01/11/2018
La science politique partage avec les sciences sociales des méthodes d’investigation similaires qui se sont affinées au fil du temps
L’histoire de la science politique montre une évolution des méthodes utilisées qui s’inscrit néanmoins dans une certaine continuité du point de vue de la rigueur de l’analyse. Les premiers penseurs politiques tels que Thucydide, Platon ou Aristote adoptent une attitude visant à établir les faits et à définir les concepts avec un souci de rigueur significatif. A la Renaissance, Machiavel réalise une distinction fondamentale de la politique et de la morale, et ouvre ainsi la voie à une réflexion sur les phénomènes politiques affranchie de considérations éthiques ou philosophiques.
Plus t**d, Montesquieu et Tocqueville réalisent des voyages qui seront la source d’inspiration à des comparaisons entre les différents régimes politiques. Dans L’Esprit des lois (1749), Montesquieu met au point sa célèbre théorie sur la séparation des pouvoirs qui repose sur l’observation des mœurs politiques. Quant à Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1835-1840), il décrit et analyse le système politique américain, puis expose les possibles dérives liberticides de la passion de l’égalité chez les hommes.
Les fondateurs de la science politique moderne apparaissent au début du XXe siècle, en même temps qu’émergent les sciences sociales. Emile Durkheim définit les bases du raisonnement scientifique en sciences sociales dans Les Règles de la méthode sociologique (1885). Dans Le savant et le politique, Max Weber se préoccupe de la neutralité axiologique, désignant par-là, la nécessité pour le chercheur de se défaire de ses jugements de valeurs dans son travail de recherche. Weber mène également plusieurs travaux sur les modes de légitimation du pouvoir (il est à l’origine d’une théorie sur les différentes formes de domination) ou encore sur le fonctionnement de la rationalité bureaucratique dans les Etats modernes. Il ne faut pas oublier non plus les travaux précurseurs de sociologie électorale menés par André Siegfried dans son Tableau politique de la France de l’Ouest (1913) où il recueille des données et les analyse en adoptant un raisonnement rigoureux.
Le fait majeur dans l’apparition des sciences politiques reste toutefois l’influence des chercheurs américains. Ces derniers, sous l’influence de la tradition empiriste et utilitariste, réalisent d’importantes études de terrain qui contribuent à populariser la discipline et à l’ancrer dans le paysage des sciences sociales. Ils n’hésitent pas non plus à recourir aux statistiques et à l’usage des mathématiques. La tradition française des sciences politiques a toujours favorisé les travaux plus qualitatifs, ce qui peut s’expliquer par le fait que les facultés de science politique ont émergé des facultés de droit. Mais l’Ecole libre des Sciences politiques (ancêtre de Sciences Po) créée en 1872 par Emile Boutmy, école dont l’objectif est de former des praticiens de la chose publique (fonctionnaires, gouvernants, etc.), a pu servir de porte d’entrée à la science politique américaine et ainsi contribué à la formation d’un champ scientifique avec ses propres règles de fonctionnement (il existe une agrégation de science politique depuis 1988, des revues, des chairs universitaires, des centres de recherche, etc.).