’extension du contrat de bail dans les même conditions ou en prenant de nouvelles dispositions en accord avec le crédit bailleur. Cette initiative doit être prise avant la fin du contrat et selon les termes fixés par le contrat. Elle peut également être l’œuvre du crédit bailleur.
Le crédit-bail présente ainsi une utilité certaine et présente une importance non négligeable pour les acteurs économique étant donné qu’il un à la fois une technique de financement et se présente comme une garantie du même financement.
En tant que technique de financement, le crédit-bail constitue une opération crédit à moyen ou long terme. L’achat de matériels par l’établissement de crédit-bail représente une forme de prêt accordé à l’entreprise. Pour le locataire, cette forme de crédit est plus avantageuse que d'autres pour plusieurs raisons : absence de lourdeur des formalités(souplesse dans l’élaboration du contrat, réponse rapide à la demande de crédit-bail, etc.) ; non limitation du montant du crédit marqué par le financement intégral des investissements ; une préservation de la trésorerie matérialisée par une non exigence d’un apport personnel de fonds propres. L’entreprise pourra conserver ses fonds propres pour les affecter au financement d’autres investissements.
Le crédit-bail est également considéré comme un mécanisme de garantie. En effet, le bien financé en crédit-bail reste la propriété du crédit bailleur jusqu’à son acquisition par le crédit preneur. Ce dernier ne peut donc vendre ni aliéner le bien pendant la durée de location. Ce n’est que lorsqu’il a acquis le matériel pour sa valeur résiduelle à la fin du contrat qu’il lui est possible de le vendre à sa guise. La propriété conservée garantit ainsi le bailleur contre le non remboursement éventuel des différentes mensualités de loyers. L’avantage du crédit-bail tient au fait qu’une garantie supplémentaire n’est pas exigée au crédit preneur. Seule la propriété conservée par le crédit bailleur le garantit sauf au cas où le bien n’est pas susceptible d’être vendu sur le marché secondaire.
Toutefois, s’il est admis comme moyen de garantie, le crédit-bail n'est pas une sûreté
Généralement, les entreprises de crédit-bail se limitent à la propriété du bien loué pour garantir leur financement. Ce n’est que pour des raisons évidentes de sécurité que des garanties peuvent être demandées si l’envergure de l’opération l’exige.
Ainsi présenté, le crédit bail représente une importante non négligeable et il est très avantageux pour PME pour financer leurs activités.
Il mériterait d’attirer plus d’intérêt chez les opérateurs économiques.
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