13/11/2025
**Le Berceau de l’opéra chinois s’invite à la Tuilerie Bossy de Gardanne**
La Tuilerie Bossy, vestige industriel provençal, devient l’écrin du théâtre millénaire du Shanxi, berceau de l’opéra chinois dont s’inspira le célèbre opéra de Pékin.
Le samedi 9 et lundi 11 novembre, la Tuilerie Bossy à Gardanne accueille l’exposition « Le Berceau de l’Opéra chinois ». Organisé par l’Association France-Chine Échanges et Développement avec le Musée provincial du Shanxi, cet événement s’inscrit dans la vitalité culturelle du Pays d’Aix et met en lumière ce site patrimonial gardannais.
La Tuilerie Bossy : un joyau industriel provençal réinventé
Nichée dans un vallon verdoyant entre monts et forêts, au cœur de la campagne de Gardanne, la Tuilerie Bossy est un site emblématique du patrimoine industriel du Pays d’Aix. Fondée en 1837 par Pyrame Bossy sur un terrain riche en argile de haute qualité, cette ancienne fabrique de tuiles, tuyaux et vases en terre cuite a prospéré pendant plus d’un siècle, jusqu’à sa fermeture progressive au début des années 1970. Héritière d’une tradition céramique remontant au XVe siècle dans la région, elle s’approvisionnait en matière première directement sur la colline voisine, incarnant l’esprit artisanal provençal.
Au début des années 2000, Daniel Bossy, dernier héritier de la famille, a sauvé ce lieu chargé d’histoire en le transformant en un vibrant centre d’Artisanat d’Art. Aujourd’hui, une quinzaine d’ateliers y cohabitent : céramistes, ferronniers, maroquiers, horlogers, tapissiers et bien d’autres, qui y conjuguent savoir-faire ancestral et création contemporaine. L’association « Tuilerie Bossy – Métiers d’Art », présidée par Myriam Rétif, y promeut la transmission des métiers manuels et accueille expositions, formations et événements culturels. Ce cadre brut, avec ses fours éteints et ses murs de terre cuite, résonne d’une âme ouvrière tout en s’ouvrant à l’imaginaire artistique – un écrin idéal pour des dialogues culturels transcontinentaux, comme cette exposition qui unit Provence et Shanxi.
À travers 12 panneaux illustrés, répliques de briques gravées et artefacts archéologiques, l’exposition retrace la chronologie du Jinju, l’un des plus anciens opéras chinois nés dans les villages du Shanxi. Racines populaires, rôles archétypaux (sheng, dan, jing, mo, chou) et évolutions musicales dialoguent avec l’âme brute de la tuilerie.
Cette exposition interroge la préservation des traditions face à la modernité. Comme le théâtre grec antique ou la commedia dell’arte, le Jinju naît du peuple, non des cours, et porte en lui mémoire collective et humanité universelle – un pont entre Fleuve Jaune et Méditerranée.
Quand on parle d’opéra chinois, on pense d’abord au Jingju (opéra de Pékin), mais celui-ci n’a que deux siècles et synthétise plusieurs formes régionales. Cette exposition, fruit du travail du Musée provincial du Shanxi, s’appuie sur des preuves archéologiques souterraines et des vestiges en surface pour retracer la généalogie du Jinju, l’une des sources majeures du théâtre traditionnel chinois.
Le Shanxi, condensé de la civilisation chinoise : chaque page de son histoire porte l’empreinte de sa culture ; ses vestiges sont intacts, chaque période archéologique laissant des traces exhumées ou des édifices encore debout ; son environnement enclavé a préservé une culture originelle. La modernité y crée une crise – la jeunesse s’éloigne des traditions – mais aussi une opportunité : un patrimoine intact peut, grâce aux nouvelles technologies, être mieux documenté, étudié, et permettre un retour aux sources.
La culture chinoise privilégie la transmission. Des décennies d’impact modernisateur ont provoé une rupture générationnelle, mais aussi un réveil. Après la pandémie, les files d’attente devant les musées du Shanxi se sont allongées chaque jour – phénomène mondial, signe qu’il est temps de réfléchir à l’histoire et de plonger dans la richesse des traditions.
Le théâtre chinois n’est pas un art de cour, mais une création populaire. Les briques gravées exposées montrent des scènes de divertissement paysan : après les durs travaux saisonniers, les villageois chantaient et dansaient pour évacuer la fatigue physique et mentale. De ces jeux spontanés naquirent des troupes professionnelles, puis une spécialisation progressive – instruments, voix, chorégraphies, décors, scènes. Les cinq grands types de rôles du Jinju en sont l’aboutissement.
Comme dit le proverbe : « Les pierres d’autrui servent à polir le jade. » C’est dans le dialogue des cultures que l’on se connaît mieux. Nous avons choisi le théâtre car il évolue avec l’histoire, reflétant fidèlement la pensée ancienne, les structures sociales, les identités régionales. Sous des formes différentes, une même humanité s’exprime. À l’heure où technologie et culture se transforment à vive allure, ancrer la tradition permet de traverser les tempêtes – défi et chance pour toute civilisation.