24/02/2021
Chers amis,
Je vous partage un autre article que j'ai eu la joie d'écrire pour Holistik Magazine au sujet de la dualité, particulièrement d'actualité...
De la dualité à l’unité – Le chemin vers la complétude
Nombreuses traditions partagent l’idée que la Source, l’Énergie, le Divin sont UN, double par essence et triple en manifestation. Ainsi, de l’unité jaillit la dualité, en énergétique chinoise on parle du yin et du yang, l’un étant le miroir de l’autre, aussi bien opposés que complémentaires. Et cette dualité fondée sur les polarités yin/yang, souvent symbolisées par l’ombre et la lumière, le négatif et le positif, la matière et l’esprit, le féminin et le masculin, engendre le trois, c’est-à-dire la neutralité qui permet d’établir un rapport entre elles.
Lao Tseu, dans le Tao Te King - Livre de la voie et de la vertu, affirme que « le Tao est Un, le Un produit le Deux, le Deux produit le Trois, Trois produit les Dix mille Êtres », c’est-à-dire la totalité de l’Univers manifesté et non manifesté.
Nous sommes des Êtres spirituels venus expérimenter une vie terrestre régie par une matrice de dualités. Bien que nous soyons toutes et tous originaires de la même Source, de l’Unité, la perception que nous avons de notre réalité spatio-temporelle nous plonge dans le voile de l’illusion que nous sommes séparés, divisés, déconnectés de la Source, totalement dépendants du matériel et soumis aux exigences de notre ego.
Notre chemin d’éveil consiste notamment à :
- retrouver la Conscience de notre Unité en soulevant ce voile de l’illusion,
- mettre avec justesse notre ego au service de notre « mission d’âme » afin que la relation entre notre moi social et notre moi profond soit la plus équitable et harmonieuse possible,
- unir notre part féminine et notre part masculine toutes deux sacrées,
- rétablir l’équilibre entre nos polarités pour atteindre la complétude.
Le défi est souvent de taille tant les contrastes en soi peuvent être saisissants voire même parfois effrayants. Il convient alors de concilier les contraires dans le but de les unir par le pouvoir de leur complémentarité et non de leur opposition.
Dès notre enfance, nous sommes conditionnés par une approche manichéenne, le bien contre/ou le mal, le bon contre/ou le mauvais, les gentils contre/ou les méchants, la lumière contre/ou les ténèbres. Tout l’un ou tout l’autre. Et si le « contre/ou » n’était que le reflet du « et/avec » ? Le monde s’appréhenderait-il uniquement en mode binaire ? Entre le tout noir et le tout blanc, n’existerait-il pas au moins « cinquante nuances de gris ?! », l’être humain étant si complexe et évolutif.
Et quid du côté obscur de la force ? Ne serions-nous pas tous concernés par celui-ci ? La nécessité de construire notre moi social génère des interdits, des inhibitions : répressions et refoulements accumulés au fil des années dans l’espoir d’être acceptés par nos parents en premier lieu. Cette énergie psychique compressée, vivante et active engendre la création de zones d’ombre. Certaines sont des ombres blanches lesquelles représentent tout notre potentiel non exploité et d’autres sont des ombres noires, le fruit d’interdits sévères, de sentiments, d’émotions, de pensées voire de comportements à bannir et qui peuvent déclencher à terme des réactions incontrôlées donnant l’impression d’être en proie à une force extérieure, provoquer un sentiment de tiraillement, de conflit intérieur, un morcellement de la personnalité, une source de profond mal-être.
S’acharner, lutter contre quelque chose nourrit cette même chose, décuple les résistances et pompe une énergie colossale. Alors que faire ?
Dans un premier temps, il est nécessaire d’entreprendre un travail personnel de connaissance de soi, de conscientisation puis d’acceptation afin de réintégrer toutes les parties de soi. Certaines sont conscientes, visibles, pleinement éclairées et autorisées, d’autres sont enfouies au plus profond de soi, certaines sont inexplorées, inconscientes, inconnues… refoulées. C’est en cherchant à faire la lumière sur nos zones d’ombre avec l’objectif de les « embrasser » que nous accédons à la possibilité d’atteindre la totalité de notre Être. Selon Carl Gustav Jung, « l’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. […] La clarté ne nait pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. […] Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection, mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression ni ascension. […] Mettre l’homme en face de son ombre cela veut dire aussi lui montrer sa lumière. Il sait que l’ombre et la lumière font le monde… S’il voit en même temps son ombre et sa lumière, il se voit des deux côtés et ainsi il accède à son milieu. » Jung nous invite à toujours rechercher notre point d’équilibre entre notre ego-idéal et notre ombre pour composer notre palette psycho-émotionnelle de toutes nos nuances et tonalités afin de j***r pleinement de la richesse et de la diversité de notre Être.
Nonobstant, il convient de maintenir une vigilance accrue sur trois aspects :
1/ Ne pas nous identifier à notre ego-idéal en excluant notre ombre.
Lorsque l’on a tendance à être perfectionniste, une attention particulière sur ce point est nécessaire car la tension psychique constante déployée pour être « parfaits » peut épuiser, déclencher des obsessions, des peurs, une psychorigidité, des écarts sur le plan moral suivis de culpabilité, de blessure d’estime de soi, etc.
2/ Nous identifier exclusivement à notre ombre.
Consentir à devenir notre ombre nous condamne à vivre sous la coupe de nos désirs, à obéir à nos pulsions, à adopter des comportements déviants, infantiles, inadaptés à la vie en société, à devenir l’esclave de ce que l’anthroposophe Rudolf Steiner nomme le double.
La symbolique de la fête de Saint-Michel, l’archange terrassant le dragon, met également parfaitement en lumière cette quête de dominer nos démons, de surmonter nos peurs, de maitriser nos bas instincts et de faire triompher les hautes valeurs morales en restant, par notre volonté, toujours focalisés sur l’élévation de notre conscience éveillée et de notre qualité vibratoire.
3/ Nous identifier successivement à notre ego-idéal et à notre ombre.
Mener une double vie illustre concrètement ce point. Le défoulement laisse place au refoulement et ainsi de suite.
Pour éviter de tomber dans ces pièges, selon Jung, le Soi joue un rôle prépondérant d’harmonisation entre l’ego-idéal et l’ombre.
Nombre d’outils sont à notre disposition pour apprivoiser notre ombre. Le questionnement sur les sujets de conversation que nous avons tendance à éviter, sur ce qui nous déplait, nous procure un sentiment de honte, de gêne, d’attraction-répulsion, sur ce qui nous rend nerveux, hypersensibles, susceptibles, complexés. Nous pouvons également analyser nos rêves, rêveries, fantasmes, ruminations intérieures, états d’âme. Examiner notre relation à l’humour peut également être une source d’indices. Enfin, les projections que nous faisons sur autrui sont de véritables coups de projecteur sur notre propre ombre.
Accepter d’explorer tous les recoins de notre Être demande du courage et nécessite de nous reconnecter à nos émotions, de poser un regard bienveillant et compassionnel envers toutes les facettes de soi, de (ré)apprendre à les apprivoiser, à les réintégrer et idéalement à les aimer.
Le chemin de la complétude passe par plusieurs étapes dont l’acceptation de notre passé avec résilience, la pleine conscience de notre instant présent, la foi en notre avenir, l’autorisation à être parfaits de nos imperfections, la conciliation de nos dualités, la confiance en notre sagesse intérieure.
Pour atteindre l’Unité, choisissons tous ensemble la même voie d’accès rapide que nous offre la plus vibrante énergie de l’Univers qu’est l’Amour.
Des ténèbres jaillit la Lumière…
Candice Gatti