14/06/2021
Louis BRUGUIERE, ou comment l'habit ne fait pas le moine!
Le parcours de ce moine bénédictin a pu être retracé grâce aux relevés et recherches effectués par des membres du Cercle Généalogique de l’Aveyron. Cette histoire, qui a dû en son temps agiter les esprits à Nant, touche deux familles de notables, les familles BRUGUIERE et GRAILHE.
Louis BRUGUIERE naît en 1718 à Nant (Aveyron) ; il est le fils d’autre Louis, bourgeois et de Marie GAZANHE. A l’âge de vingt-quatre ans, alors qu’il est chanoine régulier du chapitre Saint-Pierre de Nant, il est poursuivi en justice pour rapt et séduction en 1740 d’une jeune fille, Suzanne GRAILHE, également de Nant. Celle-ci, née en 1724, est quant-à-elle la fille d’Antoine, bourgeois et de demoiselle Catherine DE PICAPERE . Les amants se sont enfuis à Montpellier, où ils sont arrêtés, tous deux vêtus en ecclésiastiques !
Un premier jugement est rendu par le sénéchal de Montpellier le 15 février 1743, dont le détail ne nous est pas connu. Toujours est-il que Louis BRUGUIERE fait appel de la sentence et qu’il est rejugé le 20 mars 1743 par la cour du Parlement de Toulouse. Le nouveau procès, dont la sentence est conservée aux archives départementales de la Haute-Garonne, casse le jugement de première instance et condamne Louis BRUGUIERE à six ans de galères, cent sols d’amende envers le roi et quatre mille livres de dommages et intérêts en faveur du père de Suzanne. Les archives de la Haute-Garonne détiennent sans doute les pièces du procès, mais seulement 10 000 sacs à procès sur les quelque 100 000 conservés ont été à ce jour indexés.
Louis BRUGUIERE est alors conduit à Marseille avec la « chaîne » (convoi de condamnés), pour embarquer à bord d’une galère royale. Sa fiche de forçat, conservée aux archives départementales du Var, le décrit comme suit :
« matr.19448. Fils de Louis BRUGUIERE bourgeois et Marie GASAGNE, clerc tonsuré âgé de 22 ans, taille moyenne, cheveux barbe et sourcils châtains clairs, visage ovale creusé de vérole, les yeux gris, nez petit, lui manquant le pouce de la main gauche, marqué sur l'épaule droite des lettres GAL. Condamné à Toulouse par arrêt du parlement du 20 - 03 - 1743 à 6 ans pour rapt et séduction. Chaîne de Bordeaux arrivée à Marseille le 21 - 06 - 1743 sous la conduite du Sr François LEFORT chargé de la procuration du Sr Jacques GARREAU au nombre de 99 hommes, y compris 2 morts en route. Évadé du port de Marseille le 6 - 08 - 1746.”
Louis BRUGUIERE disparaît alors, mais il est repris à Paris, où il est pendu en avril 1756 place de Grève.
Et qu’est-il advenu de Suzanne GRAILHE? Si l’on en croit A CARRIERE, de la Société des Lettres de l’Aveyron, elle est internée dans une maison de force (sic), puis épouse Marc Antoine ROUQUETTE, de Ceyras, près de Clermont - l’Hérault , mais leur mariage n’a pas été retrouvé; peut-être a-t-il été célébré dans la paroisse du mari? Quoi qu’il en soit, à son décès à Nant en 1801, elle est dite v***e de ROUQUETTE.