Audrey Rochas - Mistress of Digital

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300 dirigeants qui ont accepté de se faire "claquer" volontairement.C'est le mot qu'ils utilisent eux-mêmes pour décrire...
25/09/2026

300 dirigeants qui ont accepté de se faire "claquer" volontairement.

C'est le mot qu'ils utilisent eux-mêmes pour décrire ce que la Convention des Entreprises pour le Climat leur a fait. Une "claque climatique". Pas un séminaire de sensibilisation. Pas un atelier RSE avec post-its et plantes vertes. Une confrontation directe avec les limites planétaires, conçue pour déstabiliser des gens qui n'ont pas l'habitude de l'être.

Cinq ans après, on fait les comptes.

Et ce qui frappe, c'est pas le nombre de participants. C'est le mot "changement de modèle" qui revient dans les témoignages. Pas "ajustement". Pas "optimisation". Modèle.

Ça change tout, non ?

Parce qu'on sait très bien faire de la performance dans un cadre donné. On excelle même à ça. Mais remettre en question le cadre lui-même (les fondements de ce qu'on produit, pour qui, comment, pourquoi) c'est une autre histoire. C'est là que la plupart des démarches de transformation s'arrêtent, enfin… pas toujours par mauvaise foi, mais passons.

On ne convainc pas ces dirigeants avec des rapports du GIEC. On les emmène voir. On leur crée une rupture cognitive suffisamment forte pour que le retour au statu quo devienne inconfortable. C'est de la désorientation productive, aurait dit quelqu'un de plus académique que moi.

Et après ?

C'est là que ça devient compliqué. Entre la claque et le changement de modèle, il y a tout un chemin : les équipes, les actionnaires, les habitudes organisationnelles profondément enkystées. La prise de conscience ne suffit jamais. Elle est nécessaire, pas suffisante.

Ce que la CEC a peut-être réussi à démontrer en cinq ans, c'est qu'on sous-estime systématiquement le pouvoir des expériences transformantes par rapport aux discours rationnels. Qu'on continue d'essayer de convaincre des têtes quand c'est les tripes qu'il faut embarquer.

On en fait quoi, de ça ?

On va partir d'un truc qui paraît banal.Un emballage.Pas n'importe lequel : celui que vous avez jeté ce matin sans y pen...
24/09/2026

On va partir d'un truc qui paraît banal.

Un emballage.

Pas n'importe lequel : celui que vous avez jeté ce matin sans y penser. Carton, plastique, film transparent. Geste automatique, presque invisible.

Sauf que cet emballage, là, il est en train de devenir un argument financier majeur dans les boardrooms.

Et c'est là que ça devient intéressant.

Pendant des années, la question de l'emballage durable est restée coincée dans le couloir RSE : bonne intention, budget contraint, peu d'audience en haut de la hiérarchie. On recyclait la communication autour, si j'ose dire.

Et puis les réformes réglementaires ont accéléré. Les coûts de conformité ont augmenté. Et voilà que le même sujet se retrouve en ordre du jour du COMEX.

Non pas parce que les dirigeants ont soudainement développé une conscience écologique aiguë (enfin… pas uniquement, mais passons), mais parce que le calcul a changé.

Réduire les emballages = réduire les coûts matières.
Anticiper la réglementation = éviter les pénalités.
Afficher une trajectoire crédible = sécuriser des investisseurs de plus en plus regardants.

On ne parle plus de planète. On parle de marges.

Et là, franchement, on ne va pas se mentir : c'est peut-être la seule façon de faire bouger des organisations à cette échelle. Pas l'idéal moral. Le levier économique.

Une fois que l'argument financier a ouvert la porte, est-ce qu'il suffit pour aller aussi loin qu'il le faudrait ? Ou est-ce qu'il fixe un plafond, celui de la rentabilité, au-delà duquel personne ne monte ?

Un emballage. Et toute une question de jusqu'où on est vraiment prêts à aller.

Septembre est bien avancé.Et avec lui, les agendas se sont remplis de conférences, de sommets, de "rendez-vous incontour...
23/09/2026

Septembre est bien avancé.

Et avec lui, les agendas se sont remplis de conférences, de sommets, de "rendez-vous incontournables" pour les professionnels de la RSE et de la transition écologique.

On va se dire la vérité deux secondes, juste pour appuyer là où ça fait mal et enfoncer un peu le clou.

Combien de fois êtes-vous rentré d'un événement comme ça avec des slides plein la tête, une pile de cartes de visite froissées dans la poche, et… une vague impression d'avoir surtout parlé de l'urgence sans vraiment rien décider ?

Et alors ?

Ce n'est pas un procès de ces événements. Certains créent de vraies connexions, font bouger des lignes, initient des coopérations qui n'auraient pas existé autrement. La rentrée 2026 en propose un bon lot, justement orientés sur la transformation des modèles économiques, la mitigation, l'adaptation.

Rien que ça.

Mais ce qui coince, c'est le format lui-même. On réunit des professionnels qui savent déjà. Qui sont déjà convaincus. Qui parlent à d'autres convaincus. Et on mesure le succès à la jauge de la salle.

Fionalement, on continue de renforcer les pratiques d'une communauté déjà constituée, pas d'en créer de nouvelles.

Et ça pose une question de fond : à qui ces événements ne s'adressent-ils pas encore ?

Parce que l'accélération de la crise climatique qu'évoque Novethic dans sa sélection, elle ne va pas attendre que les bons professionnels aient fini leur networking en septembre. Elle concerne aussi ceux qui ne sont jamais dans la salle.

Et si la prochaine transformation ambitieuse commençait par changer qui on invite à la table ?

Un communiqué de presse. Propre. Bien tourné. Plein de "engagements durables" et de "trajectoire bas-carbone". On l'a to...
22/09/2026

Un communiqué de presse. Propre. Bien tourné. Plein de "engagements durables" et de "trajectoire bas-carbone".

On l'a tous lu, ce communiqué. On a peut-être même acquiescé. Voire trouvé que l'organisation était qui l'avait publié était sur la bonne voie.

Sauf que derrière, il y a de plus en plus souvent... une IA. Rapide, fluente, convaincante. Et entraînée à produire exactement ce que l'audience veut entendre.

KPMG tire la sonnette d'alarme sur ce point précis : l'IA générative dans la communication RSE augmente mécaniquement le risque de greenwashing. Pas parce que les gens sont de mauvais bougres. Mais parce qu'un outil optimisé pour la fluidité n'est pas optimisé pour la vérité.

Et ça, c'est un problème structurel.

On ne va pas se mentir : la frontière entre "bien communiquer" et "surcommuniquer" a toujours été poreuse. Mais quand on ajoute à ça une machine capable de générer en 30 secondes un paragraphe qui sonne juste, sourcé, rassurant... la pente devient franchement glissante.

La question n'est pas "L'IA ment-elle ?", mais "Les organisations savent-elles encore faire la différence entre ce qu'elles font vraiment et ce qu'elles sont capables de faire dire à leurs outils ?"

Il y a un terme pour ça en psychologie sociale : la dissonance cognitive externalisée. On délègue la contradiction à la machine, et on n'a plus à la ressentir. Pratique. Terriblement pratique.

Le greenwashing par IA risque d'être beaucoup plus difficile à repérer que l'ancien. Plus homogène. Plus poli. Moins détectable par l'intuition. Et donc plus dangereux, pas pour la planète en premier lieu, mais pour la confiance. Cette chose fragile qu'on reconstruit depuis des années.

On en fait quoi ?

Une appli de livraison de courses. Des confettis numériques. Une fête.Et des milliers de gens qui ont joué. Vraiment jou...
21/09/2026

Une appli de livraison de courses. Des confettis numériques. Une fête.

Et des milliers de gens qui ont joué. Vraiment joué.

Blinkit a transformé un moment festif banal ("Bonne fête, voici votre promo") en quelque chose que les gens ont eu envie de partager, de recommencer, de montrer à quelqu'un d'autre. Pas grand chose, objectivement. Quelques mécaniques bien placées, un habillage saisonnier, et hop.

Mais qu'est-ce qui s'est passé exactement ?

On ne va pas se mentir : la plupart des marques qui "font de la gamification" pendant les fêtes, c'est une roue qui tourne et un code promo à la clé. Ça ressemble à du jeu. Ça ne l'est pas.

Ce que Blinkit a compris, c'est que l'engagement ne vient pas de la récompense. Il vient du moment juste avant. L'anticipation, le geste, la micro-décision. C'est là que quelque chose se passe dans le cerveau, et c'est là que le design doit travailler.

Et alors ?

Ce n'est pas l'exploit technologique qui est intéressant ici. C'est que cette interaction festive a été pensée comme une expérience à part entière, avec un début, une tension, et une résolution. Pas comme un tunnel de conversion déguisé en jeu. La nuance est énorme, et pourtant elle se voit à peine depuis l'extérieur.

Il une question : combien d'organisations ont des moments festifs, saisonniers, cycliques, et les traitent encore comme des occasions de pousser une offre plutôt que de créer quelque chose dont on se souvient ?

La Tour Eiffel fermée à cause de la chaleur. Ce n'est pas un scénario de film catastrophe., mais la réalité en juin 2026...
18/09/2026

La Tour Eiffel fermée à cause de la chaleur. Ce n'est pas un scénario de film catastrophe., mais la réalité en juin 2026.

Le pays qui accueille le plus de touristes au monde commence à ne plus pouvoir ouvrir ses propres monuments. Pas à cause d'un manque de budget, ni même d'une grève. Non, à cause de la météo.

On en fait quoi ?

Parce que derrière l'image, il y a des chiffres. Des réservations annulées, des saisons qui se décalent, des territoires qui misaient tout sur "l'attractivité" et qui découvrent que l'attractivité, ça se régule aussi avec un thermomètre.

Il y a quelque chose de presque ironique dans le fait que la France soit numéro un mondial du tourisme au moment précis où le climat commence à rendre cette position… fragile. Quoique... "fragile"... c'est peut-être encore trop doux.

Pendant des années on a traité le changement climatique comme un risque futur, lointain, gérable. Un truc à mettre dans les rapports RSE à la page 47.

Et puis la Tour Eiffel ferme ses portes.
Pas dans dix ans. Aujourd'hui.

Ce moment-là mérite qu'on s'y arrête. Pas pour faire peur, mais parce que c'est le type de signal concret qui devrait changer la façon dont on construit des stratégies, des offres, des promesses. Le risque climatique n'est plus un risque de réputation. C'est un risque opérationnel, direct, immédiat.

Et nous voilà avec une question qui dépasse largement le tourisme : combien de modèles économiques reposent encore sur l'hypothèse implicite que les conditions de base, température, accès, confort, restent stables ?

Pas beaucoup, finalement, ne reposent pas dessus.

Quelqu'un m'a montré un plateau de jeu la semaine dernière. Des dés, des cartes scénarios, des équipes qui se regardent ...
17/09/2026

Quelqu'un m'a montré un plateau de jeu la semaine dernière. Des dés, des cartes scénarios, des équipes qui se regardent en chiens de faïence avant de décider quoi faire.

C'était une simulation de crise cybersécurité.

Pas une formation PowerPoint de trois heures. Pas un quiz en ligne avec un certificat à la clé. Un vrai jeu de table, avec des rôles, des enjeux fictifs et une pression qui, visiblement, ne l'était pas tant que ça.

Et j'ai pensé à tous ces audits de conformité que des équipes traversent chaque année comme on traverse un couloir : la tête baissée, le plus vite possible.

On en fait quoi, de toutes ces obligations réglementaires si personne n'y croit vraiment ?

C'est là où ça devient intéressant. Mettre des dés sur la table ne change pas les règles de la cybersécurité. Ça change la relation qu'on entretient avec elles. On passe de "je dois comprendre une procédure" à "on doit résoudre un problème ensemble, maintenant, avec ce qu'on a." Le glissement est subtil. Les effets, beaucoup moins.

Reckwitz parlerait de transformation des pratiques. On ne réforme pas les comportements par l'injonction, mais par la reconfiguration du contexte dans lequel ils s'exercent.

Enfin, dit autrement : les gens n'apprennent pas mieux parce qu'on leur demande d'apprendre mieux. Ils apprennent mieux quand la situation les y engage vraiment.

La cybersécurité est sans doute l'un des terrains les plus ingrats pour ça. Abstraite, anxiogène, perçue comme l'affaire des seuls "tech." Et pourtant c'est un domaine où l'erreur humaine reste le vecteur numéro un.

Alors la vraie question n'est pas "comment rendre la conformité moins ennuyeuse."

C'est : à partir de quel niveau d'engagement réel une équipe est-elle effectivement prête à réagir ?

Shein vient de choisir Hong Kong pour son introduction en bourse.Après les échecs à New York. Après les portes fermées à...
16/09/2026

Shein vient de choisir Hong Kong pour son introduction en bourse.

Après les échecs à New York. Après les portes fermées à Londres. Hong Kong, donc.

Et officiellement, les fonds levés serviront à "développer la technologie". Rien que ça.

On ne va pas se mentir : quand une marque ultra-fast fashion annonce vouloir "développer la technologie" juste après s'être fait recaler deux fois pour des questions de transparence et de droits humains... on peut légitimement se demander de quelle technologie on parle exactement.

Mais ce qui m'a arrêtée dans cet article, c'est autre chose.

En Allemagne, Shein fait face à des accusations de greenwashing sur ses allégations de neutralité carbone. Pas une petite critique de blog, une mise en cause juridique formelle. Parce qu'à un moment, dire "on est neutre en carbone" quand on produit des milliers de nouveaux modèles par jour, ça finit par interroger quelqu'un.

Et voilà où on en est.

La promesse verte est devenue une stratégie de marché comme une autre. On l'habille, on la calibre, on la teste. Et quand le marché occidental se ferme, on change de place boursière. Pas de modèle. Juste de place.

Ce que ça dit, au fond ?

Que l'accountability sans contrainte, ça reste du volontariat. Et le volontariat en matière climatique, on commence à avoir le recul suffisant pour savoir ce que ça produit.

La vraie question n'est pas "Shein est-elle sincère ?". C'est : quels mécanismes permettent réellement de distinguer un engagement d'une opération de communication ?

On n'a pas encore tranché.

Vous avez déjà attendu minuit pour débloquer votre Wordle du lendemain ?Moi aussi. Et c'est là que quelque chose cloche....
15/09/2026

Vous avez déjà attendu minuit pour débloquer votre Wordle du lendemain ?

Moi aussi. Et c'est là que quelque chose cloche.

On croit jouer parce qu'on aime le jeu. Mais on revient parce que le jeu a été conçu exactement pour ça. Une seule grille par jour, tout le monde la même, impossible d'en faire plus. C'est la rareté artificielle comme moteur d'attachement.

Et alors ?

Ce n'est pas un hasard. C'est un choix de design. La contrainte "un puzzle par jour" fait deux choses en même temps : elle crée de l'anticipation (le manque agréable) et elle fabrique un rituel. Pas une habitude passive. Un rendez-vous actif qu'on se donne à soi-même.

LinkedIn a repris la même mécanique avec ses petits puzzles quotidiens. LinkedIn, la plateforme que tout le monde dit détester et sur laquelle tout le monde revient quand même. A croire que le badge de streak fait mieux que trois newsletters "comment scaler votre personal brand".

Ce qui est intéressant, ce n'est pas la récompense. C'est l'architecture de l'absence.

On ne peut pas binger. On ne peut pas "finir" le jeu. On revient parce qu'il y a quelque chose à retrouver demain, pas à accumuler aujourd'hui. C'est exactement l'inverse de la logique de la plateforme classique qui cherche à maximiser le temps passé.

Et on en fait quoi, nous, quand on conçoit des dispositifs d'engagement ?

Souvent, on empile. Plus de contenus, plus de badges, plus de niveaux, plus de points. On pense que l'engagement, ça se dose comme un médicament : augmenter la quantité pour augmenter l'effet.

Wordle dit le contraire. Moins souvent, c'est plus puissant. La régularité bat l'intensité.

Ce que ça interroge vraiment : est-ce qu'on sait encore concevoir des expériences pour lesquelles les gens ont envie de revenir librement, plutôt que des systèmes qui les y poussent sans qu'ils s'en rendent compte ?

La nuance est fine. Mais elle change tout.

Un poste dans le COMEX. Juste pour la résilience climatique.C'est la proposition du Cercle de Giverny, sortie cet été, a...
14/09/2026

Un poste dans le COMEX. Juste pour la résilience climatique.

C'est la proposition du Cercle de Giverny, sortie cet été, après les vagues de chaleur et les sécheresses à répétition de 2026. Un "Chief Resilience Officer" dans les entreprises critiques. Rien que ça.

Et la première réaction, on va pas se mentir, c'est : encore un titre en anglais pour habiller un problème qu'on ne sait pas vraiment adresser ?

Peut-être. Mais...

Il y a quelque chose de plus intéressant derrière cette proposition que le titre lui-même. Ce qu'on est en train de dire, concrètement, c'est que la résilience écologique ne peut plus rester dans un rapport RSE que personne ne lit, ni dans les slides d'une direction développement durable qui galère à avoir du budget.

On la met dans la salle de décision. On lui donne un siège. Et là, la question qui se pose tout de suite : est-ce qu'un titre change vraiment quelque chose ?

La réponse honnête, c'est : ça dépend entièrement de ce qu'on met dedans. Parce qu'on a déjà vu ce mouvement avec les Chief Happiness Officers, les Chief Purpose Officers... des fonctions qui ont parfois changé les cultures d'entreprise en profondeur, et parfois servi surtout de signal marketing.

Ce qui transforme réellement les organisations, ce ne sont pas les positions officielles, mais les pratiques qui s'y ancrent, les routines, les arbitrages quotidiens. Alors un CRO qui assiste aux réunions sans pouvoir bloquer un projet d'expansion climatiquement absurde... on en fait quoi ?

La proposition du Cercle de Giverny est un signal. Fort. Et il mérite mieux que d'être traité comme une case à cocher dans une stratégie de communication. L'été 2026 a été concret. Très concret. Les décisions, elles, restent encore largement abstraites.

La vraie question n'est pas "Faut-il ce poste ?". C'est : "A qui ce poste va-t-il réellement rendre des comptes ?"

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