17/05/2025
Et si nous parlions de comportements gênants, dits à problèmes, que ce soit chez le chien ou chez l'enfant ?
De nombreux comportements, qualifiés de « gênants » ou de « à problème », que ce soit chez l’enfant ou chez le chien, quand on les dit, infernal, ingérable, méchant, réactif, désobéissant etc.….du point de vue neuroscientifique, sont en fait des comportements de substitution.
Loin d'être des manifestations de désobéissance ou de provocation, ces comportements sont en fait des mécanismes adaptatifs face à un déséquilibre neurobiologique, émotionnel ou environnemental. Ils représentent des tentatives de compensation et d'autorégulation face à des besoins non satisfaits.
Le cerveau canin, comme celui de l'humain, cherche constamment l'équilibre homéostatique. Lorsqu'un déséquilibre survient, qu'il soit lié au stress, à l'anxiété, à une sous-stimulation ou à une sur-stimulation, le cerveau déclenche des mécanismes compensatoires.
Chez le chien comme chez l'enfant, plusieurs structures cérébrales sont impliquées : l'amygdale au niveau du traitement des émotions et des réponses face à la menace, l’agression, réelles ou ressenties, le cortex préfrontal au niveau de l'inhibition comportementale et du contrôle des impulsions, le fameux contrôle inhibiteur, le système limbique, impliqué dans la gestion des émotions et la motivation et l'hippocampe au niveau de la mémoire et de l'apprentissage contextuel. Un déséquilibre dans l'activation de ces structures peut mener à des comportements de substitution que nous voyons et interprétons comme problématiques .Ces comportements de substitution sont fortement influencés par les neurotransmetteurs comme la dopamine, impliquée dans la motivation, la récompense et l'addiction comportementale , la sérotonine qui régule l'humeur et l'anxiété et le célèbre cortisol, hormone, entre autres, du stress qui, en concentration chroniquement élevée, affecte la prise de décision et la régulation émotionnelle.
Un déséquilibre dans ces systèmes de neurotransmetteurs peut pousser tant le chien que l'enfant à développer des comportements répétitifs ou excessifs pour tenter de rétablir l'équilibre neurochimique.
Parmi les manifestations les plus courantes chez le chien, nous trouverons la destruction d'objets, les aboiements excessifs, léchage compulsif , l’hyperactivité, la sur -réactivité, les comportements d’agression ( le plus souvent par insécurité réelle ou ressentie), des comportements répétitifs, tentatives d'auto-régulation face à l'anxiété, etc...
Ces comportements reflètent généralement, un déséquilibre énergétique ,( une sur- activité ou une sous activité, que ce soit sur le plan physique et/ou cognitif) , une surcharge cognitive (difficulté à traiter trop d'informations simultanément) ,un déséquilibre émotionnel, stress, anxiété ou insécurité, quelle que soit l’origine de cette insécurité ,des besoins sociaux non comblés, (isolement, manque d'interactions avec des congénères ou famille humaine).
Parallèlement, chez l'enfant, on observe des comportements similaires, comme des crises de colère, souvent liées à l'incapacité d'exprimer des émotions complexes, une agitation excessive qui peut refléter un besoin de mouvement ou une recherche de stimulation sensorielle, des comportements répétitifs, tentatives d'auto-régulation face à l'anxiété comme c’est le cas pour le chien, une opposition systématique, recherche d'autonomie ou d'attention, des difficultés de concentration, parfois compensation d'un déséquilibre sensoriel ou émotionnel.
Ces comportements peuvent signaler un besoin de mouvement ou de stimulation sensorielle, une surcharge cognitive, difficulté à traiter trop d'informations simultanément comme pour le chien, un déséquilibre émotionnel ( stress, anxiété, insécurité affective), des besoins au niveau du développement non satisfaits, comme l’ autonomie, compétence, appartenance.
Pour résumer, que ce soit chez le chien ou chez l’enfant, on retrouve des besoins éthologiques mais aussi individuels, non satisfaits.
Par chance, la mise en évidence de la neuroplasticité, c’est à dire la capacité du cerveau à se réorganiser, à créer d’autres chemins neuronaux, à en affaiblir d’autres, offrent une perspective optimiste. Le cerveau du chien, comme celui de l'enfant, conserve une remarquable capacité d'adaptation tout au long de la vie.
Cette plasticité neuronale permet de transformer les déséquilibres en opportunités d'apprentissage et de développement, à condition d'identifier correctement les besoins sous-jacents et d'y répondre de manière adaptée.
La tentation de l’humain sera de gronder, réprimander, s’énerver, punir……
Les recherches en neurosciences démontrent clairement pourquoi gronder, réprimander, punir ou s'énerver face aux comportements gênants peut paradoxalement les aggraver tant chez le chien que chez l'enfant.
Lorsqu'un chien ou un enfant est réprimandé ou puni, cela active immédiatement le système de réponse au stress. Il s’ensuit une hyperactivation de l'amygdale, structure cérébrale responsable du traitement de la peur qui devient alors dominante, inhibant l'accès aux zones cérébrales impliquées dans l'apprentissage rationnel et la prise de décision et une donc une libération accrue de cortisol et d'adrénaline, alors que ces hormones augmentent l'état d'alerte et d'anxiété
Paradoxalement, la punition comme la réprimande, peut renforcer le comportement qu'elle vise à éliminer, sachant que toute forme d'attention, même négative, peut constituer un renforcement pour un chien ou un enfant en manque d'interactions et en mettant en route un cercle vicieux, le stress généré par la punition aggrave le déséquilibre initial, intensifiant le besoin de comportements compensatoires .
De plus la punition affecte directement la relation et l'environnement émotionnel avec une dégradation du lien d'attachement, une diminution de la sécurité relationnelle qui est pourtant nécessaire à l'équilibre émotionnel. En outre, le chien ou l'enfant apprend à dissimuler ses comportements plutôt qu'à les modifier en mettant en place des stratégies d’évitement. A noter également que réprimande et punition limitent l'apprentissage de la régulation interne des émotions et comportements.
L'exposition répétée à des réactions punitives peut avoir des conséquences durables par exemple en modifiant certains circuits neuronaux : le cerveau en développement (particulièrement chez l'enfant mais aussi chez le jeune chien) peut établir des connexions privilégiant les réponses de peur et d'évitement , en diminuant les capacités d'apprentissage, puisqu’un cerveau chroniquement stressé présente des capacités réduites d'assimilation et d'adaptation
Face à ces constats scientifiques, l'approche compréhensive et empathique s'avère non seulement plus respectueuse mais aussi plus efficace sur un plan neurobiologique pour transformer durablement les comportements de substitution.
Que faire ,
- Identifier les causes profondes du déséquilibre
- Identifier les stresseurs environnementaux, émotionnels et les supprimer ou tout au moins les diminuer par une gestion de l’environnement
- Lister les besoins éthologiques et individuels et mettre en place les stratégies visant à les satisfaire.
Ceci étant le préalable à TOUT travail, pouvant parfois être réalisé sur les conséquences, les effets.
Les neurosciences nous invitent à reconsidérer les comportements "problématiques" comme des signaux précieux plutôt que comme des nuisances à éliminer. Tant chez le chien que chez l'enfant, ces comportements de substitution représentent des tentatives d'autorégulation face à un déséquilibre.
En adoptant cette perspective neuroscientifique, nous pouvons dépasser l'approche punitive traditionnelle pour privilégier une compréhension empathique des besoins sous-jacents. Cette approche plus nuancée et respectueuse permet non seulement de résoudre les problèmes comportementaux à court terme, mais aussi de favoriser un développement neurobiologique optimal et une relation plus harmonieuse, que ce soit avec notre compagnon canin ou avec l'enfant.
La prochaine fois que vous observerez un comportement gênant, posez-vous cette question : "quel déséquilibre ce comportement tente-t-il de compenser?" Cette simple réflexion, inspirée des neurosciences, pourrait transformer votre compréhension et votre approche des comportements canins et enfantins.
Pour comprendre les comportements de votre et les resoudre faites appel à un professionnel formé en comportement
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DE École vétérinaire Maison Alfort
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