01/10/2014
Pearrticle lu ce matin :
"Tiens, j’essaie de répondre à ces questions d’après ce que j’ai expérimenté avec les miens (ils ont 2 et 4 ans pour mettre en contexte, et ça fait 9 mois que nous avons lu certains bouquins et que nous tentons comme nous pouvons de les mettre en pratique) :
>>> Que faire quand un gamin de 3 ans à décider de jeter de la nourriture de son assiette sur le sol, et continue après 2 ou 3 rappelle à l’ordre ?
« La nourriture, c’est pour manger » et lui indiquer où se trouve ce qu’il faut pour nettoyer. S’il ne veut pas, persiste à balancer son repas par terre, on lui indique que le repas ne peut pas continuer dans ces conditions et on le descend de sa chaise. Ça dépend aussi si c’est par jeu, par ennui, parce qu’il n’aime pas ce qu’il a dans son assiette, etc.
>>> Que faire quand il décide de jouer avec l’eau en se lavant les mains ? (par exemple, boucher le trou du robinet avec son doigt…)
Lui donner de quoi essuyer, lui rappeler qu’il doit se laver les mains, valider oralement que c’est quand même super rigolo mais que ça nous pose problème parce que ci et ça, rappeler la consigne (l’eau doit rester dans le lavabo) et si on a le temps, lui proposer d’aller dans le bain pour mener à bien ses expériences sans inonder la pièce.
>>> Que faire quand il arrache un jouet des mains d’un autre enfant plus petit le laissant par terre en train de pleurer ?
D’une : commencer à s’occuper de celui qui est à terre en train de pleurer, plutôt que de gronder le coupable (pour diminuer le phénomène « je fais des bêtises pour qu’on s’occupe de moi »). S’il est petit, s’exprimer pour lui « Je vois que tu es triste parce que Machin t’a arraché des mains ton jouet ! » S’il peut, lui faire dire à l’autre enfant. Une fois le premier calmé, et toujours s’il ne peut se débrouiller tout seul, aller voir le grand et :
- faire dans le descriptif : « Bidule est très triste de s’être fait arracher son jouet des mains alors qu’il s’amusait tellement. »
- lui faire prendre conscience des conséquences en l’impliquant émotionnellement (mais sans vouloir à toute force une réponse orale) : « Ça te fait quoi à toi quand on t’arrache un jouet ? » (mais éviter le « Tu aimes ça quand … ? » qui incite juste au mensonge).
Souvent, l’enfant risque de répondre : « Je veux ce jouet, je l’aime beaucoup, je veux jouer avec ! » Dans ce cas, lui répondre un truc du genre « Je comprends, ce jouet te faisait très envie, surtout en voyant à quel point Bidule s’amusait avec. »
En général, à ce stade, voir avant, le grand va consoler le petit, et/ou lui rend le jouet et/ou lui propose un échange. Les premières fois, ça demande des efforts, de la disponibilité et la capacité à prendre du recul. Mais une fois que cet état d’esprit est habituel, une ou deux phrases suffisent, voire (et ça s’est un grand plaisir quand ça arrive) un adulte n’a même pas besoin d’intervenir. Maintenant, j’entends mes deux enfants régulièrement négocier, se mettre d’accord ou exprimer leur envie d’avoir le jouer de l’autre et être déçu de ne pas obtenir gain de cause, mais sans aller plus loin. Et bien sûr, ils s’arrachent aussi les jouets des mains, se tapent, se crient dessus, mais ce n’est pas leur seul recours dans leur trousse à outils relationnels. Sans oublier les fois où nous parents passons en mode réflexe et faisons ce qui est interdit, à savoir arracher des mains le jouet…
Autre chose, ce qui a paradoxalement augmenté la circulation des jouets, c’est que chacun ait certains jouets qui soit personnellement à lui et qu’ils n’ont pas à prêter quand ils ne le désirent pas, même s’ils ne les utilisent pas. Ça leur apprend à partager activement, plutôt que ce ne soit imposé par une instance supérieure.
>>> Que faire quand un gamin retourne systématiquement visiter un placard plein de vaisselles, même qu’en on l’éloigne ?
Changer l’organisation, lui proposer un placard à lui avec par exemple sa vaisselle, le faire participer aux tâches (ranger la vaisselle, par exemple, lui permettra de satisfaire sa curiosité tout en étant encadré et utile), verbaliser *son* envie et *notre* problème (« Je vois que ce placard t’intéresse beaucoup. Le problème, c’est que moi ça m’inquiète parce qu’à l’intérieur, il y a des choses fragiles/dangereuses. »). Adapter en fonction de ses réactions.
>>> Que faire qu’en un gamin ne veut pas s’habiller et qu’il est 8h20, et que l’école ferme dans 10 min ?
Ça, pour le coup, c’est un truc très très très difficile. Je pense que c’est la deuxième hantise parentale avec le coucher. Parce que nous n’avons pas le temps, parce que nous n’avons pas forcément le choix, parce qu’il peut avoir d’excellentes raisons de ne pas vouloir y aller.
Des petits trucs :
- diminuer le seuil psychologique : le problème, ce n’est pas s’habiller, généralement, c’est plutôt l’accord qui est donné au fait que nous allons sortir. Les enfants ont du mal à gérer les ruptures surtout que les adultes oublient la plupart du temps de leur donner un moyen de les prévoir par eux-mêmes. Du coup, segmenter est une bonne chose : on s’habille 40 minutes avant l’heure de partir. On prépare le sac un peu après. On avertie 5 minutes avant que c’est pour bientôt. À l’heure décidée (qu’il peut apprendre à reconnaître sur un réveil), on fait mettre les chaussures/manteaux. On prévoit 5 minutes de marge parce que les chaussures sont le symbole le plus fort du départ et que parfois, il va falloir porter un gamin hurlant et se débattant (passer la porte peut avoir d’ailleurs un effet magique : les chaussures, impossible à mettre dedans, sont enfilés en 30s de l’autre côté).
- éviter de ne pas avoir de marge temporelle quand il y a des points bloquants (ce n’est pas 10 minutes avant la fermeture de l’école qu’il faut s’habiller), un parent stressé est fatalement moins disponible et génère du stress ;
- mettre les vêtements à porté de l’enfant pour qu’il puisse se servir seul – ça le responsabilise, ça lui donne une maîtrise sur l’activité ;
- en faire un jeu (bon, ça, ça demande beaucoup de ressources mentales pour le parent), genre les vêtements magiques qui s’enfilent tout seuls quand le parent se cache les yeux ou le temps limité sur une musique qu’il aime ;
- l’impliquer dans le processus, d’autant plus facile s’il y a une routine : évitez « maintenant, mets ton pantalon » mais plutôt « bon, maintenant que tu as enfilé ton slip, que vas-tu faire ? » et uniquement si c’est nécessaire ;
- comprendre son problème, lui exposer le nôtre : « Tu t’amuses bien à la maison avec tes jouets, tu n’as pas envie de sortir. Le problème, c’est que tu es trop jeune pour rester seul / je dois aller travailler / l’école est obligatoire (ce dernier point est peu convaincant pour un petit, à mon avis). » Éviter de le convaincre que l’école c’est trop génial et qu’il est trop bête de ne pas vouloir y aller, d’autant qu’une fois sur place il a trop envie d’y rester. Moi, les matins où j’ai du mal à me bouger pour aller au boulot, ça ne m’aide pas qu’on me rappelle que j’en ai besoin pour en vivre.
- en ayant du temps disponible, tenter d’en discuter pour voir d’où vient le problème (les habits choisis, quitter la maison, les parents qui lui manquent, un encadrant désagréable, un enfant qui le moleste, des activités qui ne l’intéressent pas, etc.) Adapter les solutions en fonction des problèmes. L’inciter à proposer ses propres solutions.
Alors tout ça, c’est facile à écrire, mais ça demande de la disponibilité et de la ressource intérieure. Parfois, ça bloque, on n’a pas le temps, on est face à un point de blocage non négociable, on craque soi-même et on se met à hurler, etc. Mais ces diverses techniques et surtout cette façon différente d’appréhender le problème, ça épargne tellement de conflits que sur le moyen terme, on s’économise beaucoup d’efforts (parents comme enfants) et on garde son énergie pour les choses réellement importantes."
Extrait du site :
http://lesquestionscomposent.fr/eduquer-sans-punir/