06/04/2021
Depuis janvier 2020, nous vivons sous le régime du Covid qui nous perturbe, mais nous en apprend beaucoup sur nous et nos modes de vie (voir éditos précédents). Aujourd’hui, une accalmie est en vue avec la vaccination, mais le virus restera présent et pourrait muter encore.
Nos forces vives médicales ont été et sont mises à rude épreuve dans un contexte de système médical, administratif et technique, globalement à revoir bien au-delà du Ségur de la Santé. Ne l’oublions pas dans quelques mois…
Etre en responsabilité de l’Etat français n’est pas une sinécure en ces temps perturbés par des situations jamais vécues chez nous. Chez nous, car ailleurs, elles ont été vécues (SARS, H1N1) notamment par les pays de l’Asie et Pacifique ouest. Ces pays dont on nous parle très peu et qui n’ont pas les taux de mortalité, les baisses de PNB, les dépenses publiques que nous avons en Europe car ils savent tester ET isoler alors que ce sont des démocraties (Japon, Corée du Sud, Taiwan, Australie, Nouvelle-Zélande) avec autant de libertés chéries que chez nous.
Prenons le cas de Taiwan endeuillée ce 2 avril par une catastrophe ferroviaire qui a causé la mort de 51 personnes, soit 5 fois plus que le Covid en un an ! Oui, 5 fois plus !!! Que 10 morts Covid à Taiwan pour 23,5 millions d’habitants à comparer à nos 97.000 morts en France pour 67 millions d’habitants, soit 3.400 fois plus de morts !!! Chaque jour Covid en France, nous avons l’équivalent d’une catastrophe aérienne en nombre de morts (220). Cela pose de vraies questions de fond sur l’anticipation, l’organisation, l’apprentissage des « vagues » et des méthodes de nos amis asiatiques, mais surtout sur la responsabilité et l’éthique.
Depuis le scandale du sang contaminé, on sait qu’en France « on est responsable, mais pas coupable ». Et on ne trouve jamais les responsables administratifs ou politiques car la responsabilité est diluée entre ministères et services avec multiples signatures. Lire ou relire à ce propos « le temps des responsables » d’Alain Etchegoyen, publié en 1993.
Pouvoir et responsabilité vont de paire et ne peuvent être dissociés ou partagés. Chacun de nous a le pouvoir et la responsabilité de sa personne et s’il respecte les règles de vie en société, il contribue à la responsabilité collective que nous construisons et partageons ensemble. Et, en démocratie française, nous élisons un Président de la République qui endosse le pouvoir et la responsabilité de la Nation. La protection de la Nation, dans son tout et pour chaque individu, est de son ressort. Soit aussi sur le plan sanitaire.
Pour prendre ses décisions de pouvoir responsable, le Président s’entoure d’un gouvernement et d’autant d’experts qu’il le souhaite, met en œuvre les moyens et si besoin fait voter les lois et budgets qui lui permettent ces moyens. Mais au final, il est reste seul responsable devant la Nation.
Ainsi, quand on est confronté à une crise telle que celle du Covid, comme tout à chacun, on fait face à une nouveauté très prégnante en janvier-février 2020. On a alors l’OMS et le conseil scientifique qui éclairent les décisions à prendre. Cela aboutit à un premier confinement strict. Mettons cela sur le fait de la nouveauté surprise mais en réalité, nous n’étions ni préparés (masques,…), ni concernés (priorités du moment sur la loi Retraite et les élections municipales).
En septembre, l’épidémie reprend sa progression. La réponse stratégique est dans le dépistage et l’isolement des infectés. Au bon vouloir de chacun des Français car aucune contrainte. Pas comme dans les pays asiatiques dont on sait alors les exemples d’efficacité. Le second confinement de novembre 2020 est déclenché. Mettons cela sur la préservation de nos libertés et de l’économie. Et sur le dos des modèles discordants d’épidémiologistes.
En décembre 2020, le variant britannique est identifié. On en voit la force de propagation au Royaume-Uni. Ce variant arrive en France en janvier et, dès le 29 janvier, le conseil scientifique sur base du vécu britannique édite un rapport au Président de la République avec l’échéance de fin mars comme 3ème vague si on ne fait rien. On préfère se comparer à nos voisins européens avec des chiffres d’incidence et de nombre de cas meilleurs qu’eux… et on compte sur la vaccination face à des laboratoires et autres gouvernements concurrents bien plus mercantiles et pragmatiques que nous et une organisation improvisée. Et fin mars, nous y sommes avec un 3ème confinement. Mais l’entourage du président est dans l’aveuglement en assurant le 30 mars que "Le président a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires » (J-M Blanquer) et « Nous avons eu raison (...) parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles".
Le Président a donc décidé avec son pouvoir et sa responsabilité. De lui-même, il dit avoir fait un pari faisant fi des modèles. Mais un pari à quel prix ? Les milliards d’euros ne sont que plaie d’argent donc pas mortelle. Le nombre de morts est moralement et socialement plus lourd. Vu les statistiques, on peut estimer que c’est un pari perdu à au moins 10.000 morts « évitables ». Et là, on n’est plus dans la responsabilité du pouvoir, mais d’ans l’éthique d’une décision qui n’a pas été prise le 12 février 2021. Ethique et responsabilité qui font qu’Emmanuel Macron ne pourra pas moralement se représenter aux suffrages des Français en 2022.
Selon ses proches, le chef de l’Etat a acquis une maîtrise des travaux épidémiologiques, au point de ne plus forcément suivre les conseils des scientifiques. Mais au risque, aussi, d’être la cible de critiques, alors que la situation sanitaire se dégrade fortement.