30/04/2026
IDEL : MÊME SIGNÉ À L’UNANIMITÉ, L’AVENANT A UN GOÛT AMER
ACTUALITÉS
EXERCICE LIBÉRAL
Auteur(s) : Adrien Renaud
L’Assurance maladie et les syndicats d’Idel ont conclu, fin mars, le 11e avenant à la convention qui les lie. Les trois organisations représentatives ont signé ce texte qui prévoit des revalorisations et de nouvelles missions… sans pour autant cacher leur insatisfaction.
« C ela fait deux ans que nous prévenons que cet avenant sera décevant. » Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), principal syndicat d’infirmiers libéraux (Idel), n’est pas surpris par l’amertume qui s’exprime au sein de la profession depuis la signature, le 31 mars dernier, de l’avenant numéro 11 à la convention qui régit les relations entre les Idel et l’Assurance maladie. Certes, son organisation a, tout comme ses homologues de Convergence infirmière (CI) et du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil), paraphé le texte. Mais l’arbre des revalorisations que prévoit l’avenant a du mal à cacher la forêt des difficultés que rencontre la profession.
Présenté comme « une étape très importante pour notre système de santé » par le directeur général de l’Assurance maladie, Thomas Fatome, dans un communiqué publié le jour même de la signature, l’avenant 11 se distingue par une mesure phare : une revalorisation de la lettre clé AMI (acte médico-infirmier) de 20 centimes en novembre prochain, puis de 10 centimes en 2027, soit une hausse totale de 9,5 %. Cette première hausse en plus de 15 ans était une attente forte des libéraux. En comptant l’ensemble des revalorisations comprises dans l’avenant, par exemple sur le bilan de soins infirmiers (BSI), les indemnités de déplacement, etc., l’effort financier est chiffré par l’Assurance maladie à 500 millions d’euros sur la période 2026-2029.
Au-delà des aspects pécuniaires, l’avenant intègre certaines des évolutions de la loi infirmière votée par les parlementaires en juin 2025, avec, notamment, la création de deux consultations infirmières : l’une pour l’accompagnement d’un traitement initial par insuline pour les patients diabétiques de type 2, et l’autre pour le suivi du bilan de prévention aux âges clés. Deux autres consultations sont prévues pour 2028. L’accord prévoit également, dans le domaine des plaies, une prise en charge plus longue sans repasser par une prescription médicale et dans certains cas, un accès direct.
Le verre à moitié plein
« Arracher une telle enveloppe était assez inespéré, estime Daniel Guillerm. Il faut voir d’où on est partis : la mise initiale de Bercy était de 160 millions d’euros, vous imaginez donc tout ce qu’il a fallu faire pour arriver jusque-là. » Le président de la FNI ajoute que son syndicat a mis en place un simulateur qui permet de calculer les effets du nouvel avenant. « Cela revient, chez nos adhérents, à une hausse du chiffre d’affaires annuel d’environ 4 300 € par an », détaille Daniel Guillerm, qui reconnaît que cette moyenne cache des disparités, les cabinets qui font plus d’AMI étant favorisés. Mais ce chiffre montre, selon lui, que « bien qu’imparfait, cet avenant est positif pour la profession ».
Du côté du Sniil, l’analyse est similaire. « Évidemment que nous aurions aimé une revalorisation plus forte, et si on ne regarde que les 30 centimes, on peut dire que c’est insuffisant, reconnaît John Pinte, son président. Mais il y a d’autres mesures qui permettent d’élargir notre patientèle, d’exercer de nouvelles compétences… » Au bout du compte, estime-t-il, en tenant compte du contexte budgétaire que connaît le pays, « on aboutit à un avenant équilibré ». « De toute façon, même si on avait obtenu 60 centimes, on aurait eu des mécontents », sourit John Pinte.
La plus grande surprise de cet avenant vient probablement du paraphe qu’y a apposé CI, organisation rarement signataire des textes conventionnels. « Bien sûr, on n’obtient jamais assez, surtout avec la crise du carburant que nous subissons, mais 500 millions d’euros, ce n’est pas rien, surtout si on y ajoute les mesures non financières », justifie Ghislaine Sicre, sa présidente. Celle-ci ajoute que la décision de signer a été prise à l’issue d’un webinaire ouvert à ses adhérents. « Ce sont les infirmières qui ont décidé, pas moi », s’amuse-t-elle, refusant de dévoiler quelle était sa position personnelle lors de ce webinaire. « Ce que je peux dire, c’est que cet avenant ne comporte pas de mesures coercitives comme le précédent », précise celle qui avait justement refusé de signer lors du dernier round de négociations.
Le verre à moitié vide
Mais si les syndicats représentatifs, sans crier victoire, tentent de voir le verre à moitié plein, d’autres organisations d’Idel adoptent une tout autre posture. « Cette revalorisation est, d’après les échos que nous en avons sur nos boucles WhatsApp et sur nos réseaux sociaux, trois ou quatre fois inférieure à ce qui était attendu, s’indigne par exemple Diane Braccagni-Desobeau, présidente de l’Organisation nationale des syndicats d’infirmiers libéraux (Onsil), syndicat jugé non-représentatif par les autorités sanitaires, et qui n’a donc pas pris part aux négociations. C’est une question de survie : ce que nous craignons, c’est que les infirmières partent, qu’elles quittent l’exercice libéral, et même la profession dans son ensemble. »
Anne-Gaëlle Kramer, vice-présidente du Collectif des infirmiers libéraux en colère (Cilec) est, elle aussi, plutôt critique. « Je pense que les syndicats représentatifs n’avaient pas d’autre choix que de signer, mais cet avenant est complètement injuste », juge-t-elle, pointant notamment les zones où la population est vieillissante, qui sont, selon elle, défavorisées car « les infirmières y font plus de soins d’hygiène et donc moins d’AMI ». Et la représentante du Cilec de prévenir que son mouvement n’exclut pas une action collective au mois de juin.
Du côté des syndicats représentatifs, on n’estime d’ailleurs pas non plus que la signature de l’avenant équivaut à une reddition. « La FNI ne donne pas quitus au gouvernement », prévenait la FNI dans un communiqué publié le 2 avril. Dans son propre communiqué publié lui aussi à l’issue de la signature, CI indiquait que le texte n’est, à ses yeux, « en aucun cas un aboutissement ». Une manière de prendre date pour les mois à venir.
Et les IPA ?
Dans un communiqué publié le jour même de la signature de l’avenant, l’Union nationale des infirmières en pratique avancée (Unipa) a salué certaines mesures de l’avenant numéro 11, à commencer par le remboursement de l’accès direct à la profession. Le syndicat déplore toutefois une valorisation de la consultation infirmière trop proche, selon elle, de la valorisation de la consultation IPA. L’écart entre les montants remboursés pour ces deux consultations « ne traduit ni l’ampleur des compétences mobilisées, ni le niveau de formation, ni les responsabilités exercées », dénonce l’Unipa. Cette dernière se défend de s’inscrire « dans une logique d’opposition entre professionnels », mais en appelle à un « cadre cohérent et lisible, dans lequel chaque infirmier trouve pleinement sa place ».