20/11/2017
La place du corps selon le Yoga et l’Ayurvéda
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La sagesse de l’Inde traditionnelle (prajňa) affirme que le corps au sens large (sharira) est le véhicule de l’âme (ātma). La substance psycho-physique a donc une grande place dans le Hatha Yoga et nous verrons pourquoi.
1- Corps – âme et esprit
Si l’on reprend brièvement l’étymologie du mot Yoga, on s’aperçoit que sa racine « Yuj » signifie joindre, atteler ensemble. Il est ainsi question de joindre le corps et l’esprit.
Le mot esprit peut recouvrir de nombreuses significations. Le Yoga considère que les facultés qui siègent dans l’esprit, telles les fonctions mentales (manas), doivent être en congruence avec le corps, pour que l’âme puisse se révéler.
2- Corps – maturation intérieure et développement spirituel
Nous trouvons en Inde, dans la vision Védique (Samkhya), l’idée que le cheminement intérieur est davantage corrélé aux soins que l’on apporte au corps physique, que le détachement de celui-ci.
Selon la pensée bouddhiste (née en Inde), l’existence dans un corps humain offre la perspective de l’éveil. En tant que véhicule de conscience, ce dernier est le lieu de toutes les expériences incarnées. L’éveil (Samādhi), qui est le point d’aboutissement de l’existence terrestre, est entendu comme : « s’éveiller à sa nature profonde ».
La médecine Ayurvédique, qui est la science de la vie, précise que pour que la conscience humaine puisse évoluer dans un corps, il faut du temps. Le fait de maintenir ce corps en bonne santé le plus longtemps possible rendrait envisageable la maturation nécessaire au développement intérieur ou spirituel. Il existerait une corrélation entre santé et sainteté.
Selon une citation Indienne, ce que l’on n’apprend pas par la sagesse, nous l’apprenons par la souffrance. Par l’hygiène de vie que préconise l’Ayurvéda en fonction des tempéraments individuels et la discipline du Yoga incluant la pratique corporelle et la méditation, les souffrances physique et psychiques sont limitées ou retardées et la sagesse peut se développer (Patanjali : Yoga sutra 2-40).
3- Corps – mental et méditation
En Inde, la connaissance (vidya) est la capacité de voir clairement les choses telles qu’elles sont. Pour ce faire, la méditation Vipassana est cohérente avec le 6ème principe que l’on retrouve dans les Ashtangas de l’auteur des Yoga Sutra : dharāna. Cette pratique consiste à porter son attention d’une façon continue, sur le même objet, et d’y demeurer suffisamment longtemps sans qu’il y ait d’intrusion des pensées. Il s’agit de voir les choses telles qu’elles sont sans y rajouter une construction mentale. Cette façon d’être en lien avec l’objet de concentration : un regard neutre, dépouillé de tout jugement, assure un retour à l’essentiel et revient à une forme d’hygiène psychologique : pas de surimposition de son interprétation mentale, sinon, c'est la rumination.
4- Corps – concentration et désidentification
L’expérience posturale, outre ses effets bénéfiques sur le corps, est un prétexte pour observer les sensations qui s'y manifestent : lourdeur ou légèreté, densité ou espace, mobilité interne ou fixité, etc. … La contemplation de ce support qu’est le corps ramène à l’instant présent et à une forme de réintégration de toutes ses composantes : physique, énergétique, émotionelle et mentale. La conscience qui observe se désidentifie ensuite peu à peu de ce qu’elle considère comme fluctuant (le corps évolue, nos énergies, émotions et pensées évoluent) pour s’intéresser à « cela » qui observe. Il s’ensuit une libération de ce corps global.
5- Corps et réalisation ultime
Les maitres de sagesse ont conclus que ce qui n’est pas stable, durable dans le temps, ne peut pas être vrai (maya) et que la seule réalité est la conscience pure, intemporelle (purusha). On pourrait voir un paradoxe entre tenir compte de ce corps pour en prendre soin et de le délaisser car une autre réalité plus ultime attend le chercheur de vérité ; Ātma : ce que les Chrétiens appellent Dieu.
En réalité et en conclusion, la vision Indienne prend appui sur le corps et les souffrances qu'il expérimente pour les atténuer et les comprendre, en vue de fusionnner avec le divin, qui est sa nature ultime, in fine.
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