17/06/2026
A titre de rappel:
CONGO-BRAZZAVILLE : LE FMI REVIENT À LA CHARGE. MÊMES REMÈDES, MÊME MAL ?
Analyse RVBK Conseil
Rapelons que le 11 mai 2026, le Congo-Brazzaville a demandé un nouveau programme au FMI, un an seulement après la fin du précédent. L'objectif de ce nouveau programme est de " soutenir la relance économique et renforcer la maîtrise des finances publiques". Dixit le Gouvernement.
Mais le FMI repond : des recommandations. Encore. Presque mot pour mot les mêmes qu’hier. Cela s'apparente à une sorte de "dépit" et d’"errements répétés".
RVBK Conseil en décrypte sur 5 points:
1. LE DIAGNOSTIC FMI : 90% DE DETTE/PIB, IL FAUT ASSAINIR MAINTENANT
Le FMI pose le constat sans détour : la dette publique du Congo dépasse 90% du PIB fin mars 2026. Le pays est surendetté, principalement auprès de 3 créanciers : la Chine, les banques africaines du marché CEMAC, et les détenteurs d’Eurobonds sur les marchés internationaux. En langage simple cela signifie que 9 francs CFA sur 10 de richesse créée par le pays servent à rembourser ou refinancer une dette ancienne. La marge de manœuvre budgétaire est quasi nulle. D’où l’exigence du FMI : un "assainissement des finances publiques" avant toute relance.
2. LES 5 EXIGENCES DU FMI POUR VALIDER LE NOUVEAU PROGRAMME
Pour débloquer les fonds du programme de mai 2026, le FMI ne demande pas l’impossible. Il demande d’appliquer, enfin, ce qui était déjà prévu. Voici les 5 axes :
1. Maîtrise de l’endettement:
Réduire les dépenses publiques non prioritaires. Apurer les arriérés dus aux entreprises congolaises qui étranglent l’économie. Utiliser les surplus pétroliers, quand le baril monte au-dessus du prix budgétaire, pour rembourser la dette extérieure et non pour de nouvelles dépenses. Le but : casser le cycle "on emprunte pour rembourser".
2. Réforme fiscale et douanière:
L’État dépend à 75% du pétrole. Le FMI exige d’élargir l’assiette fiscale : faire payer l’impôt à ceux qui ne le paient pas. Rationaliser les exonérations accordées aux entreprises. Dématérialiser les procédures à la douane et aux impôts pour réduire la fraude et accélérer les recettes. L’objectif : faire rentrer plus d’argent sans pétrole.
3. Diversification économique:
75% des recettes = pétrole. C’est trop risqué. Le FMI pousse sur 3 secteurs moteurs : agriculture pour nourrir le pays et créer des emplois, télécommunications pour capter la croissance numérique, transports pour désenclaver et réduire le coût de la vie. Sans diversification, chaque chute du baril = crise budgétaire.
4. Gouvernance et transparence:
Moderniser l’État, rendre traçable chaque franc CFA qui entre et qui sort. Optimiser la transparence budgétaire : publier les contrats, les marchés publics, les comptes de la SNPC. Pour le FMI, pas de prêt sans confiance. Pas de confiance sans transparence. Sur ce point , les comptes de SNPC sont bien publiés tous les ans!
5. Protection sociale:
La protection sociale au Congo est un paradoxe: il faut réduire les dépenses, mais protéger les plus vulnérables. Le FMI demande de maintenir les dépenses sociales prioritaires : santé de base, écoles, transferts sociaux. Et de préserver le pouvoir d’achat face à l’inflation. L’ajustement ne doit pas écraser les ménages. En d'autres termes ce n'est pas à la SNPC de construire les écoles!
3. LE DÉPIT DE RVBK Conseil : POURQUOI "ENCORE LES MÊMES RECOMMANDATIONS" ?
C’est là que le bât blesse. Ces 5 axes, le FMI les répète depuis 2019. Programme 2019-2022, r***e 2024, nouveau programme 2026 : le discours ne change pas.
Pour RVBK Conseil , c’est le signe de 2 problèmes :
1. Côté FMI : l’institution a peu de leviers hors "discipline budgétaire". Elle ne peut pas créer du pétrole ni des usines. Son seul outil, c’est la rigueur.
2. Côté Congo : les réformes structurelles butent sur l’exécution. Une loi votée n’est pas une loi appliquée. Une exonération supprimée sur le papier revient sous une autre forme. La douane se dématérialise à Brazzaville mais pas à Pointe-Noire. Et , le résultat : on tourne en rond. Le Congo revient voir le FMI tous les 12-18 mois pour éviter le défaut. Le FMI ressort le même carnet de recettes. Les populations subissent l’ajustement sans voir la diversification promise.
4. L’ENJEU DE CE NOUVEAU PROGRAMME 2026 : UN PROGRAMME DE SURVIE OU DE TRANSFORMATION ?
Ce nouveau programme n’est pas un chèque en blanc. C’est un contrat de confiance. Si le Congo applique vraiment les 5 axes, il peut passer de "pays qui gère sa dette" à "pays qui réduit sa dette". La clé est dans l’ordre :
1. Apurer les arriérés pour relancer les PME.
2. Rentrer plus de recettes hors pétrole.
3. Mettre les surplus pétroliers dans le remboursement.
4. Investir dans l’agriculture et le transport.
5. Protéger les plus pauvres pendant l’ajustement.
Si une seule étape saute, le programme échoue comme les précédents.
CONCLUSION RVBK CONSEIL
Le FMI ne découvre rien. Il exige ce que toute entreprise en difficulté ferait : réduire les charges, encaisser plus, rembourser ses dettes, investir dans l’avenir, protéger ses salariés. Le dépit de RVBK Conseil est compréhensible. Mais la solution n’est pas de changer de recommandations. La solution est de les appliquer jusqu’au bout, 5 ans de suite. C’est là que le Congo gagnera sa crédibilité et sortira du cycle des programmes d'urgence.
VR Au Carré