16/01/2026
Voici une icône classique de la Vierge à l'Enfant. L'oklad est réalisé par Nicolas Strulev, un maître orfèvre russe du XIXe siècle. Son sujet est classique mais une particularité devrait attirer votre regard : la Vierge possède une plaie sur la joue gauche, il s’agit d’une représentation rare.
Après plusieurs recherches, nous avons trouvé quelques pistes. Il s’agit d’une représentation de la Vierge dite Iverskaia. Ce type d’icône est particulièrement célèbre en Russie en raison de la légende liée à son origine, laquelle remonte à la période de l’iconoclasme byzantin, aux VIIIᵉ et IXᵉ siècles.
À cette époque, de nombreuses images sacrées furent détruites lors des persécutions menées contre le culte des icônes. Selon la tradition, un soldat iconoclaste aurait tenté de profaner une représentation de la Vierge en la frappant à la joue à l’aide d’un poignard ou d’une lance. À la suite, un miracle se serait produit : du sang aurait jailli de la blessure. Bouleversé, le soldat se serait repenti. Afin de préserver l’icône, celle-ci aurait ensuite été jetée à la mer, avant de réapparaître miraculeusement, ce qui lui valut le surnom de Vierge de l’Égide, « celle qui est apparue ».
Cet épisode explique la spécificité iconographique de la Panagia Portaitissa, reconnaissable à la marque de la blessure et aux filets de sang visibles sur la joue de la Vierge. Bien que l’icône originale soit aujourd’hui conservée au monastère d’Iviron, sur le mont Athos, cette représentation connut une diffusion considérable en Russie, où elle est connue sous le nom de Vierge Iverskaia. De nombreuses copies furent réalisées, mais dans un milieu restreint lié à la tradition orthodoxe.
Sur le plan symbolique, cette blessure renvoie d’abord au mystère de l’Incarnation. Elle rappelle que la Vierge et le Christ, bien que figures divines, partagent une nature humaine faite de chair et de sang. Elle incarne également le courage et l’endurance du sacré face aux persécutions, témoignant de la puissance spirituelle accordée aux icônes à travers l’histoire.
La présence de la plaie sur la joue de la Vierge relève donc d’un choix iconographique chargé de sens.