26/04/2026
Mycètes endophytes et bois dysfonctionnel…
Quand j'ai commencé mon métier, nos maîtres nous enseignaient une vision purement pathologique, où le champignon (mycète) était un agresseur qu'on envisageait presque uniquement sous l'aspect des dégâts visibles qu'il causait aux arbres (un peu aussi sous l'angle de la symbiose mycorrhizienne).
La spore agresseuse ! On nous décrivait les spores présentes dans l'air comme des unités de dispersion. L'infection était vue comme un processus linéaire inéluctable :
Adhésion → Germination → Pénétration → Destruction des tissus.
Nous étions persuadés qu'un champignon sur un arbre était forcément un parasite. S'il était là, l'arbre était condamné à plus ou moins long terme.
Notre vision a depuis radicalement changé. On a découvert que les champignons sont déjà là dans le bois des arbres. Ils ont dit endophytes (du grec endo "dedans" et phyton "plante"). Ils sont présents à l'intérieur des tissus sains (feuilles, bois, écorce) sans causer de symptômes, comme en attente.
Comment pénètrent-ils le bois sain de l'arbre ? Cela n'est pas encore bien compris par la science… Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne sont pas présents dans la graine non germée.
Dès que l'arbre subit un stress, le champignon change de mode de vie. De "colocataire dormant", il devient actif. Le facteur déclenchant numéro un, celui qui nous intéresse ici en tant qu'arboriste, est la mise à l'air du bois "sain", qui est un des principaux stress générés par l'homme aux arbres.
La mise à l'air du bois qui n'est alors plus protégé par son écorce provoque toujours le "réveil" de champignons endophytes. On a longtemps cherché des produits, laques, goudrons, cires, baumes, etc., à appliquer sur les plaies de taille de façon à protéger l'arbre des dommages causés par la taille.
Dans les années 70, un éminent scientifique, Alex Shigo, a même été missionné par le service gouvernemental des forêts américain pour trouver le "cicatrisant" ultime pour les plaies des arbres. Il a passé sa vie entière à chercher pour arriver à la conclusion que la meilleure solution était de ne rien appliquer sur les plaies des arbres.