03/10/2025
Lydia et Claude Bourguignon, deux scientifiques bourguignons que l'on ne présente plus, viennent de donner une interview passionnante dans un hors-série de juin 2018 de la R***e des Vins de France, dans laquelle ils font le point sur la question de la toxicité du cuivre.
La RVF : Le cuivre occupe l'actualité. Les vignerons anti-bio pointent du doigt sa toxicité sur les sols. Qu'en est-il réellement ?
Claude Bourguignon : C'est un discours véhiculé par les fabricants de pesticides. Lorsque les vignerons répandaient 10 à 15 kg de cuivre par hectare sur leurs vignes (par an), dont 90% partaient dans la terre, effectivement les sols devenaient stériles. Aujourd'hui, avec un pulvérisateur moderne, on met aux alentours de trois kilos de cuivre par an, et le produit est essentiellement pulvérisé sur les feuilles, pas sur le sol. A ce niveau, les micro-organismes dans le sol le consomment totalement. Cela change tout.
Lydia Bourguignon : J'entends souvent dire que le cuivre est un métal lourd. Ce n'est pas vrai. Un métal lourd comme le plomb, l'arsenic, ou le mercure, ne peut pas être assimilé par l'organisme, par une plante ou des animaux. Le cuivre en revanche, est indispensable aux organismes vivants. Au début de notre carrière, nous retrouvions des taux de concentration extrêmement élevés et là, le cuivre était toxique. Mais si vous faites un labour profond en retournant le sol, vous éliminez toute vie microbienne dans le sol. C'est pire que le cuivre !
La RVF : Nous avons l'impression que ce discours ambiant contre le cuivre vous touche particulièrement ?
L. B. : Pas moi en particulier, mais on sait bien que ce discours provient de l'industrie pour discréditer le cuivre et donc attaquer les producteurs bio.
C. B. : D'autant qu'on sait à présent, grâce aux travaux de l'Université des Geisenheim, en Rheingau, que les levures qui font le vin entrent par les racines. Cela permet de comprendre que les vignerons travaillant avec des produits systémiques tuent les levures. Ils doivent donc ajouter des levures industrielles pour lancer la fermentation du vin. La première chose que l'on observe chez les vignerons qui passent en bio, c'est la facilité avec laquelle les fermentations démarrent. Pourquoi ? Parce que les levures reprennent leur place. Les produits systémiques sont beaucoup plus graves que le cuivre aujourd'hui. Ils détruisent les bactéries et les mycorhizes présentes dans le sol, autour des racines (...).
http://www.academievin.org/wp-content/uploads/2018/06/Article-Bourguignon-Juin-2018.pdf
Laboratoire Analyses Microbiologiques Sols - Crée par Claude et Lydia Bourguignon et rejoint en 2008 par Emmanuel Bourguignon , le LAMS est un laboratoire d'analyse de sol spécialisé dans l'étude écologique de profil cultural pour restaurer la biodiversité des sols de terroir afin d'améliorer la qualité et la typicité des vins et des denrées agricoles.
http://www.lams-21.com/artc/LAMS/1/fr/