20/04/2017
Le vote blanc peut-il faire gagner Marine Le Pen au second tour ?
Le 21 avril 2002, l'extrême droite créait la surprise en accédant au second tour de l'élection présidentielle.
Quinze ans plus t**d, à quelques jours du premier tour de la présidentielle 2017, il est très probable que Marine Le Pen -sauf retournement de tendance- va se qualifier pour le second tour.
Ce changement radical de perception politique, passant de « c'est impossible » à « c'est inévitable » n'a pour autant pas encore été transposé pour le second tour. « Même si Marine Le Pen est au second tour, elle sera battue nettement », entend-t-on dans la bouche de la plupart des commentateurs ou militants. Les voix qui émettent l'hypothèse contraire sont très minoritaires.
Pourtant...
Pourtant, l'analyse des dynamiques électorales du Front national entre le premier et le second tour depuis quinze ans devrait inciter à la plus grande prudence pour l'élection qui arrive, ainsi que pour les législatives de juin.
Depuis 15 ans se sont produits des changements de fond qui en se combinant rendent possible une victoire du Front national au second tour.
Le tableau ci-dessous permet de faire une comparaison de deux types d'élections, chacune à dix ans d'intervalle.
Pour les législatives, élection avec une participation « dépressive » :
Les seconds tours avec un duel FN contre gauche ou droite se traduisent par une très forte baisse de la participation du premier au second tour (-7,5 pts en 2002 ; - 3,2 pts en 2012), bien supérieure aux seconds tours sans FN. Ajoutée à cette baisse, l'envol du vote blanc, lui aussi bien plus fortement que dans le reste des circonscriptions, avec +2,5 pts en 2002 et +6 pts en 2012 (trois fois plus qu'au plan national).
La conséquence, c'est que les scores du FN au second tour, en configuration de duel, s'envolent eux-aussi (+6 pts d'inscrits en 2012).
Dans les configurations de triangulaires, les choses sont différentes : d'un tour à l'autre, la participation baisse moins en 2002 et augmente même en 2012, le vote blanc reste quasi stable et les scores du FN en % d'inscrits sont en régression (même si cette régression à tendance à diminuer).
Il y a un paradoxe énorme : quand le Front républicain se forme dans les situations de duel, les électeurs se désintéressent du second tour (baisse de la participation) et refusent de choisir pour une partie importante d'entre eux (forte hausse du vote blanc). La conséquence est que le FN progresse en % d'inscrits, donc obtient des résultats de second tour désormais en progression importante. Rappelons que les deux parlementaires sortants du FN ont été élus avec « seulement » 43% des voix, en triangulaires. Une comparaison avec les régionales confirme ces tendances.
Il faudra vérifier le 23 avril dans les urnes, mais il est crédible de penser que le vote blanc sera déjà à un niveau élevé dès le premier tour. Lors de la précédente présidentielle, 1,6% des votants du premier tour avaient voté blanc, 5,8% au second (record avec le second tour 2002).
Pour l'instant, les sondages de second tour – forcément impactés par les résultats du premier- ne donnent pas des informations très rassurantes (tableaux source Kantar Sofres).
Les choses sont très claires : au second tour, à l'heure actuelle, les candidats qui pourraient affronter le FN ne peuvent compter que sur les miettes des autres candidats. Seulement la moitié des électeurs d'E. Macron se reporteraient sur F. Fillon ou JL. Mélenchon. En revanche, c'est E. Macron qui, à cette heure, réussit à le moins susciter l'aversion des électeurs sur son nom au second tour. Pour l'instant, avant une campagne de second tour qui sera, quelle qu'en soit la configuration, d'une violence jamais égalée...