12/10/2026
SCANDALE DE CARBURANT À LA DGSN: COMPRENDRE L'ABSENCE DE COMMUNICATION OFFICIELLE
Depuis la révélation du détournement de plus de 22 Millions de litres de carburant pour un préjudice estimé à près de 40 Miliards de FCFA à la Délégation Générale de la Sûreté Nationale, les Camerounais n'ont eu droit à aucune communication officielle ni de la part de la DGSN, ni de la part du gouvernement à travers le Mincom qui en assure le porte-parolat. Ce silence assourdissant des autorités camerounaises est révélateur de plusieurs dynamiques.
Il faut noter qu'au Cameroun, l'omerta est une pratique coutumière de la gouvernance publique. En général les gouvernements privilégient des actes judiciaires de terrain (interpellations, mandats de dépôt) qui finissent par parler d'eux-mêmes plutôt que les conférences de presse. Dans le cas d'espèce plusieurs prétextes peuvent être évoqués:
● Éviter la panique et préserver l'image des forces de l'ordre : La DGSN est le pilier central de la Sûreté nationale et du maintien de l'ordre dont il faut préserver la crédibilité (ce qu'il en reste) auprès des citoyens.
● Les differents niveaux d'implication : Lorsque des enquêtes touchent à la fois des officiers de police, des entités étatiques (SCDP, MINEE, Trésor) et des acteurs privés (marketers, stations-services), communiquer trop tôt pourrait compromettre l'interpellation d'autres complices ou révéler les pistes des enquêteurs.
● Arbitrage de la Présidence de la République : L'affaire implique un département ministériel (MINEE) adressant des notes confidentielles à la Présidence au sujet d'un autre corps d'élite sous l'autorité directe de la Présidence (la DGSN). Dans ce type de configuration, aucune prise de parole ministérielle n'est autorisée sans le feu vert explicite de la Présidence ("sur hautes instructions").
● Batailles d'influence internes : Ce mutisme traduit assez souvent des négociations ou des arbitrages délicats en coulisses pour déterminer l'ampleur des sanctions sans déstabiliser l'appareil sécuritaire ni créer de frictions entre départements ministériels.
Loin d'être synonyme d'inaction, ce silence traduit la volonté volonté politique de confiner l'affaire dans un cadre strictement technico-judiciaire, loin de la place publique, afin de minimiser l'impact politique et sécuritaire du scandale.
Cependant, du point de vue des principes modernes de la communication institutionnelle et de crise, la tactique du silence absolu est très largement considérée comme inefficace et contre-productive.
Si elle présente un avantage tactique à très court terme pour le pouvoir, elle peut générer d'importants dégâts structurels sur la crédibilité de l'institution et partant, de tout le regime en place.
To be continued...