30/12/2025
Pour clore cette année, et débuter 2026 en beauté, je vous propose ce texte:
" L'art de converser"
Lorsque j'étais gamine, j'ai été témoin d'un échange entre adultes. Une des personnes expliquait à l'autre la raison pour laquelle sa fille avait demandé le divorce : « Il (son mari) n'avait pas de conversation ». Cette réflexion m'a intriguée sans pour autant comprendre de quoi il s'agissait. Dans le contexte de l'époque, il arrivait que l'enfant se retrouve sans réponse à la question du « qu'est-ce que ça veut dire ? », et finisse par se taire plutôt que de continuer à aiguiser sa curiosité. Plus t**d, devenue adulte, un ami qui se retrouve seul après le décès de sa compagne, m'exprime sa crainte à inviter des gens chez lui. Sa difficulté est de devoir tenir une conversation avec ses hôtes.
Lors de la lecture de l'ouvrage de Jean-Paul Gaillard, thérapeute systémicien, professeur en universités et formateur*, je suis tombée sur un chapitre qui a retenu toute mon attention : il traite l'art de la conversation.
Mais qu'est-ce que la conversation ?
Définitions de la conversation, selon le dictionnaire Le Robert : 1. échange spontané de propos ; ce qui se dit dans un tel échange ; 2. entretien entre personnes responsables, en petit nombre et souvent en huit-clos.
Autre définition : Échange de propos, sur des thèmes variés, entre deux ou plusieurs personnes. Synonymes : bavardage, causette, dialogue, entretien.
Dans le texte cité, l'auteur parle de la relation éducateur/enfant ou éducateur/ado et fait le lien entre responsabilité et conversation. Il cite Jean Piaget : « Chaque fois que nous apprenons quelque chose à un enfant, nous lui volons cet apprentissage ! ». L'idée est de se responsabiliser ensemble plutôt que de décider pour l'autre : « Si j'agis sur un sujet pour le responsabiliser, alors je l'empêche de se responsabiliser, puisque je décide pour lui ». Ici, la conversation, qui est un mode d'interaction, pourrait bien se prêter au processus de responsabilisation.
La conversation remplaçerait les fameux : « fais ci, fais ça », « ne fais pas ci, ne fais pas ça », ou « c'est interdit, tu n'as pas le droit ». Les injonctions sont remplacés par la conversation qui lutte contre la bêtise humaine, contre la répétition stérilisante. Cette conversation est co-construction ; elle navigue entre symétrie et complémentarité.
Et si nous commencions un échange verbal avec un enfant ou un adolescent par : « Que penses-tu de... ? », ou : « Que ferais-tu à ma place, dans cette situation ? », ou encore : « J'aimerais bien avoir ton avis sur... »? Et si nous prenions le temps d'attendre le temps nécessaire à la réflexion puis à la réponse de notre interlocuteur ? L'art de la conversation commence de cette manière. On arrête de punir ou d'exclure, et on entre en conversation.
Pour que nous puissions converser, il est nécessaire d'aménager une place à l'autre différent, mais aussi un peu semblable à moi-même. Et, ainsi s'opére un processus de co-développement. Converser élève l'humain, dans le respect de l'autre. La conversation nous positionne sur un pied d'égalité.
* « L'éducateur spécialisé, l'enfant handicapé et sa famille »
Texte écrit pour "Vivre en Bauges", novembre 2025
Je vous envoie des brassées d'amour à distribuer,
Christiane