08/10/2019
"La simplicité est la sophistication suprême" Léonard de Vinci
Cette « maxime » ou réflexion prêtée à Léonard de Vinci résonne de façon puissante aujourd’hui où la complexité est devenue l’évènement majeur, l’expérience dominante de nos existences. A un monde bipolaire s’est substitué un monde multipolaire et cela suffit à rendre la compréhension de notre environnement moins aisé. Les évolutions technologiques et sociétales semblent, par ailleurs, s’être accélérées, rendant tout savoir caduque et toute certitude incohérente. Et cette complexité, dans nos métiers de communicants, nous avons souvent affaire à elle ! Générant LA grande question : comment faire simple ? Et là, Léonard nous dit : soyez sophistiqués ! Totalement contre-intuitif ! Dans un monde où, tout au contraire, on nous vend l’évidence, l’accès rapide, que vient faire la sophistication ?
Comment comprendre alors cette phrase ? Arrêtons-nous d’abord un instant sur la simplicité. Et sur la simplification. Car nous les confondons souvent. Or, simplifier est en effet souvent une réduction. Plutôt que d’essayer de rendre simple les choses en utilisant des instruments comme la science ou le langage, nous les réduisons à ce qui est facile. Ce faisant, nous ôtons la partie délicate, difficile et – comme on dit – nous allons à l’essentiel. Ce qui revient à dénaturer les choses.
Ce que semble nous dire Léonard, c’est que plutôt que de suivre cette pente de la facilité et de la réduction, il convient au contraire non pas d’utiliser la réduction mais de passer par la sophistication, d’aller chercher au fond de la complexité, d’explorer les moindres recoins, d’en analyser les moindres vicissitudes par un travail long, acharné et – disons-le – complexe, pour atteindre à la simplicité.
Nous voici donc tout galvanisés et heureux de nous dire qu’il convient pour atteindre à la simplicité d’avoir une démarche profonde et engageante : un plus pour l’ego du communicant dont c’est aussi le métier que de chercher par un travail long et fastidieux à rendre les choses accessibles et compréhensibles, donc souvent – pas toujours – plus simples.
Cette réassurance égotique serait toutefois prématurée et surtout anhistorique. Car en me replongeant dans ma « bible » personnelle qu’est le Dictionnaire culturel en langue française, je m’aperçois que sophistication est plutôt synonyme d’artificiel, d’une préciosité dans la forme, voire d’une volonté de tromper. Et que le terme positif n’est que très récent, et encore : surtout dans le monde anglo-saxon.
Par conséquent, Léonard, homme de la Renaissance devait penser qu’en effet la sophistication était une tentative de berner, ce qui implique une autre lecture de sa maxime. Ainsi la simplicité serait le produit d’une élaboration frauduleuse particulièrement bien réussie. Une chose simple serait ainsi probablement la résultante d’un travail pour la rendre « simple » et « dissimuler » quelque chose de plus complexe.
Ainsi donc, la sophistication, qui vient de sophisme – l’art de tromper par un raisonnement qui semble juste –, suprême serait une tromperie magnifique. L’ego du communicant vient d’en prendre un coup…
Voyons toutefois les choses positivement : pour parvenir à la sophistication, il n’y a que le travail. Donc, même si nous pouvons, dans nos tentatives de rendre simple, dénaturer ou omettre des choses, nous le faisons avec de l’exigence et de l’investissement. Et gageons que la plupart d’entre nous s’efforce de le faire avec honnêteté sans volonté de nuire.
Toutefois il faut en tirer quelques leçons : il n’est peut-être pas toujours nécessaire, utile ou efficace de vouloir être simple. Accepter un peu de complexité et ce que cela suppose d’argumentation et de démonstration ne nuit pas. A l’inverse, ne cédons pas aux sirènes de la sophistication et à la tentation de produire du vide pour autant qu’il soit beau !
Mais surtout la simplicité doit toujours nous interpeller : une solution évidente, un concept immédiatement tangible doivent être passés au crible de l’esprit critique. Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à cette solution ou ce concept, mais qu’il faut être être certains qu'il n'est pas le résultat d'une sophistication trompeuse.
Et faute de sophistication suprême, je retiens cette leçon suprême : les mots ont bien des sens, au-delà du sens commun, et il est parfois utile de les revisiter. sans mon dico