16/02/2020
CFA d'entreprise, le mirage français ?
Avec la réforme, la tendance est lancée : des dizaines de projets de création de centre de formation d'apprentis (CFA) d'entreprises sont en cours; et certains ont déjà vu le jour ....
Enfin, façon de parler car on peut d'ores et déjà annoncer la Bérézina !
Rappelons en résumé, pour ceux qui découvrent le sujet, que jusqu'à présent en France, la formation initiale en apprentissage était l'apanage de l'éducation nationale et des centres consulaires (CCI et CMA). Depuis un an environ, les entreprises peuvent dorénavant - ô gage de sérieux - s'occuper de former la main d'oeuvre dont elles auraient besoin.
Excellent, me direz-vous !
Hopala, pas aussi simple que ça ! et ça, "on" se garde bien de le mettre en avant. La formation initiale a ses spécificités et exige une culture et des compétences que le monde de l'entreprise n'a pas. J'imagine déjà la horde des patrons et des DRH se précipitant et me criant haro dessus !!!! Mais il y a un fait indéniable et connu de tout acteur de terrain de la formation professionnelle : les entreprises ont déjà du mal à assurer correctement la formation continue de leurs salariés - par incompétence ou par désintérêt - et "on" voudrait qu'elle s'instaure en capacité de former sur des CAP, des Mentions, des brevets professionnels, des baccalauréats, des CQP ... soit l'équivalent de dizaines d'années d'expertise en claquant des doigts. Pourquoi pas car avec des moyens et du temps, tout est possible !
Mais c'est là qu'intervient le véritable tour de magie !
En réalité, de véritable CFA, que nenni! . L'illusion consiste à donner l'impression de grandes nouveautés alors qu'il ne s'agit, le plus souvent, que d'une utilisation de l'existant. La majorité des projets se résume en une forme de sous-traitance via les centres existants (CFA consulaires, écoles privées). Le projet "Atelier des Chefs" lancé par 4 grosses boites (Sodexo, Accor, Adecco et Korian) et présenté comme le summum de l'innovation pédagogique en est un exemple type. Et cela pose questions !
Comment prétendre faire du neuf avec du réchauffé, s'agissant des mêmes environnements, des mêmes fonctionnements et des mêmes équipes pédagogiques que celles que l'on a longtemps critiqué pour leur manque d'efficience ?
L'un des objectifs annoncés de cette réforme était aussi de participer à l'augmentation du nombre d'apprentis ; comment cela sera-t-il possible si les "nouveaux CFA" s'installent dans les "anciens CFA" en y occupant les mêmes ressources ?
Serait-ce encore de la poudre de perlimpinpin ? Pour l’instant, tout porte à le croire.
C'est donc un sentiment de déception face à un attendu de changement et de révolution et de la formation professionnelle, face à de belles promesses d'innovation et d'évolution pédagogiques. On s'attendait à un feu d'artifice, on nous balance un pétard - mouillé de surcroit !