04/05/2026
𝗘𝗧 𝗦𝗜 𝗡𝗢𝗦 𝗣𝗢𝗨𝗟𝗔𝗜𝗡𝗦 𝗗𝗢𝗠𝗘𝗦𝗧𝗜𝗤𝗨𝗘𝗦 𝗘𝗧𝗔𝗜𝗘𝗡𝗧 𝗘𝗟𝗘𝗩𝗘𝗦 𝗔 𝗥𝗘𝗕𝗢𝗨𝗥𝗦 𝗗𝗘 𝗖𝗘 𝗤𝗨𝗘 𝗟𝗔 𝗦𝗖𝗜𝗘𝗡𝗖𝗘 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗗𝗜𝗧 ?
Une étude scientifique publiée en 2020 dans la r***e Animal Microbiome (Tavenner, McDonnell & Biddle) a posé une question simple : est-ce que le microbiote intestinal d'un poulain élevé en conditions domestiques avec des granulés ressemble à celui d'un poulain qui grandit en liberté avec sa mère, à l'herbe, au contact d'autres chevaux ? NON. Et les différences apparaissent dès les premières semaines de vie.
𝙌𝙐𝙀 𝙎𝘼𝙄𝙏-𝙊𝙉 𝘼𝙐𝙅𝙊𝙐𝙍𝘿’𝙃𝙐𝙄 ?
Le microbiote intestinal, c'est l'ensemble des milliards de bactéries, archées, champignons, virus… qui vivent dans le tube digestif de votre cheval. Ces organismes assurent une grande partie de la digestion des fourrages, fabriquent des vitamines, participent à l'immunité, et influencent même le comportement.
Le microbiote intestinal est important pour la réponse immunitaire, la santé du tractus gastro-intestinal, le fonctionnement du système endocrinien, le comportement et même les fonctions cognitives chez l'homme et l'animal.
Chez le cheval, des troubles gastro-intestinaux courants ont été associés à la dysbiose intestinale, notamment la fourbure, les coliques, la diarrhée et les ulcères gastriques. Ces anomalies ont été corrélées à des différences de diversité et d'abondance microbienne par rapport aux chevaux sains. Des études portant spécifiquement sur le développement précoce de l'intestin du cheval ont montré que la communauté bactérienne du poulain se stabilise à un niveau similaire à celui d'un cheval adulte vers l'âge de 1 à 2 mois.
Le développement du microbiome du poulain semble s'établir avant le sevrage, car aucune différence dans la diversité des espèces ou la composition de la communauté microbienne intestinale n'a été observée entre les poulains ayant subi un sevrage progressif et ceux ayant subi un sevrage brutal, et les microbiomes des poulains n'étaient pas significativement différents de ceux de leurs mères dès l'âge d'un mois.
Chez le cheval ayant un régime herbivore , les bactéries les plus importantes sont celles qui digèrent les fibres végétales (les bactéries fibrolytiques). Ce sont elles qui permettent de tirer de l'énergie du foin et de l'herbe.
𝙇𝙀𝙎 𝙋𝙊𝙐𝙇𝘼𝙄𝙉𝙎 𝙀𝙉 𝙇𝙄𝘽𝙀𝙍𝙏𝙀 : 𝙐𝙉 𝙈𝙄𝘾𝙍𝙊𝘽𝙄𝙊𝙏𝙀 𝙋𝙇𝙐𝙎 𝙍𝙄𝘾𝙃𝙀
Les 10 poulains shetland semi-sauvages de l'étude (appartenant à un groupe de 11 harems et 100 individus), élevés sur 16 ha de prairies naturelles, avec leur mère, en groupe, sans granulés, développent un microbiote significativement plus diversifié que les poulains domestiques conventionnels.
Cette diversité apporte plus de résilience : un système digestif qui gère mieux un changement d'alimentation, un stress, une maladie. C'est exactement ce qu'on observe chez les espèces sauvages par rapport aux espèces domestiquées.
Quelles étaient les bactéries plus nombreuses chez ces poulains ? Celles qui dégradent les fibres complexes des végétaux , précisément les bactéries dont le cheval adulte aura besoin pour bien valoriser son foin et son pâturage plus t**d.
𝙇𝙀𝙎 𝙋𝙊𝙐𝙇𝘼𝙄𝙉𝙎 𝘼𝙐𝙓 𝙂𝙍𝘼𝙉𝙐𝙇𝙀𝙎 : 𝙐𝙉 𝙎𝙄𝙂𝙉𝘼𝙇 𝙄𝙉𝙌𝙐𝙄𝙀𝙏𝘼𝙉𝙏
Chacun des 10 poulains DCM (élevé de manière conventionnelle) est né et a été gardé avec sa mère dans un box pendant sa première semaine de vie. Les poulains et leurs mères ont ensuite été transférés dans un petit enclos pendant environ 8 heures par jour jusqu'à l'âge de 45 jours. Dans la plupart des cas, il y avait deux couples poulain-mère par enclos. Le reste de la journée, chaque couple était placé dans un box avec libre accès au foin. Après leurs 45 premiers jours, les poulains et leurs mères ont été placés définitivement dans un grand pâturage avec d'autres couples poulain-mère. Les poulains avaient accès à l'alimentation de leur mère (un granulé à 14% de protéines et 12% de cellulose) pendant toute la durée de l'étude et à l'herbe dès le début de leur deuxième semaine.
Dès la 2e et la 3e semaine de vie, les poulains élevés en box avec accès aux granulés de leur mère présentent une accumulation de bactéries lactiques dans leur intestin.
Ces bactéries, les Lactobacillaceae, ne sont pas neutres. Elles prolifèrent quand il y a de l'amidon disponible dans le gros intestin, produisent de l'acide lactique, font chuter le pH intestinal, et tuent les bonnes bactéries fibrolytiques.
Le poulain mange ces granulés, tout simplement car il accède à la ration de sa mère, comme le font tous les poulains qui imitent naturellement le comportement alimentaire de leur mère.
𝘾𝙀 𝙌𝙐𝙀 𝘾𝘼 𝘾𝙃𝘼𝙉𝙂𝙀 𝙋𝙊𝙐𝙍 𝙇𝘼 𝙑𝙄𝙀 𝙀𝙉𝙏𝙄𝙀𝙍𝙀 𝘿𝙐 𝘾𝙃𝙀𝙑𝘼𝙇
Le microbiote n'est pas figé, mais il garde la mémoire de ses débuts. Un poulain dont le système digestif a été "programmé" très tôt à traiter de l'amidon développe une communauté bactérienne adaptée à ce substrat, et devient de fait, moins bien équipé pour tirer le meilleur parti du fourrage.
Autrement dit : le "mauvais microbiote" qu'on construit dans les premières semaines pourrait expliquer, au moins en partie, pourquoi certains chevaux adultes semblent "mal digérer le foin", sont sensibles à la fourbure, ou développent des ulcères.
Ce n'est pas toujours un facteur génétique. L’alimentation des premières semaines du poulain conditionne ses futures capacités à digérer les fibres et à grandir sereinement.
𝙌𝙐𝙀 𝙍𝙀𝙏𝙀𝙉𝙄𝙍 𝘾𝙊𝙉𝘾𝙍𝙀𝙏𝙀𝙈𝙀𝙉𝙏 ?
🌿 Un poulain qui grandit avec sa mère à l'herbe, au contact d'autres chevaux, sans granulés précoces, construit le meilleur microbiote possible naturellement, et ce, à condition que l’alimentation de la mère soit extrêmement bien suivie (un selle français n’a pas les mêmes besoins de développement qu’un shetland).
🌿 Si vous devez complémenter après le sevrage, et que vos fourrages sont correctement équilibrés en calories, privilégiez un bon balancer protéique avec le moins d’amidon possible : les protéines sont absorbées bien avant d'arriver dans le gros intestin, et n'ont aucun impact négatif sur les bactéries fibrolytiques.
🌿 Le foin de bonne qualité, est un allié, pas un "fourrage de remplissage" en attendant les granulés.
⚠ Introduire des granulés à base d’amidon dans les premières semaines de vie n'est pas anodin. Cette pratique, très répandue dans l'élevage intensif, a des conséquences mesurables sur la composition du microbiote dès les premiers jours. Mais cela ne veut pas dire non plus qu’il ne faut pas complémenter les poulains, surtout avec nos pratiques de pâturage actuelles et nos fourrages de qualité hasardeuse.
⚠ Attention, on parle dans cette étude d’un accès à un environnement prairial riche et diversifié. La diversité du microbiote dépend beaucoup de la qualité de cet environnement. C’est bien pour cela que si vous avez la possibilité d’aménager le lieu de vie de vos chevaux dans ce sens, c’est un véritable atout pour le développement d’un individu sain.
C’est le sens de ce que nous transmettons dans nos formations EQUIBEE.
𝗟𝗔 𝗣𝗛𝗥𝗔𝗦𝗘 𝗗𝗘𝗦 𝗖𝗛𝗘𝗥𝗖𝗛𝗘𝗨𝗥𝗦:
« 𝙇𝙚 𝙢𝙤𝙙𝙚 𝙙'𝙚𝙡𝙚𝙫𝙖𝙜𝙚 𝙙𝙚𝙨 𝙘𝙝𝙚𝙫𝙖𝙪𝙭 𝙨𝙚𝙢𝙞-𝙨𝙖𝙪𝙫𝙖𝙜𝙚𝙨 𝙥𝙤𝙪𝙧𝙧𝙖𝙞𝙩 𝙣𝙤𝙪𝙨 𝙜𝙪𝙞𝙙𝙚𝙧 𝙫𝙚𝙧𝙨 𝙪𝙣𝙚 𝙙𝙚𝙛𝙞𝙣𝙞𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙙𝙪 𝙢𝙞𝙘𝙧𝙤𝙗𝙞𝙤𝙩𝙚 𝙞𝙣𝙩𝙚𝙨𝙩𝙞𝙣𝙖𝙡 𝙨𝙖𝙞𝙣 𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙣𝙤𝙨 𝙘𝙝𝙚𝙫𝙖𝙪𝙭 𝙙𝙤𝙢𝙚𝙨𝙩𝙞𝙦𝙪𝙚𝙨. »
La biologie du poulain n'a pas changé en quelques décennies d'élevage intensif. C'est notre façon de l'élever qui s'est éloignée de ce pour quoi son organisme est fait.
𝙐𝙣 𝙗𝙞𝙖𝙞𝙨 𝙥𝙤𝙨𝙨𝙞𝙗𝙡𝙚: la recherche sur le microbiote est récente et les études sur l’alimentation du poulain ont presque toujours été réalisées sur des poulains complémentés. Cela a pu influencer notre compréhension de ses capacités de digestion réelles.
𝘚𝘰𝘶𝘳𝘤𝘦 : 𝘛𝘢𝘷𝘦𝘯𝘯𝘦𝘳 𝘔𝘒, 𝘔𝘤𝘋𝘰𝘯𝘯𝘦𝘭𝘭 𝘚𝘔, 𝘉𝘪𝘥𝘥𝘭𝘦 𝘈𝘚. 𝘋𝘦𝘷𝘦𝘭𝘰𝘱𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘰𝘧 𝘵𝘩𝘦 𝘦𝘲𝘶𝘪𝘯𝘦 𝘩𝘪𝘯𝘥𝘨𝘶𝘵 𝘮𝘪𝘤𝘳𝘰𝘣𝘪𝘰𝘮𝘦 𝘪𝘯 𝘴𝘦𝘮𝘪-𝘧𝘦𝘳𝘢𝘭 𝘢𝘯𝘥 𝘥𝘰𝘮𝘦𝘴𝘵𝘪𝘤 𝘤𝘰𝘯𝘷𝘦𝘯𝘵𝘪𝘰𝘯𝘢𝘭𝘭𝘺-𝘮𝘢𝘯𝘢𝘨𝘦𝘥 𝘧𝘰𝘢𝘭𝘴. 𝘈𝘯𝘪𝘮𝘢𝘭 𝘔𝘪𝘤𝘳𝘰𝘣𝘪𝘰𝘮𝘦 2, 43 (2020).
𝘩𝘵𝘵𝘱𝘴://𝘥𝘰𝘪.𝘰𝘳𝘨/10.1186/𝘴42523-020-00060-6