26/08/2026
Cette semaine, nous avons conclu une intervention assez inhabituelle : réaliser une analyse ergonomique de l’activité… sans activité humaine observable.
Une situation singulière, probablement l’une des plus atypiques rencontrées en près de 20 ans de pratique.
Le contexte ne permettait plus d’observer directement la situation de travail telle qu’elle avait été réalisée. Pourtant, l’enjeu restait bien celui de l’ergonomie : comprendre et objectiver la réalité du travail.
Pour y parvenir, la démarche s’est appuyée sur la reconstitution des situations d’action caractéristiques, puis sur des simulations à l’échelle 1.
Gestes, déplacements, postures, amplitudes articulaires, accès aux différentes zones de travail, enchaînement des opérations… La simulation a permis de remettre en scène les conditions de réalisation de l’activité et d’en analyser concrètement les contraintes, malgré l’absence d’activité humaine au moment de l'intervention.
Mais cette mission avait une autre particularité.
L’intervention était réalisée à la demande de l’employeur, dans un contexte de contestation du caractère professionnel d’une pathologie déclarée par un salarié.
Un positionnement qui peut questionner notre communauté professionnelle.
L’ergonomie s’est historiquement construite dans une volonté forte d’amélioration des conditions de travail et de préservation de la santé des travailleurs. Cette histoire et ces valeurs restent fondamentales.
Pour autant, être au service du travail réel ne signifie pas, selon moi, partir d’une conclusion prédéterminée.
Dans certaines situations, notre rôle peut aussi consister à apporter des éléments objectifs permettant de déterminer si les contraintes décrites correspondent — ou non — aux conditions dans lesquelles le travail était effectivement réalisé.
L’enjeu n’est alors ni de « défendre l’employeur », ni de remettre en cause par principe la parole du salarié.
Il est de documenter, analyser, mesurer et objectiver le travail, avec les méthodes et les exigences propres à notre discipline.
Et d’accepter que les résultats d’une analyse ergonomique puissent parfois aller dans un sens différent de celui auquel nous sommes traditionnellement confrontés.
Cette mission m’a ainsi rappelé quelque chose d’essentiel : l’ergonomie n’a pas vocation à produire une conclusion attendue. Elle a vocation à rendre le travail visible et intelligible.
Même lorsque le travailleur n’est plus là pour nous permettre de l’observer directement.