11/08/2023
PLAISANTE JUSTICE
La cliente est assise en face de moi. Elle me regarde intensément et me demande d'une voix dans laquelle pece l'incrédulité la plus absolue :
- Vous voulez me dire, Maître, que ce monsieur a kidnappé notre enfant, que la justice l'a déclaré coupable de cette infraction et que malgré tout je ne peux toujours pas faire exécuter cette décision ?!?
Je toussote discrètement, mal à l'aise.
- C'est exact, Madame. À ceci près que la justice ne l'a pas « déclaré coupable », mais elle vous a accordé la garde de votre enfant...
- Ça, je l'ai bien compris, m'interrompt-elle doucement. Et même que ce jugement peut être exécuté IMMÉDIATEMENT, même comme ce monsieur a interjeté appel.
- Oui. Toutefois...
Nouvelle interruption :
- Toutefois, pouvez-vous m'expliquer, POUR LA MILLIÈME FOIS, pourquoi on n'exécute pas ma décision, Maître ?
Il est temps que je me jette à l'eau.
- Chère Madame, votre adversaire utilise les mille et une failles de notre justice pour se jouer de nous. Primo, dès qu'il a pris connaissance du verdict il a interjeté appel et, en même temps, a sollicité des défenses à exécution. L'exercice de cette double voie de recours lui permet d'arrêter l'exécution, le temps pour la Cour d'Appel d'examiner sa demande. Et tant que durera cette procédure, aucune exécution n'est possible. Tout ce que nous pouvons suggérer, c'est...
- Merci pour votre dévouement, Maître. Et surtout merci pour votre conseil sous-jacent. Je m'en vais de ce pas élaborer un plan d'enlèvement de mon enfant. De votre côté, préparez-vous à utiliser contre ce lascar les mêmes munitions qu'il a utilisées contre nous. Envoyez moi votre facture.
- Mais, Madame, je ne vous ai pas conseillé d'enlever votre enfant !!! C'est illégal, voyons !!!
- Taratata, lance ma cliente, les yeux pétillants de malice. Je vous ai compris à demi mots, Maître. Ne vous inquiétez pas, je garderai tout cela pour moi. Je sens que je vais aimer la justice de ce pays.
Saperlipopette !!!