12/06/2026
La lenteur française
Ce qui, en France, frappe la plupart des personnes venant d’autres pays pour travailler en entreprise, ou en créer, est… la lenteur paradoxale.
Ceux qui sont ici depuis « longtemps », observent que « les choses allaient beaucoup plus vite » il y a trente ans qu’aujourd’hui alors que pendant ce temps les formidables avancées technologiques ont permis de raccourcir de façon exponentielle les échanges d’information, la communication, la production …
Plus l’information se partage vite et bien, plus il faut de temps pour réaliser les projets et obtenir des résultats concrets.
La France est lente, et pourtant nombre de personnes sont « speed ».
• On y parle de « pressions », « stress », destruction de l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle ; on y conduit vite, souvent en ne respectant pas les limites de vitesse, Marseille est à trois heures de Paris, Lille à une heure, Bruxelles à une heure trente…
• Dans le secteur de la construction, il faut en général plus de 18 mois entre l’instant où un projet est lancé et le premier coup de pioche.
Quelles sont les sources de lenteur ?
• Au premier chef, la France est lente parce que son administration est lente. L’administration fixe le rythme général et cela d’autant qu’elle est sur tous les chemins, à tous les croisements.
• Au second chef la France est lente parce que les Grandes Entreprises, les ETI et les grosses PME sont lentes.
• La lenteur française fait mourir l’économie française, et il y a là un second paradoxe : Le dynamisme français des idées et toujours là. C’est la réalisation qui est lente au point que beaucoup d’idées n’arrivent pas à terme, ou alors s’expatrient.
• Les réformes nécessaires en France prennent des années. Celles concernant « la simplification » des procédures administratives sont les plus lentes et débouchent systématiquement sur de nouvelles complexités.
• La France est le pays des délais. On n’y réfléchit pas autrement que par rapport aux délais conventionnels, habituels ou légaux. "C’est comme ça".
• L’administration donne des délais courts à ses usagers pour remplir les « formalités » et « obligations », mais se donne des délais de réponse importants. En France, il y a les délais de convenance, les délais de rétractation, les délais de prévenance, les délais de carence, les délais de paiement, les délais de livraison, de prescription, d’attente, de réflexion, d’appel, et 47 autres dont je vous fais grâce …
Il faut aujourd’hui plus de temps pour obtenir les services d’un plombier qu’il n’en fallait il y a 15 ans. C’est vrai aussi pour les mammographies (en moyenne 6 mois d’attente), et dans la plupart des villes les consultations en ophtalmologie, ou en cardiologie et autres spécialités médicales.
La France est lente et s’en accomode.
• On y trouve des processus budgétaires en entreprise étalés sur 4 à 6 mois. Des réunions de Comités d’Entreprises qui durent de 1 à 5 jours. Des délais de plus de deux semaines pour trouver un « créneau » de rendez-vous ou de réunion, dans beaucoup d’agendas, des temps de procédures judiciaires records, et pendant ce temps-là on reçoit jusqu’à plusieurs dizaines de mails, parfois plus d’une centaine par jour (sans compter les « spams »), des SMS, des appels…
• Les temps de décision se sont allongés, outre celles qui une fois prises ne sont pas appliquées, ou le sont avec une exubérante lenteur, comme ces lois qui ne voient pas avant longtemps leur décret d’application être publié.
• Et puis, il y a les ralentisseurs chroniques : les grèves, les menaces de grèves (que l’on appelle préavis), les vacances, les jours fériés, les ponts, sans parler, des manifestations, des livreurs qui bloquent la circulation (ils bossent disent-ils), des travaux qui n’en finissent pas et créent des bouchons, planifiés de telle sorte que l’on se demande s’il n’y a pas des petits malins dans les mairies et autres organismes planificateurs dont le seul but est de rendre impossible la circulation.
La France est lente et, en outre, ralentit chaque année un peu plus vite ...
• Les réunions durent en moyenne une heure, avec leur fameux re**rd à l’allumage dû aux re**rdataires qui souvent étaient coincés dans une réunion antérieure s’étant prolongée.
La France est lente et s’en flatte.
• On a une fois pour toutes damné la « productivité », l’associant au stakhanovisme, et on se vante malgré tout d’être parmi les pays les plus productifs d’Europe. Le mythe est solide ! Que de cocoricos sur cette désinformation, tenant au simple fait que l’on divise le PIB (comprenant la rentabilité du capital) par le nombre d’heures travaillées. En fait dans cette logique, plus il y a de chômeurs, de vacances et de grèves plus la productivité augmente. (Mais le PIB stagne puis diminue)
Qu’en est-il dans votre environnement ?
Vous arrive-t-il de penser que « pas mal de choses pourraient aller plus vite » ? Probablement. Et vous avez raison…
La première chose à faire est d’identifier les « sources de lenteur ». Quelques-unes sont hélas impossibles à tarir. Ce sont celles dictées par la loi et ses « codes », les règlements en vigueur. Beaucoup de sources restent tarissables et en voici quelques exemples :
• Les temps de réunion, le nombre de réunions, la non-qualité des réunions
• Les processus internes complexes, ambigus
• Le fonctionnement en silo
• La multiplication des niveaux hiérarchiques
• La centralisation des décisions
• La procrastination
• Le fonctionnement en irréprochabilité
• La déconsidération de l’enthousiasme
• Le pouvoir de dire non plus large que le pouvoir de dire oui
• La communication implicite
• Le fonctionnement en « limite-préjugé » par lequel on assassine les idées nouvelles, les projets innovants
• Le saupoudrage des responsabilités
• Le fonctionnement en logique d’activité (par lequel l’action prime sur le résultat)
• L’imprécision, le manque de qualité qui fait refaire ce qui aurait dû être bien fait d’entrée
• Les guéguerres internes, les luttes de pouvoir, la hiérarchie imbécile et prétentieuse
• Le goût pour les discussions et les questions futiles
• La pratique des « délais coussins » par laquelle on promet pour dans huit jours ce que l’on sait pouvoir délivrer en quatre jours
• La faiblesse de concentration au travail, et de discipline d’exécution
• La paresse sociale* (pas la flemme, juste son apparition spontanée dans les corps sociaux où les efforts individuels ne sont pas reconnus)
• La masse d’informations inutiles en circulation
• L’absence de temps restant pour réfléchir à « comment faire plus vite et mieux »
Casser la "dynamique" de la lenteur est une ambition aussi salutaire que légitime.
Si le sujet vous parle, la méthode "au lieu d'essayer de gagner du temps arrêtez d'en perdre" est disponible sur simple demande pour la modique somme de 60 euros TTC.
Bien cordialement,
Gdc
* Pour la paresse sociale, voir les travaux de Maximilien Ringelmann et suivants