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31/05/2026
31/05/2026

La véritable intelligence se mesure souvent à ce que nous pouvons prouver, mais Platon suggère qu’elle devrait se mesurer à ce que nous sommes capables de ressentir.

« La plus haute forme de connaissance est l’empathie, car elle exige que nous mettions notre ego de côté pour entrer dans le monde de l’autre. » — Platon

Dans sa jeunesse, Platon était un lutteur de niveau olympique, et son nom était en réalité un surnom signifiant « large », probablement en référence à sa carrure physique ou à l’étendue de son esprit. Il croyait que le corps et l’esprit devaient être entraînés avec la même intensité. Pour lui, la philosophie n’était pas une simple théorie abstraite ; c’était une pratique exigeante consistant à dépouiller l’ego de ses illusions afin de voir le monde tel qu’il est réellement.

Dans une culture moderne qui récompense davantage le fait d’avoir raison que celui d’être réceptif aux autres, nous confondons souvent nos propres biais avec une vérité objective. L’idée de Platon nous rappelle que nous restons ignorants tant que nous demeurons enfermés en nous-mêmes. La véritable connaissance se trouve dans l’espace entre les êtres humains, et non uniquement dans l’esprit isolé.

- L’empathie est une quête intellectuelle active.
- Elle exige la suspension temporaire du jugement personnel.
- Elle nous permet d’accéder à des dimensions de la réalité que la logique seule ne peut atteindre.

04/04/2026

⛪️🇨🇵

08/02/2026
31/01/2026

Il s’appelait Simon.
Il est le seul chat de l’histoire à avoir reçu la médaille Dickin — l’équivalent animal de la Croix de Victoria, la plus haute distinction militaire britannique.
Et oui, il l’a pleinement méritée.

En mars 1948, Simon n’était qu’un chat errant maigre arpentant les docks de Hong Kong.
Il avait environ un an, était mal nourri, et survivait grâce aux restes trouvés entre les caisses du port.

Puis arriva le sloop britannique HMS Amethyst.

Un marin de dix-sept ans, George Hickinbottom, remarqua le petit chat noir et blanc qui mendiait de la nourriture. Il prit une décision qui allait entrer dans l’histoire navale : il le cacha dans sa veste et le fit monter à bord.

L’équipage comprit vite pourquoi garder Simon était une excellente idée.

Le navire était infesté de rats. Des rats audacieux, capables de ronger les cordages, de gâcher les réserves et d’empêcher les marins de dormir. Le problème menaçait réellement la santé de l’équipage et leur ravitaillement.

Simon se mit au travail.

En quelques semaines, les rats avaient disparu.

L’équipage l’adorait.
Il dormait dans la casquette du capitaine, se promenait sur les rambardes comme s’il possédait le navire, et laissait parfois un rat mort dans le lit d’un marin, comme « cadeau », pour prouver son sérieux.

Quand le commandant changea plus t**d cette année-là, l’ancien capitaine offrit Simon à son successeur, le lieutenant-commandant Bernard Skinner, qui s’attacha immédiatement au chat.

Puis vint avril 1949 — et la mission qui transforma Simon de mascotte en légende.

L’Amethyst reçut l’ordre de remonter le fleuve Yangtsé pendant la guerre civile chinoise afin de secourir un autre navire britannique. L’équipage s’attendait à des tensions.

Ils ne s’attendaient pas à une embuscade.

Le 20 avril, sans avertissement, des batteries communistes sur les rives ouvrirent le feu.
Les obus déchirèrent le pont, des explosions ravagèrent la passerelle.
Le navire fut touché plus de cinquante fois.

Le lieutenant-commandant Skinner fut tué.

Et dans le chaos, Simon fut grièvement blessé.

Des éclats d’obus transpercèrent ses pattes et son dos. Son corps fut brûlé. L’explosion était si puissante qu’elle pouvait percer plus de trente centimètres d’acier.

Le personnel médical trouva le chat agonisant et l’emmena à l’infirmerie. Ils nettoyèrent ses brûlures et retirèrent quatre éclats de son petit corps.

Personne ne pensait qu’il survivrait à la nuit.

Mais au matin, Simon était toujours vivant.

Meurtri. Balafré. Mais vivant.

Alors que l’équipage luttait pour maintenir le navire endommagé — désormais bloqué au milieu du fleuve en territoire hostile — une autre crise surgit.
La chaleur et l’humidité favorisaient la prolifération des rats, qui envahissaient les réserves déjà limitées.

Et c’est là que Simon, encore en convalescence, reprit du service.

Il chassa.
Il traqua.
Il combattit.

Dans son état, il aurait dû se reposer. Au lieu de cela, il affronta les rats qui menaçaient la survie de l’équipage.
Un rat particulièrement agressif, surnommé « Mao Tse-tung » par les marins, attaquait sans cesse les réserves.

Simon le tua.

L’équipage, admiratif, le promut au rang de « Able Seacat ».

Pendant 101 jours, l’Amethyst resta prisonnier du Yangtsé. Chaque tentative de départ se heurtait à l’artillerie chinoise.
L’équipage était épuisé, blessé, à bout.

Durant tout ce temps, Simon continua à œuvrer.
Il accompagnait l’officier de maintenance lors de ses tournées, rendait visite aux blessés et remontait le moral.
Il devint leur symbole de survie — un rappel qu’on peut tenir bon, même petit et blessé.

Un marin déclara plus t**d :

« La présence de Simon et son talent de chasseur de rats furent inestimables durant les mois de captivité. Dans une période terrifiante, il a remonté le moral de nombreux jeunes marins. »

Dans la nuit du 30 juillet 1949, l’Amethyst réussit une évasion audacieuse sous le couvert de l’obscurité. Après 101 jours, le calvaire prit fin.

Quand le navire atteignit la sécurité, Simon devint une sensation internationale.

Les journaux du monde entier racontèrent son histoire.
Des lettres affluèrent — tant que le lieutenant Stewart Hett fut nommé « officier du courrier du chat ».

Puis vint la plus grande reconnaissance :

Simon reçut la médaille Dickin — le premier et le seul chat de l’histoire à recevoir cet honneur.
Il reçut aussi la Blue Cross Medal et le ruban de campagne de l’Amethyst.

Lorsque le navire arriva en Angleterre en novembre 1949, Simon dut être mis en quarantaine.
Affaibli, il contracta un virus que son corps ne put combattre.

Il mourut le 28 novembre 1949, à environ deux ans.

Des centaines de personnes assistèrent à ses funérailles.
Il fut enterré avec les honneurs navals, son cercueil recouvert de l’Union Jack.

Sa pierre porte ces mots :

« Throughout the Yangtze Incident his behaviour was of the highest order. »
(Durant l’incident du Yangtsé, son comportement fut exemplaire.)

Simon prouva que le courage ne se mesure pas à la taille.
Il se mesure au cœur.

22/01/2026

Mon fils de six ans a été envoyé chez la direction aujourd’hui. Pas parce qu’il s’est battu. Pas parce qu’il a juré. Mais parce qu’il a refusé d’effacer notre chien de son devoir sur « l’arbre de la famille ».

Son enseignante lui a dit : « Les animaux, ce n’est pas la famille, Noé. Ça n’a rien à faire sur un arbre généalogique. »

Quand je l’ai récupéré à la sortie de l’école, l’air dans la voiture était lourd, comme si quelque chose s’était cassé. Noé est un enfant doux. Le genre de petit garçon qui s’accroupit pour déplacer un ver de terre du trottoir, pour éviter qu’on lui marche dessus. Il s’est assis à l’arrière, serrant une feuille de papier cartonné toute froissée, les larmes qui coulaient sans qu’il arrive à les arrêter.

« Elle m’a mis faux, papa… » a-t-il soufflé. « Elle a dit que je devais recommencer. »

Je me suis garé un peu plus loin, j’ai coupé le moteur, et je me suis retourné vers lui. « Montre-moi, mon cœur. »

C’était un exercice classique de CP : Dessine ton arbre généalogique. En bas, il avait dessiné moi et ma femme. Au-dessus, les grands-parents, en branches qui montent.

Et au milieu, pile au centre, avec des gros coups de crayon plein d’amour, il avait dessiné une masse marron : une oreille dressée, l’autre un peu tombante.

En dessous, en lettres maladroites : BASTIEN.

Sur le dessin, il y avait une remarque au stylo rouge : « Incorrect. Famille = humains. À refaire. »

J’ai levé les yeux vers Noé. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

Il a reniflé, s’est essuyé le nez avec sa manche. « J’ai dit que Bastien, c’est mon frère. Elle a dit que la famille, c’est que les gens. Que c’est quand on a le même sang. Et que les chiens, c’est… c’est juste des animaux. Mais papa… un vélo, ça vient pas te lécher les joues quand tu pleures. »

Et là, du haut de ses six ans, il m’a lancé une phrase qui m’a cloué sur place.

« Papa… toi et maman, vous avez pas le même sang, hein ? »

« Non, mon cœur. »

Il a hoché la tête, comme s’il venait de confirmer quelque chose d’évident. « Mais vous êtes une famille. Vous vous êtes choisis. Alors pourquoi moi, j’ai pas le droit de choisir Bastien ? »

Je suis resté silencieux. Parce qu’il avait raison, tout simplement.

Bastien n’a rien d’un chien “parfait”. On l’a adopté il y a quatre ans à la SPA du coin—pardon, au refuge, un endroit sans nom, juste des boxes, des aboiements et des gens fatigués qui font ce qu’ils peuvent. C’est un croisé boxer-labrador, la queue un peu tordue, le museau qui grisonne déjà, et une histoire qu’on devine à sa façon de sursauter quand une porte claque trop fort.

Mais depuis qu’il est chez nous, il dort tous les soirs au pied du lit de Noé. Tous les soirs, sans exception. L’hiver dernier, quand Noé avait la grippe, Bastien n’a pratiquement pas quitté sa chambre. Il posait sa grosse tête sur le torse de mon fils et restait là, des heures, comme un gardien silencieux.

Je ne pouvais pas laisser ça glisser.

Le lendemain, j’ai demandé un rendez-vous avec l’enseignante. Je ne suis pas venu seul. J’ai emmené Noé. Et j’ai emmené Bastien.

On a attendu dehors, après la sortie, quand le portail s’est vidé et que le bruit s’est calmé. Bastien en laisse, tranquille, collé à la jambe de Noé. Puis on s’est approchés de la salle.

Madame Leroy rangeait des cahiers sur son bureau. Une femme d’un certain âge, stricte, le genre à mesurer les marges, à aimer les choses nettes, à ne pas avoir beaucoup de patience pour ce qu’elle appelle “les fantaisies”. Quand elle a vu le chien, elle s’est raidie.

« Monsieur Dubois… les chiens ne sont pas autorisés dans l’établissement. »

« Il est en laisse. Et on reste ici, à l’entrée, » ai-je répondu doucement. « Je voulais parler du devoir de Noé. »

Elle a soupiré, comme si elle avait déjà eu cette conversation mille fois. « Je lui ai expliqué. L’objectif, c’est de comprendre la filiation, la famille au sens généalogique. Si j’accepte un chien, demain un enfant mettra son poisson rouge, et après-demain quelqu’un mettra sa console. Il faut bien mettre une limite. »

« Une console, ça respire pas, » a murmuré Noé, avec une petite voix qui tremblait mais qui tenait debout.

Madame Leroy a levé les yeux au-dessus de ses lunettes. « Ce n’est pas une question de respiration, Noé. C’est une question de définition. Dans la vie, les mots comptent. »

J’allais répondre. J’allais faire mon discours sur l’amour, sur ce qui tient une maison debout, sur tout ce qu’on appelle “famille” sans que ce soit inscrit dans un livret.

Mais Bastien m’a devancé.

Bastien, qui d’habitude se cache derrière moi dès qu’une voix se durcit, a avancé de lui-même. Sans tirer, sans agitation. Il s’est approché de Madame Leroy comme s’il savait exactement où aller.

« Gardez-le à distance, s’il vous plaît, » a-t-elle dit en reculant d’un pas. « Je… je ne suis pas très à l’aise avec les chiens. »

Bastien s’est assis. Puis il a fait ce qu’on appelle chez nous “le petit appui”. Quand quelqu’un est tendu, il vient se coller contre vos jambes, de tout son poids, comme une chaleur qui dit : ça va aller.

Il a posé ses quatre-vingts kilos contre ses tibias. Il a levé les yeux, lentement, ses yeux ambrés pleins de calme, et il a soufflé un long soupir, tranquille.

Madame Leroy s’est figée. Sa main a frém i, suspendue dans l’air. Elle a regardé ce museau grisonnant, cette oreille de travers, cette patience.

Le silence a tenu longtemps. Dix secondes. Vingt.

« Il le sent, » a chuchoté Noé. « Il voit quand quelqu’un a mal. »

Et là, son visage a changé. Pas d’un coup. Juste… un fissure. Une fatigue qui remontait à la surface.

« Mon mari… » a-t-elle commencé, puis sa voix s’est cassée. Elle a avalé sa salive. « Mon mari est mort il y a deux ans. On avait un berger allemand. Il s’asseyait comme ça. Pareil. »

Tout s’est apaisé d’un seul coup. Plus personne ne cherchait à gagner. On était juste là : un père un peu trop tendu, un enfant qui tenait bon, une femme qui portait son chagrin, et un vieux chien qui faisait le lien.

« Bastien, c’est pas un objet, madame, » a dit Noé tout bas.

Elle l’a regardé, les yeux brillants. Puis, doucement, elle a posé sa main sur la tête de Bastien. Elle a hésité une seconde, puis elle a caressé, comme si ce geste revenait de loin.

Bastien a fermé les yeux et a poussé sa tête dans sa paume.

Elle a pris la feuille froissée. Elle n’a pas effacé la remarque rouge. Mais elle a ouvert un tiroir, en a sorti une petite étoile dorée—celle qu’on garde pour les dictées impeccables—et elle l’a collée pile sur le front de Bastien, sur le dessin.

« En généalogie, » a-t-elle soufflé avec un sourire fragile, « on classe beaucoup de choses. Mais dans une maison… la famille, c’est aussi ce qui vous tient debout. »

Elle a relevé la tête vers moi. « Je lui demanderai juste de préciser que c’est un membre “choisi”. Et je corrige ma remarque. »

On est repartis. Noé souriait comme s’il avait récupéré quelque chose de précieux. Bastien remuait sa queue tordue, content, comme s’il avait simplement fait ce qu’il sait faire : rester, tenir, calmer.

Sur la route du retour, je pensais à tout ça.

On passe notre vie à apprendre aux enfants à entrer dans des cases. À suivre la consigne. À colorier sans dépasser. À connaître la bonne réponse. On appelle ça “être intelligent”.

Mais ce jour-là, mon fils et son chien m’ont rappelé autre chose.

On peut connaître toutes les définitions du monde, et pourtant rater l’essentiel, si on ne sait plus sentir la chaleur d’un vivant qui se colle à vous quand vous vacillez.

La famille, ce n’est pas seulement le sang. C’est ceux qui restent. Ceux qui attendent derrière la porte. Ceux qui comprennent vos larmes sans poser de questions.

Et parfois, le membre le plus humain de la famille, c’est celui qui soupire doucement, tout contre vos jambes, la queue qui bat, comme un cœur qui dit : je suis là.

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04/08/2024

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