01/12/2025
BILLET JURIDIQUE: Pour une reforme progressiste du droit du travail en République du Bénin
J’avais porté, à l’époque, une opinion critique sur la reforme du Code du travail béninois opérée par la Loi n° 2017-05 du 29 août 2017, en ce qu’elle précarisait significativement l’emploi.
Cette réforme modifie en profondeur le paradigme du droit du travail béninois : le contrat à durée déterminée (CDD), qui devait rester l’exception, devient dorénavant la norme.
1. Normalisation du CDD et effacement du CDI
Avant 2017, un CDD ne pouvait être renouvelé que deux fois, sous peine de se transformer en CDI.
Depuis la loi de 2017, le CDD peut être renouvelé indéfiniment, ce qui transforme de fait un emploi supposée temporaire en une précarité permanente. Le texte aligne ainsi le droit béninois sur les systèmes les plus flexibles, au détriment de la stabilité professionnelle.
2. Affaiblissement de la sécurité de l’emploi
La réforme va plus loin en facilitant :
• le licenciement,
• la modification unilatérale des conditions de travail par l’employeur.
L’employé qui s’oppose à une modification essentielle de son contrat peut se voir imputer la responsabilité de la rupture, ce qui inverse la logique protectrice du droit du travail.
3. Indemnisation limitée
Le texte plafonne un peu trop les indemnités de licenciement. En cas de licenciement injustifié, l’indemnité est plafonnée à neuf (09) mois de salaire brut, un montant particulièrement faible comparé aux standards régionaux et internationaux.
Un tel plafond réduit considérablement l’effet dissuasif des sanctions prévues contre les licenciements abusifs.
4. Protection sociale et droits collectifs fragilisés
La loi :
• n’instaure aucun salaire minimum,
• ne garantit pas pleinement la sécurité sociale,
• n’assure pas la santé au travail,
• affaiblit les droits collectifs et la capacité des travailleurs à négocier.
Elle déséquilibre ainsi le rapport de force au profit de l’employeur et prive les travailleurs de filets de sécurité essentiels.
5. Constat d’échec et absence d’impact sur l’emploi
Dans mes travaux de recherche, j’avais déjà souligné que ces dispositions allaient plus loin que celles des économies capitalistes avancées dans la flexibilisation du marché du travail.
Les faits donnent raison à cette analyse :
malgré les incitations fiscales importantes, cette réforme n’a pas relancé l’emploi.
Elle a surtout multiplié les emplois précaires et n’a pas produit le regain d’embauche annoncé.
6. La réforme burkinabè : un contre-exemple éclairant
La récente réforme du Code du travail au Burkina Faso relance le débat au Bénin.
Le législateur burkinabè adopte une approche diamétralement opposée :
il renforce la sécurité de l’emploi, limite strictement le renouvellement des CDD, améliore les conditions de licenciement, et encadre davantage les pratiques des employeurs.
À la lumière des évolutions régionales et du bilan plutot défavorable de la loi de 2017, il apparaît nécessaire de réviser en profondeur le code du travail béninois pour restaurer un cadre protecteur, soutenir un emploi durable et garantir le respect des droits fondamentaux des travailleurs.
Sylvie BISSALOUE