30/07/2026
BAC EN POCHE, AVENIR INCERTAIN : POURQUOI TANT DE JEUNES CHOISISSENT-ILS LEUR FILIÈRE UNIVERSITAIRE SANS PROJET ?
Chaque année, des milliers de jeunes célèbrent leur réussite au Baccalauréat. Les familles sont fières, les félicitations affluent, les réseaux sociaux s'emplissent de photos et de messages de joie. Pourtant, derrière cette réussite se cache une réalité peu discutée : une grande partie de ces nouveaux bacheliers ne sait pas réellement quelle direction donner à son avenir. Beaucoup s'inscrivent à l'université sans véritable projet professionnel. Certains suivent leurs amis, d'autres obéissent à leurs parents, d'autres encore choisissent une filière par hasard ou simplement parce qu'il reste des places disponibles. Seule une minorité semble avoir construit un véritable projet d'études.
Dans de nombreuses familles, le principal objectif est d'obtenir le Baccalauréat, ce qui n'est pas mauvais. Depuis l'école primaire, toute l'attention est focalisée sur la réussite à cet examen. Mais une fois le diplôme obtenu, beaucoup découvrent qu'ils n'ont jamais réfléchi à la suite. Le Bac ouvre la porte de l'université, mais il ne dit pas quel chemin emprunter. Ce qui implique qu'on prépare l'examen, mais on prépare rarement l'avenir. Le problème n'est pas uniquement celui des élèves. Il révèle également les limites du système éducatif.
Dans plusieurs établissements, l'orientation reste marginale. Les élèves connaissent leurs notes, mais connaissent très peu : les métiers existants, les compétences recherchées, les évolutions du marché de l'emploi ;
les parcours universitaires, les débouchés des différentes filières. Ainsi, beaucoup prennent une décision majeure avec très peu d'informations.
Nous faisons face au poids du mimétisme social. Je montre que les comportements individuels sont souvent influencés par le groupe. Chez les nouveaux bacheliers, ce phénomène est particulièrement visible. On choisit une filière parce que : son meilleur ami y va, son voisin l'a choisie, un grand frère y étudie, elle est considérée comme prestigieuse. Le choix n'est plus personnel. Il devient collectif. Or, le projet professionnel ne peut pas être construit par imitation. Chaque individu possède des talents, des aspirations et des capacités qui lui sont propres.
Certaines filières bénéficient d'une forte reconnaissance sociale. Médecine, droit, ingénierie, finance (un exemple)... Elles symbolisent souvent le prestige, la réussite ou un statut social élevé. À l'inverse, d'autres domaines pourtant essentiels au développement d'un pays restent sous-estimés. On se rend compte que les étudiants se concentrent massivement dans quelques filières, parfois sans réelle motivation, tandis que d'autres secteurs manquent de compétences. Le problème n'est donc pas seulement individuel, il est aussi collectif.
Choisir une filière revient à choisir plusieurs années de sa vie. Pourtant, beaucoup ne prennent jamais le temps de répondre à des questions fondamentales :
- Qui suis-je ?
- Quelles sont mes qualités ?
- Qu'est-ce qui me passionne ?
- Dans quel environnement ai-je envie de travailler ?
- Quelle contribution ai-je envie d'apporter à la société ?
Sans réponses à ces questions, le choix universitaire devient fragile.
Il faut retenir qu'un mauvais choix de filière peut entraîner des abandons d'études, des réorientations coûteuses, une perte de motivation, un allongement de la durée des études, un chômage plus élevé, des diplômés qui exercent des métiers sans rapport avec leur formation.
Au niveau national, cela représente une perte de temps, d'argent et de capital humain. Former des diplômés qui ne correspondent pas aux besoins du pays freine également le développement économique.
Les responsabilités sont partagées. Les élèves ont leur part de responsabilité. Mais les parents, les enseignants, les conseillers d'orientation, les universités, les entreprises et les pouvoirs publics ont également un rôle déterminant. L'orientation ne peut plus être considérée comme une simple formalité administrative après les résultats du Bac. Elle doit devenir une véritable politique éducative.
Pour terminer. Mon premier message à titre interpelateur aux élèves,
Ne choisissez jamais une filière uniquement parce qu'elle est populaire. Au contraire, informez-vous. Rencontrez des professionnels. Analysez vos aptitudes. Construisez progressivement votre projet de vie.
Le deuxième aux parents,
Évitez de projeter automatiquement et obligatoirement vos ambitions sur vos enfants. Accompagnez-les dans la découverte de leurs talents plutôt que d'imposer un métier ou une profession.
Le troisième aux établissements scolaires,
L'orientation doit commencer bien avant la classe de Terminale. Des forums des métiers, des tests d'aptitudes, des conférences et des stages d'observation devraient faire partie intégrante du parcours scolaire.
Le quatrième, aux universités,
Communiquer davantage sur les contenus des formations, les compétences développées et les débouchés professionnels permettrait aux futurs étudiants de faire des choix plus éclairés.
Le cinquième et dernier aux pouvoirs publics,
Il est indispensable de rapprocher les formations universitaires des besoins réels de l'économie nationale, tout en renforçant les services d'orientation scolaire et professionnelle.
Alors, la réussite au Baccalauréat est une très bonne étape appréciable, mais elle ne garantit ni une carrière réussie ni une insertion professionnelle durable.Le véritable enjeu n'est pas seulement de produire davantage de bacheliers, mais de former des jeunes capables de faire des choix réfléchis, cohérents avec leurs talents et utiles à la société. Le Baccalauréat est une clé. Mais sans vision, une clé n'ouvre aucune porte. Le véritable succès commence lorsque le diplôme rencontre un projet de vie.
, ingénieur social,
Titulaire d'un Master en sociologie